Quelques principes et analyseurs aux fondements de la psychothérapie.

Fondements de la psychothérapie 01

Quelques principes et analyseurs aux fondements de la psychothérapie.

R.Roussillon 2001.

Préalable méthodologique.

La question de la psychothérapie devient cruciale à l’heure actuelle, elle l’est d’autant plus que si les « psychothérapeutes » et les pratiques psychothérapeutiques se développent la « théorie » générale de la psychothérapie ne suit pas la même courbe de développement. J’entends ici par théorie générale de la psychothérapie une « théorie » qui chercherait à rendre compte, ou du moins à commencer à rendre compte, des enjeux et processus qui lui sont spécifiques, quel que soit son dispositif singulier (individu, groupe, institution etc. ) ou quels que soit les sujets auxquels elle s’adresse (enfant, adulte, couple, groupe, ou suivant un autre type de classification, autiste, psychotique, border-line, délinquant, névrotique etc.) ou encore quelle que soit la référence théorique propre de celui qui l’exerce. Quand je dis que la théorie ne suit pas je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de théories mais au contraire qu’il y en a trop et surtout qu’elles sont trop partielles trop « régionales » et qu’elles ne peuvent être référentielles pour une réflexion sur la psychothérapie en général.

Le simple énoncé de la question fait frémir, elle embrasse un tel champ qu’elle semble décourager d’emblée la tentative, la babélisation des pratiques et des références semble telle qu’aucune théorie, de quelque obédience qu’elle soit, ne semble en mesure de commencer à être en mesure de fournir quelque repère pour faire avancer la question. Celle-ci est cependant urgente et indispensable pour penser la formation aux pratiques et traitements de psychothérapie, et il est nécessaire de mettre en débat un certain nombre de propositions générales qui visent à délimiter le champ et à accroître son identification voire son identité.

Une première remarque destinée à baliser le champ problématique sera de repérer la place de fait quand même prépondérante de la pensée psychanalytique et de ses dérivés dans l’ensemble des pratiques concrètes de la psychothérapie en France actuellement, peut-être même en Europe. Soit que la référence à la psychanalyse comme théorie du fonctionnement psychique soit organisatrice de la manière dont les psychothérapeutes pensent leur action, soit que la référence à la pratique psychanalytique ne serve d’horizon élaboratif ou d’idéal implicite aux dispositifs de soins mis en place, qu’ils s’en inspirent peu ou prou, soit enfin que les deux ne se combinent dans les « bricolages » singuliers que les praticiens mettent en œuvre.

Cette référence à la psychanalyse ne doit cependant pas faire confondre tout ce qui s’organise au nom de la référence psychanalytique avec la psychanalyse elle-même, pas plus qu’elle ne doit aboutir à répudier d’emblée de la réflexion l’ensemble des pratiques et théories qui ne se réfèrent pas formellement à la psychanalyse. Certaines d’entre elles sont pensables à l’aide de la psychanalyse qui peut proposer une théorie de leur efficace sans pour autant chercher à les récupérer sous sa bannière.

Cependant on peut aussi considérer que la place prépondérante de la référence à la psychanalyse comme théorie générale du fonctionnement psychique provient de ce qu’elle seule tente de rendre compte de l’intégralité du fonctionnement psychique aussi bien normal que pathologique, qu’elle est la théorie la plus complète et surtout la plus avancée dont nous disposons à l’heure actuelle, et qu’elle peut même servir à penser des pratiques et des théories non-psychanalytiques, qu’elle ouvre sur une méthode d’observation et sur une clinique générale des théories de la souffrance psychique et des pratiques du soin à lui apporter.

C’est à condition d’avoir placé la question de la réflexion permanente sur ses conditions de possibilités, sur ses fondements, de s’être organisée dans et par cette réflexion et cette aufhebung d’elle-même que la psychanalyse a gagné la possibilité d’adopter un point de vue pertinent sur les pratiques des psychothérapies psycho-dynamiques en général. C’est parce qu’elle a laissé en permanence ouverte sa réflexion épistémologique et clinique sur ses propres dispositifs et ses propres processus, qu’elle se présente comme la plus disposée à servir de référentiel pour proposer des repères identitaires pour les psychothérapies centrées sur la mise en œuvre de processus psychodynamiques. C’est encore à condition que la réflexion sur ses processus auto-méta se poursuive et continue de se creuser qu’elle pourra continuer de conserver cette place référentielle, c’est-à-dire aussi en acceptant de continuer de se laisser interroger par des faits cliniques soulignés dans d’autres approches que la sienne (pédiatrie, expérimentation, psychothérapies de groupe, observation directe des interactions précoces, neurosciences etc.) et de tenter d’en rendre compte à l’aide de son corpus théorique ou d’accepter d’ajuster ce qui de celui-ci semblerait alors inadéquat ou trop partiel, qu’elle pourra rester à cette place référentielle et organisatrice de la psychothérapie psychodynamique et de la psychologie clinique.

S’il y a donc à chercher sur quel corpus théorique s’appuyer pour tenter cette approche générale de la psychothérapie psychodynamique, il me semble que c’est sur la psychanalyse entendue au sens où je l’ai compris plus haut, qu’il faut quand même se diriger. S’il apparaît à l’usage qu’un autre corpus se montre plus conséquent et que la psychanalyse n’a qu’une vue plus « régionale » de la vie psychique qu’une autre nouvelle théorie, cette position devra être sans doute réinterrogée, mais ce n’est pas le cas dans la situation actuelle.

Cependant un travail doit être effectué sur et à partir de la psychanalyse elle-même pour que celle-ci remplisse son office. À partir de ce que la pratique et la théorie de celle-ci ont pu montrer, il faut encore extraire les principes généraux qui s’appliquent à l’ensemble du champ de la thérapie psychodynamique et ceux qui ne sont que relatifs à certains modes de dispositif ou à certains types spécifiques de processus de soin, c’est cela le travail auto-méta. Ce travail d’extraction doit être effectué dans la dialectique même de la démarche, c’est-à-dire que c’est dans la rencontre de la psychanalyse avec d’autres dispositifs de soins que se précise ce qui est propre à chaque dispositif et ce qui est général et généralisable. Ainsi, par exemple, mais il est central, le concept de transfert n’est pas propre à la situation psychanalytique originaire, il définit une aptitude générale de la psyché à répéter ce qui a et n’a pas eut lieu d’essentiel pour la subjectivité et la vie psychique d’un sujet, mais par contre la manière dont il va être « utilisé » dans l’espace psychothérapique va être un déterminant spécifique de celui-ci. Il faudra alors théoriser les modes d’utilisation du transfert, théoriser son maniement spécifique à chaque dispositif ou à chaque type de pratique, mais aussi théoriser ses modes privilégiés d’expression et de manifestation dans chaque dispositif spécifique.

Nul doute que la psychanalyse à se transférer ainsi dans d’autres dispositifs que celui de son origine s’en trouve quelque peu transformée en retour, épurée par sa confrontation aux autres modes de fonctionnement de la psyché en situation clinique. D’ores et déjà la psychanalyse a fait la preuve de son heuristique à se transférer dans le monde de l’enfance ou dans celui de la psychose, à se transformer pour s’adapter au couple, au groupe, à l’institution en s’enrichissant dans ces différentes transpositions sans pour autant céder sur l’essentiel de ses hypothèses constitutives.

Ce préambule terminé il nous faut essayer de commence à baliser quelques repères et quelques jalons pour cette théorie de la psychothérapie psycho-dynamique.

Théories de la souffrance et théories du soin.

Une première direction de travail peut être fourni par la réflexion et l’interrogation sur les théories de la souffrance sous-jacentes aux dispositifs et aux pratiques thérapeutiques. Celles-ci sont d’ailleurs largement solidaires des théories du soin qui organisent les pratiques thérapeutiques. Elles sont issues, comme nous le verrons, et dérivées des théories sexuelles infantiles. Les théories de la souffrance, de ses origines de ses causes et finalités, impliquent en effet complémentairement des théories du soin ou du type de soulagement à apporter à la souffrance, du type de  » solutions  » à mettre en œuvre pour pallier aux causes et effets supposés de celle-ci.

J’ai pu montrer ailleurs[i] comment la création de la psychanalyse, à partir de l’hypnose des origines, résultait d’une mutation des théories sexuelles infantiles implicites dans la méthode et le dispositif de la cure[ii]. Le changement dans les théories de la souffrance et du soin entraîne une inflexion des pratiques, cela va de soi, mais ce qui est déterminant dans ces théories ce sont les « théories sexuelles infantiles » qui leur sont sous-jacentes et implicites.

Les théories sexuelles infantiles ne sont en effet pas que des théories de l’origine de la différence des sexes ou de la différence de générations, elles sont aussi plus largement des théories psychologiques nécessaires à l’enfant pour le travail de mise en sens de tout ce à quoi il est confronté, douleur, plaisir, fonctionnement du moi, soin, bien, mal etc. Il y a ainsi aussi des théories sexuelles infantiles de la douleur, du plaisir[iii], des théories « métapsychologiques infantiles » du fonctionnement psychique, ou du moi. Les théories sexuelles infantiles et leurs dérivées concernant l’ensemble du fonctionnement psychologique, ce sont les organisateurs des modalités de symbolisation infantile, les organisateurs du travail de mise en sens dans l’enfance de l’expérience subjective vécue. En ce sens leurs configurations sont essentielles pour approcher et traiter ce qui est issu de ce travail de l’enfance et de l’infantile et qui, refoulé ou clivé, infiltre le présent de la souffrance du sujet en demande de soin.

Les patients ont eux aussi leurs « théories » de ce qui souffre en eux, de ce qui demande secours et aide, de ce qui infiltre les difficultés pour lesquelles ils consultent. La demande de psychothérapie, le choix du praticien et du type de pratique à laquelle s’adresser dépendent souvent en grande partie, quand l’information est disponible, de ce qui est appréhendable des théories sous-jacentes à l’offre de soin. Ceux qui ne différencient que très mal psyché et soma s’adresseront ainsi sans doute de préférence aux médecins ou à ceux qui font directement dériver leurs soins de pratiques corporelles ou somatiques. D’autres à l’inverse qui confèrent une certaine toute puissance au destin et la psyché chercheront dans les pratiques magiques (voyance, spiritisme, magnétisme, sectes, etc.) ou dérivées (hypnose et ses variantes modernes, sophrologie, bio-énergie, méditation transcendantale etc.) une issue à leur mal actuel.

Historiquement différentes polarités principales se sont disputées la référence implicite des pratiques de soin dominantes, elles s’articulent et se combinent dans les théories du soin et les pratiques.

Une première théorie, dans une lignée orale, est fondée sur l’intériorisation. Pour lutter contre l’état de détresse impuissante face à des agents extérieurs il faut et il suffit de « mettre au-dedans » la source du mal, de l’immobiliser et de le maîtriser ainsi. Le sujet se fait l’agent de ce à quoi il est assujetti, il incorpore le mal pour se soigner du mal de la passivité et de l’impuissance, il « devient » le mal auquel il ne peut se soustraire. C’est sans doute, en-deçà de toute théorisation représentée véritable, le premier et le plus fondamental moyen de tenter de se traiter. S Fraiberg, quand elle étudie les premiers moyens mis en œuvre par les bébés, à la limite du psychisme, souligne l’importance de ce processus de traitement par le retournement contre soi. Le masochisme et l’identification à l’agresseur sont sans doute des formes sophistiquées de cette première modalité d’auto-cure.

La suivante, inverse de la première et qui souvent lui est couplée ou dialectisée, est fondée sur l’idée d’un mal qui se présente comme un trop plein interne qu’il faut, d’une manière ou d’une autre parvenir à évacuer, à enlever, à « soulager ». Les théories sexuelles infantiles anales donnent souvent forme organisatrice à cette via di levare. Il y a différentes théories du soulagement depuis la théorie cathartique, celle de l’évacuation du mal au-dehors, en passant par toutes les variantes de cette évacuation -détournement, refoulement, retournement – ou toutes les formes qu’elle peut prendre -catharsis émotionnelle, corporelle, verbale, comportementale, interactive, intersubjective. Évacuation hors de la psyché, évacuation hors du soi, évacuation hors de la subjectivité, maîtrise consécutive de ce qui est évacué, dans l’inconscient, dans le corps, dans l’autre, alternent alors ou se combinent dans des formes qui placent au centre du champ ce que les Kleinniens théorisent sous l’appellation d’identification projective. La difficulté, on le sait est que ce qui a été ainsi évacué tend à faire retour et que l’opération doit être, là encore suivant le modèle typique de l’analité et du rythme anal, renouvelée régulièrement.

La suivante est dérivée des théories sexuelles infantiles sur l’axe oral-phalliques. On souffre par et dans le manque, par et dans l’incomplétude. Cet « en moins » s’intrique à la blessure du sexe et du sexuel, de la sexion de la différence, et on cherche à se guérir alors par l’amour ou l’une de ses formes dérivées, on cherche à se guérir par le sexuel ou la tendresse, on cherche à se guérir par comblement des manques ou des différences, via de pore. On reconnaît là, par exemple, la « théorie de la castration » et son rôle organisateur ou réorganisateur pour la psyché infantile, et d’une manière générale la fantasmatique et les contenus dérivés des fantasmes originaires, mais aussi en direct ou régressivement les théories orales du soin par comblement.

Une autre théorie infantile du soin, une autre composante des théories infantiles du soin que la fantasmatique originaire et de nombreux mythes (M Éliade[iv]) mettent en scène, concerne le retour aux origines. On se soigne dans/par le retour aux origines, par une forme ou une autre de régression. Retrouver l’origine, se ré-originer, recommencer une nouvelle fois, autrement, retourner le cours des choses et au passage traiter culpabilité et causalité toujours connectées à la question des origines[v].

Une dernière théorie infantile du soin, présente derrière la talking-cure ou chimney-swiping, ou encore dans les cures Chamaniques décrites par C Levi-Strauss[vi] confère à la mise en récit mimétique[vii] la valeur d’une « efficacité symbolique ». Il s’agira donc de dire, de narrer le parcours, de le figurer et ainsi le reparcourir autrement dans le dire, dans la mimésis d’un récit. Dans ces deux dernières formes l’accent est mis sur la trans-formation de l’histoire vécue par la reprise actuelle et la symbolisation au sein de l’espace thérapeutique.

On pourrait sans doute prolonger ce relevé qui n’a rien d’exhaustif et n’est là que pour faire sentir combien chacune des théories infantiles, ou primitives, du soin évoquée a apporté sa contribution à la structuration des techniques de la psychothérapie. Nous évoquerons plus loin « l’activité libre spontanée » des nourrissons (E Pikler) et ses liens avec le jeu et l’association libre.

Pour l’instant ce qu’il est important de souligner c’est que la psychothérapie moderne, et principalement à partir de la psychanalyse, est fondée sur l’aufhebung des théories sexuelles infantiles du soin, sur une déconstruction et une reprise élaborative de ce que celles-ci contenaient de « vérité historique » de la subjectivité, de la psyché et de ses fonctionnements.

Il est d’ailleurs notable à cet égard, mais la remarque en est rare dans la littérature, que les deux premières cures historiques de « psycho-analyse », celle d’Anna O par J Breuer et celle d’Emmy Von N par Freud, sont des cures de la situation de soin elle-même, l’exploration thérapeutique portant sur l’effet du soin lui même. Anna O tombe malade en soignant son père, Emmy en soignant son mari – qui pourrait être son père tant l’écart d’âge entre eux est important -. Breuer et Freud les soignent de la manière dont elles ont et se sont soignées, c’est-à-dire aussi de leur « théorie » du soin. C’est cette position d’emblée « méta » qui est organisatrice des théories élaborées du soin comme nous le soulignerons plus loin. On se soigne des théories sexuelles infantiles du soin, on s’en soigne en les dépassant dialectiquement.

Nous disions donc que la psychothérapie moderne et systématisée dans les pratiques s’est fondée sur l’aufhebung des théories sexuelles infantiles ; elle a historiquement effectué ce travail de déconstruction en réintroduisant la temporalité absente du sexuel infantile narcissique et hors temps, en réintroduisant dans le sexuel infantile la catégorie « secondaire » du temps chronologique. En ce sens l’énoncé inaugural et fondateur fut celui proposé dés 1893 par Freud à propos de l’hystérie. « L’hystérique souffre de réminiscence ». En désignant comme « réminiscences » ce qui est à l’origine de la souffrance psychopathologique, l’énoncé fonde de fait une différenciation passé/présent et une articulation-confusion entre les deux. En introduisant la temporalité la théorie du soin a défini l’atemporalité ou la confusion temporelle comme la caractéristique centrale de la souffrance psychique traitable, elle reprend ainsi la théorie du retour à l’origine, celle de la régression, dans un autre sens que celui du Mythe primitif.

Et ce qui vaut en 1893 pour l’hystérique va être ensuite généralisé à l’ensemble du champ. On pourrait en effet montrer que ce qui est avancé à propos de la seule hystérie en 1893 sera petit à petit généralisé par Freud à l’ensemble de la souffrance psychopathologique jusqu’en 1938 où Freud étend à la psychose elle-même sa formulation première. On souffre toujours de réminiscence, de différents types de réminiscences selon que notre souffrance est névrotique, narcissique ou psychotique, mais toujours de réminiscence, de réminiscence de l’infantile ou du préhistorique en nous. On souffre du transfert du passé dans le présent, on souffre du trop plein ou du trop de manque du passé, on souffre de l’inapproprié du passé, de l’inappropriable du passé.

Une première théorie du soin s’en est historiquement naturellement déduite, « on guérit en se souvenant ». Et en se souvenant on met en récit mimétique l’origine, on symbolise ce qui en a été absent.

L’apparente simplicité de la formule cachait cependant une complexité que la pratique et l’histoire de celle-ci ont progressivement mise en lumière. Qu’est ce que « se souvenir », que signifie guérir en se souvenant, ou encore que signifie la remémoration visée par le processus thérapeutique, quel est l’enjeu de ce travail de mémoire, quelles transformations se produisent-elles alors? La complexité de ces questions a souvent abusé les commentateurs et est à la source de nombreux malentendus. Se remémorer, « se souvenir » ce n’est pas simplement évoquer le passé comme passé, ce n’est pas simplement découvrir que ce que l’on croyait actuel et présent cachait en fait un moment de l’histoire passée, présent et encore actif en soi[viii]. C’est cela mais pas que cela. Se remémorer c’est remettre en mémoire c’est-à-dire aussi réactualiser, rejouer là maintenant ce qui à pris naissance ailleurs et autrefois, c’est le répéter pour le rejouer, le jouer autrement et avec quelqu’un d’autre, c’est réorganiser « le tableau des années oubliées » (Freud). D’abord en en percevant, en en découvrant maintenant les enjeux narcissiques et pulsionnels cachés ou clivés, ensuite en en percevant ou en en découvrant les effets sur soi, son actualité, son présent et le présent de son désir. Se remémorer c’est permettre à ce qui de l’histoire n’a pas pu déployer ses attendus, ses implicites, ses potentiels, de trouver matière à s’accomplir, de trouver son lieu psychique d’inscription et d’introjection.

Car quand on souffre de réminiscence on ne souffre pas de ce qui a pu avoir lieu en un autre temps et avec d’autres, on souffre plutôt de ce qui n’a pas pu avoir lieu en ce temps là, de ce qui des potentialités contenues dans l’événement ou l’accident de vie n’a jamais pu s’accomplir et s’intégrer dans la subjectivité. Et quand le travail de remémoration s’effectue il permet d’avoir lieu, d’actualiser dans le récit ce qui était en souffrance d’appropriation subjective, quand on se remémore on reconstruit et déploie ce qui n’a pu avoir lieu, on rejoue mimétiquement l’absent de soi.

On souffre du non-symbolisé de l’histoire, on souffre de l’insensé de soi et de son histoire, de ce qui n’a pu être subjectivement approprié, de ce qui s’est ou a été absenté de soi.

On souffre du non-approprié de l’histoire, dans toute la polysémie du terme, on guérit en se remémorant, en se remémorant on rejoue, en rejouant on symbolise. Tel pourrait être le processus de fondement actuel de la théorie du soin, des théories du soin sous-jacentes aux psychothérapies psychanalytiques, transformer par le jeu et la symbolisation l’expérience subjective vécue, la transformer pour pouvoir l’oublier tout en la conservant, la transformer pour pouvoir se l’approprier et l’intégrer dans la trame vivante de son présent. Ceci ne veut bien évidemment pas dire que l’actualité du sujet n’a pas à être entendue et prise en compte, qu’elle doive être négligée au nom de la seule histoire ou préhistoire infantile du sujet, que l’on doive négliger ce qui des besoins actuels du moi du sujet est en souffrance de repérage et d’intégration. C’est au contraire à partir de ce qui se répète dans son actualité que pourra être cerné ce qui de son histoire vécue est resté inapproprié et continue de l’être au détriment du présent de sa vie, qui continue de se transférer « sur la situation actuelle » (Freud 1914) et de lui imprimer son empreinte inadéquate.

Je souligne de nouveau qu’ainsi la psychothérapie retrouve les théories et mythes ancestraux du soin, et pas seulement les théories infantiles de celui-ci. Ce n’est bien sûr pas un hasard mais plutôt l’indice que la psychothérapie a su formuler autrement ce que les traditions du soin avaient depuis longtemps mis en pratique de fait. C’est cela « déconstruire », c’est formuler les principes et lois sous-jacents aux principes spontanés d’exercice, c’est extraire des formes conjoncturelles et historiques que les pratiques ont pu prendre les formulations génériques qui permettent de dégager une véritable théorie de la pratique.

Aussi bien j’avance qu’en connaissance ou en méconnaissance de cause, la pratique psychothérapeutique est fondée sur une des formes de la théorie générale selon laquelle on souffre de réminiscence et l’on se soigne en symbolisant le non-approprié de l’histoire subjective vécue. En connaissance ou en méconnaissance de cause car si, pour la psychanalyse, la méconnaissance de cause pose un problème de fond, il n’en va pas nécessairement de même pour la psychothérapie en générale. On peut même avancer qu’une méconnaissance de ce qui se joue est bien souvent indispensable au processus thérapeutique, là encore à l’inverse de ce qui pourrait caractérise la psychanalyse comme telle.

Et de manière corrélative j’avancerais aussi qu’on se soigne en tentant de répéter ce qui a eu lieu au nom de ce qui n’a pas pu avoir lieu, afin de pouvoir enfin accomplir et mettre au présent les potentialités non-advenues dans l’expérience subjective antérieure. On tente de répéter pour enfin accomplir, mettre au présent et intégrer… et enfin ainsi pouvoir oublier et libérer le présent de sa vie.

Avec cette référence à la répétition s’introduit l’inévitable question du transfert, et avec elle celle des conditions de sa métabolisation. Car s’il s’agit de se remémorer, s’il s’agit de réactualiser autrement ce qui s’est et ne s’est pas déjà joué, c’est qu’il s’agit de pouvoir transférer sur le présent de la relation le fragment de passé réminiscent,  » en souffrance », pour le jouer et le rejouer autrement, pour tenter de le symboliser autrement. Le transfert nous amène à la question des objets sur lesquels ce transfert se déploie, c’est à dire les objeux avec lequel va pouvoir se symboliser la situation réminiscente, ce sera notre second repère.

Le cadre, l’objet et l’objeu.

À partir de notre développement précédent nous sommes en mesure de commencer à cerner ce que doivent être les réquisits des dispositifs psychothérapeutiques. Ce sont des dispositifs qui doivent être conçus pour attirer, canaliser, condenser le transfert du passé réminiscent, qui révèlent le transfert pour le rendre utilisable pour la symbolisation et l’appropriation subjective.

Le dispositif doit d’abord être un attracteur du passé réminiscent, il doit être construit de telle manière qu’il appelle la manifestation de celui-ci. Le transfert n’est pas l’apanage de la psychanalyse ni même de la psychothérapie, il se manifeste dans la vie institutionnelle ou relationnelle de tous les jours. Ce qui serait l’apanage de la psychothérapie concernerait plutôt l’aptitude d’un dispositif à attirer à condenser et à utiliser le transfert pour la symbolisation c’est-à-dire la transformation du passé réminiscent, son déploiement et sa représentation.

Toutes les psychothérapies, qu’elles soient d’orientation psychanalytique ou pas, visent d’une manière ou d’une autre un travail de symbolisation, un certain travail de symbolisation, toutes s’évaluent à l’aune de la symbolisation, qu’elles le veuillent ou non, qu’elles le sachent ou non. De ce point de vue ce qui caractérise la psychanalyse c’est plutôt, la symbolisation de la symbolisation elle-même, sa réflexivité, c’est plutôt d’utiliser l’analyse du transfert pour symboliser et pas seulement l’utilisation du transfert pour la symbolisation, c’est peut-être aussi un certain type de symbolisation, celle qui promeut l’appropriation subjective. Ces nuances sont importantes quand on veut essayer de penser la complexité du champ et la spécificité de chacun de ses composants, elles sont inévitables dans le concert, voire la cacophonie, actuelle du champ psychothérapeutique.

Le dispositif thérapeutique est aussi un révélateur du transfert, il doit permettre que celui-ci, d’une manière ou d’une autre, puisse se cerner et se déployer tout à la fois, se cerner dans l’espace psychothérapeutique proposé et se déployer au sein de cet espace. Là encore, psychanalytique ou pas, la valeur du dispositif se mesure à sa capacité à opérer cette « révélation » du transfert, ce qui ne veut pas dire qu’il doit être nécessairement révélé comme transfert, qu’une conscience claire de celui-ci soit nécessaire. Le problème de l’analyse du transfert est spécifique à la psychanalyse pas à la psychothérapie, par contre la révélation du transfert, c’est-à-dire sa manifestation organisée, est « typique » de l’espace thérapeutique. Tel le révélateur photographique, le dispositif doit permettre que les contours du transfert se délimitent et s’organisent en une forme représentable, qu’il soit analysable ou non, que l’on vise à son interprétation ou à sa simple utilisation, voire à l’organisation de son contre-investissement comme s’est souvent le cas dans certaines formes de psychothérapies. Très souvent on attribue à la seule psychanalyse ce qui est en fait une caractéristique générale de l’espace psychothérapeutique, faute de préciser suffisamment les choses. Ainsi, concernant le transfert, la psychanalyse ne se contente pas de l’accueillir et de l’utiliser, elle l’organise en une forme particulière la « névrose de transfert » – ou si l’on veut maintenir une terminologie plus générique, elle organise une « configuration transférentielle » spécifique-.

C’est pourquoi les dispositifs thérapeutiques proposent-ils tous un objet pour le transfert et la symbolisation, proposent-ils tous une arène pour le jeu de la symbolisation qu’ils ont vocation de faciliter[ix]. Cet objet pour le transfert et sa symbolisation je propose de l’appeler d’un nom utilisé par le poète F Ponge et déjà utilisé par P Fédida dans un sens différent, l’objeu. L’objeu c’est l’objet utilisable pour le jeu; celui avec lequel la symbolisation et le jeu nécessaire au travail de symbolisation vont pouvoir avoir lieu, c’est aussi le jeu pris comme objet. On soulignera fortement ici que l’objeu peut être le thérapeute lui-même ou certains aspects de la relation au thérapeute, si c’est le transfert lui-même qui est l’arène du jeu, mais aussi bien le langage dans les cures centrées sur la parole, ou encore le dessin, les jouets, les marionnettes, la pâte à modeler, la scène psychodramatique, l’espace de jeu lui-même, les exercices relationnels proposés par certaines formes de thérapies humanistes etc., à l’avenant de la composition du cadre et de la structure du dispositif utilisé.

Les objeux, pour remplir leur fonction, doivent présenter certaines caractéristiques que j’ai tenté de cerner autour de la notion de médium malléable[x]. Ce sont des objets pour la symbolisation, les objets proposés par le dispositif pour que s’accomplisse le travail de transformation-symbolisation et de mise en sens, des objets qui symbolisent la symbolisation souhaitée et possible dans un dispositif donné, ceux qui sont mis à disposition pour que s’opère le transfert du passé réminiscent et qu’il se métabolise.

Une question majeure des dispositifs psychothérapeutiques concerne le choix des objeux proposés, cette question pourrait permettre de caractériser les différents types de psychothérapie à partir du type d’objeu qu’ils proposent. Le problème des indications gagnerait lui aussi à être posé à partir de l’adéquation de l’objeu proposé et du type de transfert sur la symbolisation que le patient peut développer. On ne symbolise en effet pas tous de la même manière ni de la même manière à tous les âges de la vie : les besoins du moi[xi] varient en fonction du type d’expérience à symboliser et des spécificités du rapport que le sujet entretient avec « l’objet » symbolisation, avec l’activité de symbolisation elle-même.

Cependant pour être des objeux utilisables les objets doivent posséder un certain nombre de caractéristiques qu’il est possible de lister de manière assez précise. Je ne souhaite pas reprendre ici ce que j’ai développé ailleurs[xii] concernant l’ensemble de ces propriétés (disponibilité, sensibilité, animisme, fidélité, transformabilité, indétermination etc.) mais il me paraît utile d’ajouter aujourd’hui que l’ensemble des propriétés qui définissent la fonction ou l’espace symbolisant, celles qui définissent la symbolisation de la symbolisation elle-même, doivent être toutes présentes au sein de l’ensemble formé par le typique : dispositif, objeu, thérapeute.

Ce triptyque forme la matrice de l’espace symbolisant, ce qui n’est pas présent dans l’un des éléments qui le configure doit l’être dans l’un des deux autres de ses composants. Autrement dit l’aspect de la « malléabilité » qui n’est pas incarné par le thérapeute doit être présent néanmoins dans le dispositif ou l’objeu. Si par exemple on ne peut pas tout faire avec le thérapeute il est nécessaire qu’il y ait un objeu ou un élément du dispositif (pâte à modeler, langage etc.) avec lequel on puisse faire ce qui ne peut s’accomplir avec lui et réciproquement.

Une autre des caractéristiques de la fonction symbolisante de l’espace thérapeutique, condition sine qua non de celui-ci, est la possibilité offerte de développer une forme de play, c’est-à-dire une forme de jeu libre, sans règle préétablie, préalable. C’est le paradoxe de la règle fondamentale de l’espace thérapeutique, il doit comporter un « objet », un médium, qui peut s’utiliser sans règle, c’est-à-dire librement, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas encadré, c’est à cette condition qu’il est utilisable pour le transfert et la symbolisation de l’expérience réminiscente. Le play et son développement représentent une condition indispensable pour que le travail de déploiement du transfert puisse s’effectuer et se représenter. Que celui-ci se déroule avec un objet médiateur, avec le médium proposé par le dispositif, ou au sein de la relation avec le thérapeute, la  » règle  » du jeu impose que les seules interventions véritablement psychothérapeutiques, emblématiquement telles, sont celles qui, de la part du psychothérapeute, visent à autoriser ou à promouvoir une plus large utilisation du play et des capacités de jeu que propose la situation.

À ce compte le déroulement du play pourra découvrir, dans le fil de son parcours, ses propres règles implicites de construction et s’approcher ainsi de ce qui se joue à travers lui.

De toute façon quel que soit le médium ou l’objeu proposé par le dispositif il est toujours doublé par le médium langagier et ceci même avec les plus petits, ou même avec les formes les plus déficitaires de psychopathologie. Il y a toujours plus d’un médium : On symbolise « en chose » ou en « acte », en représentation-de-chose – ou représentation-chose -, en représentaction, on symbolise en mot, en représentation-de-mot, par et à travers l’appareil de langage.

Deux remarques ici s’imposent.

La première activité « thérapeutique » spontanée observable est celle que la pédiatre E Pikler a pu décrire dans les pouponnières de Löczi et qu’elle nomme « activité libre spontanée », c’est le prototype des psychothérapies psycho-dynamiques.

Agés de quelques semaines, des nourrissons, dont les besoins physiologiques principaux sont satisfaits, se livrent spontanément, en présence d’un adulte sécurisant mais non intervenant, à une première activité de symbolisation diurne : l’activité libre spontanée. Les nourrissons s’emparent de petits objets – à une époque ou les observations de laboratoire ne les en pensaient pas capable (cf. T G R Bower) – et reproduisent mimétiquement les processus de nourrissages, de soin et des premiers types de communication, spontanément et librement. L’activité s’arrête, reprend, s’arrête de nouveau, les objets sont délaissés puis repris de nouveau etc., sans intervention de l’adulte émerveillé qui observe la scène, toute intervention fait cesser cette première forme de jeu symbolisant et associatif. L’observation d’E. Pikler, c’est ce qui en fait tout l’intérêt dans une réflexion sur la psychothérapie, fait en outre apparaître qu’un temps laissé journellement disponible pour une telle activité libre spontanée, rend les nourrissons « résilients », selon le terme maintenant reconnu, à des conditions d’environnement carencées comme le sont ceux qui provoquent habituellement dépression anaclitique, marasme ou hospitalisme (Spitz). En introduisant un temps systématique d’activité libre spontanée dans l’organisation de la pouponnière E Pikler permit ainsi, toutes choses étant égales par ailleurs, une régression significative de la symptomatologie dépressive des nourrissons placés. J’ai pu souligner (R Roussillon 2000) en outre qu’une condition préalable au développement de cette activité libre spontanée était l’existence d’un état interne d’indétermination (formlessness de Winnicott, negative capability de Keets et Bion, reprise en France par A Green) qui seul donnait toute sa valeur d’appropriation subjective à l’activité. Pour que l’activité de symbolisation prenne toute sa valeur appropriative, il faut qu’elle soit libre c’est-à-dire qu’elle repose sur le droit vécu, et accrédité par l’objet, de ne pas choisir, elle suppose un vécu d’indétermination.

L’activité libre spontanée est sans doute la première forme du play Winnicottien qui caractérise l’activité transitionnelle du jeu libre de l’enfant, elle se poursuit ensuite dans le récit mimétique, puis par l’association libre de l’adulte, enfin par la pensée libre et la réflexion.

Ceci étant, c’est notre seconde remarque, souligner la nécessité d’un espace ou d’un temps d’indétermination dans les psychothérapies psychodynamiques, souligner le caractère essentiel de la rencontre avec un objet informe en quête, en attente de configuration, ne signifie pas qu’il ne soit pas encadré, spécifiquement encadré. À l’inverse même l’accession à une negative capability, ou à une relation d’inconnue (Rosolato) suppose au contrainte que celle-ci ne soit pas perçue comme un chaos désorganisateur et néantisant, mais au contraire comme une énigme, source de potentiel et de découverte de soi. Un environnement symbolique et suffisamment sécurisé est requit. C’est là toute la fonction psychothérapeutique du maintient du cadre, le rôle du psychothérapeute comme gardien du dispositif-symbolisant, et de ses capacités d’empathie pour l’accompagnement affectif du processus.

Ceci étant dit et qui caractérise l’espace psychothérapeutique en général, psychanalytique ou non, nous pouvons maintenant avancer pour cerner mieux les caractéristiques de ce qui spécifie au sein des psychothérapies psychodynamiques, la position d’orientation psychanalytique, spécifiquement psychanalytique et ceci que l’on ait en tête les conditions de la cure type ou celles de simples psychothérapies d’orientation psychanalytique.

Dans la psychanalyse ou l’orientation psychanalytique une partie essentielle du transfert va se jouer dans et par la relation au thérapeute, la relation elle-même, et l’attention va se porter spécifiquement sur cette composante du transfert de l’expérience réminiscente, qui va être proposée comme l’une des arènes principales de l’espace de jeu. Il faut en effet différencier le transfert sur le thérapeute, le transfert lui-même, qui est toujours présent, et l’utilisation de l’analyse du transfert comme terrain du jeu symbolisant. Cela signifie par exemple que même si le patient utilise une médiation dans l’espace thérapeutique, – dessin, modelage, jeu, groupe, situation externe évoquée etc. -, le thérapeute « psychanalytique » écoutera toujours aussi à travers le message ainsi mis en forme ou en représentation, ce qui s’adresse à lui et ce qui ainsi tente de se jouer ou de se rejouer ainsi spécifiquement avec lui. Le transfert dans et par le médium n’est plus le point d’aboutissement du travail de symbolisation, il n’est que le médium d’un autre message adressé au thérapeute, autre message qui ouvre une autre aire de jeu spécifique.

Partant, dans le travail psychanalytique ce qui deviendra essentiel ce sera le type de play qui va pouvoir se dérouler autour du transfert sur le thérapeute et la situation thérapeutique, c’est l’analyse du transfert qui sera l’arène spécifique du jeu processuel proposé par le dispositif et le travail interprétatif qui lui permet de se maintenir, qui sera l’objeu du travail de symbolisation. Les situations et dispositifs « psychanalytiques » n’offrent pas seulement un espace de jeu pour la symbolisation, elles offrent et se fondent sur l’analyse de la symbolisation et de son adresse qui pourra s’y dérouler ou y prendre place, c’est-à-dire sur une symbolisation qui porte sur l’activité de symbolisation adressée elle-même, elles portent la symbolisation à un niveau « méta ». C’est dans ce niveau spécifique qu’il me semble nécessaire de définir la caractéristique essentielle des espaces et dispositifs « analysants ». Non seulement ils offrent un champ pour symboliser, comme toutes les psychothérapies, mais ils offrent en outre ou spécifiquement, un médium pour symboliser l’activité symbolique elle-même, la porter à un niveau « méta ». Ainsi les conditions /préconditions de l’activité symbolisante seront-elles au centre de l’analyse du transfert, la psychanalyse ne se contente pas d’utiliser le transfert pour la symbolisation, elle fait cela aussi comme les autres psychothérapies, mais elle propose en plus de déconstruire le transfert pour analyser sa fonction dans la symbolisation.

Grâce à l’analyse du transfert le processus analytique vise ainsi à symboliser et à auto-symboliser la situation analysante elle-même, transitionnellement, elle vise à déconstruire le champ du transfert lui-même, à le déconstruire ou plutôt à en réaliser l’aufhebung, la reprise élaborative. Elle visera à déployer celle-ci dans les trois caractéristiques qui définissent ce qu’est « analyser » c’est à dire montrer, premièrement comment le transfert est trace d’histoire réminiscente, comment ensuite il opère au sein de la gestion des mouvements pulsionnels actuels, adolescents et infantiles, comment cette gestion organise les relations pulsion/objet en fonction des caractéristiques de la pulsion et celles de l’objet, comment enfin il prend place dans le rapport auto-représentatif du sujet à lui-même, comment donc il lui permet de se sentir, se voir ou s’entendre ou entendre, sentir, voir de lui ce qui, a avoir été mal ou pas reflété par ses objets ou les conditions de son propre narcissisme, resté « en souffrance » dans son rapport à lui même. Là encore, identification et empathie permettront au thérapeute d’accompagner ce travail de reprise.

Cette dernière caractéristique nous amène naturellement à ce qui sera notre troisième repère pour une théorie générale de la psychothérapie: la question de la suggestion, celle de l’influence et, ce qui permet d’en entrevoir l’issue, la capacité d’être seul en présence de l’autre, de l’objet, des objets investis.

L’influence, la suggestion et la capacité d’être seul en présence de l’autre.

Donner comme nous le faisons la part centrale et essentielle au transfert et à la question de son « utilisation » dans l’espace thérapeutique ouvre de fait la question essentielle de l’inévitable part de suggestion ou d’influence qui résulte de cette « utilisation » du transfert. Souligner, comme nous l’avons fait, que l’utilisation du transfert ne se conçoit bien, dans l’espace psychothérapeutique, que comme destinée à la symbolisation de l’expérience réminiscente, donne une vectorisation éthique à cette utilisation, elle n’en fait pas disparaître la question. Vouloir d’ailleurs ne traiter qu’en terme d’éthique cette question passe à côté de sa complète et véritable saisie métapsychologique. Si l’analyse du contre-transfert, conçu comme l’effet sur le thérapeute de son « utilisation » transférentielle, reste bien sûr indispensable, elle ne saurait suffire. L’analyse du contre-transfert permet sûrement de tenter de réduire ce qui serait une « mauvaise influence » des particularités des paramètres personnels du thérapeute, elle ne règle pas la question de l’influence elle-même. De la même manière souligner l’aspect fondamental du suspens, en pratique, de toute théorie préalable, du maintien de l’écart théorico-pratique, est indispensable mais pas suffisant.

Aussi bien, une fois reconnue que l’influence et la suggestion sont inévitables du fait même de l’existence du transfert, et donc structurellement au sein de l’espace thérapeutique, il ne reste plus en effet qu’à requérir des thérapeutes psychodynamiques qu’ils exercent une « bonne influence », c’est-à-dire qu’ils étayent le travail de symbolisation. On demandera, là encore, plus à l’analyste ou à celui qui prétend conduire un traitement d’orientation psychanalytique. On lui demandera en plus de permettre de créer les conditions pour qu’une sortie hors de l’influence soit envisageable.

Cette question, on le pressent, est essentielle dans le débat actuel, elle est essentielle dans le champ culturel qui gravite autour de la question du « thérapeutique » versus « l’analytique ». D’un côté prétendre que l’on pourrait s’abstraire de la suggestion ou de l’influence à l’aide de la seule rigueur morale du praticien, fut-elle éclairée par une analyse soutenue du contre-transfert, relève d’une méconnaissance de la structure même de la situation[xiii]. Penser qu’il suffit de le prescrire pour que cela soit concrètement possible méconnaît que, par essence, l’espace thérapeutique repose sur une induction du transfert, sur un effet de suggestion porté par la situation elle-même, organisé par le cadre et le dispositif si ce n’est par l’utilisation du transfert, et nécessaire à son efficace[xiv]. Aussi bien les accusations de ceux qui condamnent certaines psychothérapies non-analytiques au nom de leurs effets « suggestifs » portent-elles au mauvais niveau. La psychanalyse aussi, à commencer par toutes les interprétations dites de transfert, est pétrie de suggestion et d’influence, de « sélection » par et dans le choix interprétatif lui-même. Interpréter le transfert est un « attracteur » de son déploiement, une invitation inductrice, au moins dans un premier temps, à son intensification, à sa mise au premier plan, elle « suggère » sa sélection élective, son investissement préférentiel, elle « suggère » que le thérapeute « doit » être un objet investit comme tel pour la bonne marche du processus. Enfin les effets d’influence et de suggestions résultent in fine de l’existence même du transfert et de la manière dont le transfert commande la manière dont les interventions du clinicien seront reçues et de donc de leur effet d’influence de suggestion voire de séduction.

Non, la véritable question n’est pas de chercher à s’abstraire par effet d’éthique ou de pratique de la suggestion ou de l’influence, cela va maintenant de soi, la véritable question actuelle est celle de savoir comment l’influence ou la suggestion doivent-elles être traitées pour espérer que le processus thérapeutique puisse arriver, à la longue, à pouvoir en sortir. Le type de suggestion pour sortir de la suggestion (J L Donnet) telle paraît plutôt être la question maintenant pertinente.

C’est pourquoi, si la centration sur la symbolisation est nécessaire elle ne saurait être suffisante, dans la mesure où l’on peut symboliser pour l’autre, au compte du narcissisme des objets, qu’inévitablement même on symbolise d’abord pour l’autre. Là est le ressort premier sans doute du transfert dit « positif ». Pour l’analyste cela ne suffit pas, il requiert en plus que le sujet symbolise pour son propre compte, c’est-à-dire que la symbolisation soit en plus l’occasion d’un travail d’appropriation subjective, d’introjection de l’expérience vécue et de ses enjeux pulsionnels et narcissiques. L’analyste ne demande pas seulement à la situation « analysante » ni à son travail interprétatif de construire une conjoncture transférentielle symbolisante, il demande en plus à ce que celle-ci soit elle-même symbolisable et symbolisée, il est prêt à attendre longtemps pour que cela soit possible, il est prêt à attendre et à œuvrer pour que l’analysant soit en mesure de se sentir seul en présence de l’analyste et de ses objets investis.

C’est en effet grâce à l’accession à la capacité d’être seul en présence de l’autre, que l’on peut espérer sortir de l’influence exercée par la présence, par la seule présence de l’autre, par l’intrusion potentielle intrapsychique, intersubjective voire interactionnelle de la présence de l’autre, que l’on peut espérer avoir accès à la  » psychologie individuelle « .

Le problème est donc ramené à une nouvelle forme : comment initier ou développer la capacité d’être seul en présence de l’autre, comment l’effectuer psychanalytiquement, comment promouvoir une capacité à être seul qui ne soit pas vécue comme une forme d’abandon ou de désintérêt et ne soit pas mise en alternative avec l’intrusion de ou par l’autre.

À cette question la psychanalyse propose une première réponse qui lui est spécifique ; c’est de l’analyse du transfert, du transfert cette fois considéré comme modalité de l’influence de et par l’autre, qu’est attendu le dégagement progressif hors de la suggestion. C’est en acceptant d’œuvrer au sein de la suggestion mais en transitionnalisant celle-ci, que la pratique psychanalytique espérer la déconstruire, au moins en partie, car c’est peut-être en admettant aussi une part inévitable de celle-ci que l’on peut en sortir paradoxalement. Transfert pour analyser et transfert à analyser, se dialectisent ainsi au fil du processus pour permettre que se constitue petit à petit une capacité transitionnelle de vivre simultanément une situation affectivement engagée, et en même temps de pouvoir la penser.

Là encore, c’est au fil du temps et de la temporalisation que l’on peut espérer que le crédit d’emblée fait à la situation analysante s’avère au bout du compte payant pour la subjectivation.

La seconde réponse de la psychanalyse à la question de la suggestion et de l’influence est celle de son dispositif. En dérobant l’analyste au regard de l’analysant, la psychanalyse tend à modérer les effets d’influence non contrôlés qui résultent de la présence visuelle et des échanges mimo-gesto-posturaux qu’elle rend possible. Elle prescrit la solitude en présente de l’autre par effet de cadre, elle se la donne d’emblée en même temps grâce à la centration sur le langage, elle la prescrit comme horizon de la conquête intersubjective et intrasubjective. Pour cela les effets de suggestion seront alors concentrés et condensés sur leurs formes verbales, ils seront, ou viseront à être, intégralement transférés dans et par l’appareil de langage qui devient alors, comme je l’ai souligné, un appareil d’action par et dans le langage. Analyse du transfert sur le langage et à travers lui sur son destinataire, tenteront donc de mesurer et de déconstruire les effets de suggestion et d’influence de ce qui se joue dans et par le langage. Le processus général sera donc de tenter de transférer et de transformer les comportements et interactions en comportements et interactions verbales, c’est-à-dire intersubjectivement adressées pour en rendre possible la saisie intrasubjective. Si tout n’est pas langage verbal, tout, dans l’espace psychanalytique, doit donc tendre à pouvoir prendre une forme verbale, intersubjectivement adressée.

La situation ne se présente pas de la même manière dans l’ensemble des psychothérapies psychodynamiques qui se déroulent dans un dispositif en « face à face » ou en « cote à cote », c’est-à-dire un dispositif dans lequel l’influence des interactions et accordages[xv] mimo-gesto-posturaux n’est pas suspendue par effet de cadre. Une métapsychologie de la séance de psychothérapie en face à face ou côte à côte est alors requise, elle représente sûrement la première urgence de la théorisation actuelle[xvi].

Dans la psychothérapie en face à face, au transfert dans et par l’appareil de langage s’ajoute ou se dispute un transfert des comportements et interactions dans ou par des échanges visuels. Aux incontrôlables relatifs des aspects pragmatiques et prosodiques de l’échange verbal, s’ajoutent les incontrôlables des échanges mimo-gesto-posturaux des messages corporels. Les travaux effectués sur les effets d’hypnose et de suggestion inconscients, soulignent combien, s’il est possible de maîtriser en partie ce que l’on dit « en corps », une large partie des échanges s’effectue sans que les protagonistes n’aient une claire conscience de ce qui s’accorde ou se désaccorde ainsi, qui s’effectue à un niveau largement préconscient voire inconscient. Il est vraisemblable, en outre, que le rapport au langage lui-même soit modifié par l’ouverture potentielle d’autres canaux d’échanges intersubjectifs.

Je ne sais pas si le débat[xvii] qui cherche à préciser si alors les règles de la rencontre clinique sont modifiées, ou si le même processus psychique s’observe quand même, malgré la différence de cadre, débat souvent au cœur de la manière actuelle de poser le problème, est fondé et bien formulé. La question n’est peut-être pas de savoir si un travail de symbolisation et d’analyse est possible en face à face, l’ensemble des travaux des dix dernières années me semble le montrer suffisamment, la question serait plutôt se savoir si on symbolise ou si on analyse la même chose, si c’est le même type de fonctionnement et de transformation de la psyché qui est mobilisé dans le dispositif, c’est-à-dire si c’est bien la même « matière psychique » qui se transfère et se transforme, et si elle peut être travaillée de la même manière. Qu’il puisse y avoir un processus de même nature, n’est peut-être pas le problème principal, la question est plutôt de savoir si ce processus concerne de la même manière les états psychiques du sujet, s’il fait jouer de la même manière la question de la « capacité d’être seul face à la pulsion en présence de l’objet » et a quel compte celle-ci est quand même rendue possible. En fait cette question est au centre de la clinique et du processus de nombre des psychothérapies en face à face.

L’existence d’une influence mimo-gesto-posturale réciproque, existence inévitablement réciproquement perçue même si c’est de manière inconsciente, pose le problème de la « capacité d’être seul » en d’autres termes, et gère la série vectorisée : comportement-interaction-intersubjectif / intrasubjectif, d’une manière différente et sans doute spécifique en posant, à chaque moment de son articulation, la question de ses opérateurs. Les deux protagonistes se comportent, interagissent, s’adressent l’un à l’autre autrement que par le seul appareil de langage, ils s’accordent ou se désaccordent autrement que par le seul langage, même si celui-ci reste largement organisateur de la rencontre psychothérapique. Les éthologues de la communication, je pense en particulier aux travaux de J Cosnier et de son équipe, ont pu montrer l’importance de ces phénomènes dans l’empathie et la régulation affective de la rencontre psychothérapique en face à face et dans ses effets, ils ouvrent l’immense question de savoir comment ils peuvent devenir délibérément « utilisables » par le thérapeute pour « signifier » avec son corps, ses mimiques, ses postures, ce qu’il cherche à transmettre avec ses mots, et comment tout cela contribue ou au contraire inhibe la capacité d’être seul en présence de l’autre.. Que cela se fasse spontanément est inévitable et en grande partie, nous l’avons dit, inconscient, une question importante est celle de savoir si cet aspect du contre-transfert peut aussi être versé au compte des modalités d’intervention du thérapeute et quels effets de suggestion et d’influence sont ainsi mobilisés.

La question devient essentielle dans certaines conjonctures cliniques qui sont souvent celles pour qui le face à face ou le côte à côte s’impose. Une large partie des indications spécifiques de traitement en face à face concerne en effet les sujets qui tendent à se « comporter » et à interagir dans l’espace psychothérapique plus qu’ils n’expriment leurs affects ou leurs représentations psychiques, des sujets dont les capacités de jeu intersubjectif transformationnel et de symbolisation langagière sont limitées. Ce sont des sujets qui se « sentent » mal ou peu, qui ne se « voient » pas ou mal, plus encore qu’ils ne « s’entendent » mal. Ces sujets viennent montrer ou faire sentir à l’autre, mettre en scène, ce qui, clivé des intégrations subjectives organisatrices, les hantent sans statut topique suffisamment défini, sans liaison subjective symbolisée. On pressent alors la nécessité impérative d’une métapsychologie de telles séances, qui puisse guider le repérage de la manière dont ce qui se transfère ainsi peut être dynamiquement utilisé, on pressent la nécessité d’un élargissement de la compétence de la situation-analysante ou même simplement symbolisante et une remise en chantier de ce que peut-être le processus thérapeutique dans de telles situations.

Encore un dernier mot, après toutes les questions ainsi ouvertes, pour souligner combien les débats concernant la psychanalyse versus la psychothérapie peuvent être utiles et indispensables pour nous aider à continuer de penser la pratique, et ceci aussi bien la pratique psychothérapeutique que la pratique psychanalytique elle-même. Ces débats sont indispensables pour les psychothérapeutes, pour qu’ils puissent penser la nature de leur action, mais ils sont aussi indispensables aux analystes pour mieux cerner et départir dans la psychanalyse elle-même ce qui relève d’une action psychothérapeutique générale et de ce qui dans est proprement spécifique de la psychanalyse

                                                                              

Notes bibliographiques

[i]R Roussillon 1992, « Du baquet de Mesmer au « baquet » de Freud », PUF.

[ii]Ainsi l’hypnose est organisée majoritairement par une théorie « anale » du soin alors que la psychanalyse naissante s’organise dans et par une théorie majoritairement phallique de celui-ci.

[iii]Sur ce point cf R Roussillon 1998, « Le rôle charnière de l’angoisse de castration », In Le mal être, PUF.

[iv]Cf Le Mythe de l’éternel retour, NRF.

[v]Cf R Roussillon, Voyager dans le temps, Rev Franç Psychanal, 199

[vi]Cf L’anthropologie structurale, Plon.

[vii]Sur la mise en récit dans l’enfance cf les travaux de D Stern par exemple, ou ceux de T G R Bower.

[viii]Et ce n’est non plus « produire » des souvenirs des traumatismes, produire des souvenirs à tout prix comme la tendance en a été dénoncée aux USA ces dernières années.

[ix]Cf R Roussillon , « La tour de Babel », 1980, rapport de syntèse du premier symposium européen sur la psychothérapie d’Auxerre, in Psychologie médicale, 1981.

[x] On pourrait aussi évoquer, ils sont proches, l’objet transformationnel de C Bollas.

[xi]Les besoins du moi concernent tout ce qui est nécessaire au sujet pour faire son travail de symbolisation et d’appropriation subjective de l’expérience vécue.

[xii] Cf R Roussillon « La fonction symbolisante de l’objet  » Revue Franç Psychanal, N°3, 1997.

[xiii]Si la « séduction » forme de suggestion ou d’influence directement libidinale peut-être relativement contrôlée grace à l’analyse du contre-transfert, il n’en va pas de même des effets de séduction ou de suggestion « narcissiques » et nombre de mesures prises à leur encontre ne font qu’accentuer les effets de « séduction surmoïque » redoutable dans la mesure où elle s’exerce « au nom de la loi », ce qui en pervertit l’usage. Cf le problème de la sexualisation des liens avec le surmoi et le problème des formes de « masochisme » moral.

[xiv]Sur ces points cf R Roussillon 1992 op cité et 1995 , »Logiques et archéologiques du cadre psychanalytique, PUF.

[xv]Selon le terme de D Stern élargi à l’ensemble des interactions comprtementales.

[xvi]cf R Roussillon, Épreuve de réalité et épreuve d’actualité dans le face à face psychanalytique, Rev Franç Psychanal, 1991,PUF.

[xvii]cf En particulier le volume de débats de psychanalyse consacré en partie à cette question. Psychothérapies psychanalytiques, 1998, PUF.

Résumé.

L’auteur propose de considérer que la métapsychologie psychanalytique est la théorie à partir de laquelle les différentes sortes de psychothérapies psychodynamiques peuvent être pensées. Il propose quelques repèrent pour commencer à établir une théorie générale de la psychothérapie. Le premier concerne les théories infantiles de la souffrance et du soin et leur aufhebung dans les dispositifs et théories de la psychothérapie. Le second concerne l’objeu et le type de médiation proposé pour le travail de symbolisation typiquement proposé par le dispositif thérapeutique. Le troisième, enfin à trait au problème de la régulation de la suggestion et de l’influence dans l’espace thérapeutique, que l’auteur propose de traiter autour de la capacité d’être seul en présence du thérapeute.

Mot-clés.

Psychothérapies psychodynamiques, transfert, théories infantiles du soin, jeu et objeu, suggestion, empathis, capacité d’être seul en présence de l’autre.

CAPITULO 4: “EL PROCESO ALUCINATORIO”

SEMINARIO 2009-5,Cap 4

                 CAPITULO 4:

                                   “EL PROCESO ALUCINATORIO”

R Roussillon

 

 

En diferentes ocasiones he hablado de la mutación teórica inducida por “el giro de 1920”. Este giro va a ser trascendente en toda la otra siguiente de Freud. Algunas implicaciones sugeridas en “Más allá del principio del placer” no

Comenzarán a ser clarificadas más que en 1937-1938. No hay tercera tópica ni tercera metapsicología. Hay efectos retardados de la segunda, efectos retardados ligados en particular a las dificultades de Freud en aceptar la idea de una posición pasiva del Yo (la famosa “roca” no será claramente reconocida por Freud más que en “Análisis terminable-interminable”) y de su conexión con la cuestión de la posición del Yo en su relación con la feminidad.

 

            A partir de 1920 una nueva teoría de la alucinación se requiere para la evolución de la metapsicología. A partir del momento en el que la repetición es automática o compulsiva y ya no bajo el primado del placer, la Tª de la realización alucinatoria del deseo está potencialmente condenada, la reinvestidura alucinatoria de las huellas se efectúa automáticamente, de manera compulsiva, ya sea que se trate de huellas de satisfacción o de huellas de experiencias que no han conllevado satisfacción. El vínculo hasta entonces orgánico entre alucinación y satisfacción no se puede mantener de esta manera, y de pronto los fundamentos anteriores de la vida psíquica deben ser reconsiderados e incluso reinterpretados aprés-coup,

Sin embargo, hay que esperar a 1937 y a los dos textos “Construcciones en Psicoanálisis “ y “El clivaje del Yo en los procesos de defensa” para que se pueda perfilar otra Tª de la alucinación.

Retomemos el contexto de “Construcciones en Psicoanálisis” en el cual Freud será muy explícito. Freud evoca aquí el problema de la convicción en su relación con la rememoración, constata que en algunas curas en el lugar de la rememoración se produce una vuelta alucinatoria de las percepciones anteriores, que sin embargo vienen a confirmar la construcción propuesta y se produce también como equivalentes a recuerdos de situaciones traumáticas. Y desde aquí el texto de Freud se precipita. La alucinación y el delirio aparecen como el modo de vuelta de acontecimientos vistos o escuchados – por lo tanto percibidos y reencontrados de forma alucinatoria- a una edad precoz y precedente a la aparición del lenguaje. El delirio aparece entonces, como el esfuerzo del sujeto para dar sentido actual, y en apoyo sobre la actualidad, a esta invasión alucinatoria del pasado. Pero esta nueva comprensión del deliro tiene una consecuencia raramente desprendida, alucinación de experiencias anteriores y percepciones actuales coexisten, el delirio es también una sangre mezclada que combina percepción de experiencias anteriores y percepciones actuales.

Freud aprovecha para indicar que desde entonces los fundamentos del trabajo psicoanalítico con a psicosis deben cambiar. Ya no se trata de interpretar el delirio como una realización de deseo, sino como el esfuerzo alienado del sujeto para conseguir reconocer como una verdad histórica una realidad histórica. La alucinación, el delirio, son una forma de sufrir reminiscencias. La referencia a la teórica de la Histeria traumática de 1895 es muy clara en el texto de Freud. El conjunto del campo psicopatológico se encuentra entonces, unificado en una fórmula única. “Se sufre de reminiscencias” y sufrir de reminiscencias no es sufrir de una realización de deseo, es sufrir de un carácter inaceptable, insubjetivable, de una parte de la historia no simbolizada o insuficientemente simbolizada; traumática. Incluso si algunas mociones pulsionales han podido llegar a alojarse de manera mas o menos figurada no es ese el centro del trabajo, la urgencia es ayudar al sujeto en su esfuerzo por tratar de significar y de figurar la existencia y la naturaleza de un trozo de realidad histórica inasimilable. La experiencia “perceptiva actual” abusa del sujeto, alberga la alucinación de una experiencia anterior que viene a interferirse. El conjunto de los desarrollos Freudianos de la última parte del texto supone la coincidencia de un proceso perceptivo y de un proceso alucinatorio, el psiquismo puede pues percibir y alucinar simultáneamente una percepción anterior, incluso “prehistórica”.

De pronto el artículo contemporáneo sobre el clivaje del Yo se aclara. El fetiche, punto de partida de la clínica del clivaje del Yo aparece como el punto de sutura de dos corrientes opuestas que coexisten; la una, salida de la percepción de la diferencia de sexos, la otra, salida de una alucinación del pene ausente. La cuestión para Freud es saber por qué el psiquismo del niño se ha comportado de una manera tan extraña en esta ocasión.

Pero de pronto, también el descubrimiento de la diferencia de sexos o más bien el descubrimiento del “horror de la castración” no puede ser ya simplemente el elemento desencadenante del clivaje, este le pre4existe, y aparece más bien como lo que revela la existencia de una doble corriente del psiquismo y sobre todo del fracaso de la coincidencia primaria de las dos corrientes. La visión del seño femenino se convierte en el horror de la revelación y del transfer de un funcionamiento psíquico particular en el cual se superponen sin vínculo, percepción de un lado y alucinación del otro. El fetiche es la “sutura secundaria”, que es posible gracias al descubrimiento de la diferencia de los sexos, de un clivaje del Yo anterior y mucho. El clivaje mismo no se observa, debe ser deducido de las particularidades de su cicatrización.

 

            Pero las circunstancias de la cicatrización indican también a la vea, que se transfieren sobre el sexo femenino las huellas alucinatorias de una catástrofe anterior, de una catástrofe primaria de la subjetividad y que esta trata de hacerse “representar” secundariamente e4n y por el sexo femenino. Es sin duda que la catástrofe anterior que concernía ya a la cuestión de la feminidad, pero sin duda mas de la feminidad primaria de ser (Winnicott) que la de la feminidad del sexo femenino propiamente dicho. Entonces significa también que en el “transfer” alucinatorio de la catástrofe de ser sobre el sexo femenino, este encuentra su localización en circunscribirse y sexualizarse para intentar ligarse. El sexo y lo sexual se convierten en interpretables, ya no son el punto último, la fuente del Nilo referencial de la interpretación, pueden servir de camuflaje, de cicatrización, de sutura de otras experiencias anteriores que así se han tratado de dar sentido après-coup.

Se me siga o no en esta reevaluación del fetichismo, lo que no se me puede refutar concierte a la observación de Freud sobre la existencia de una doble corriente en el Yo en la cual coexisten percepción actual de un lado, y alucinación del otro. Alucinación y percepción no son ya opuestos, pueden coexistir en el proceso psíquico[1]

 

            Por lo tanto, después de 1895 toda la Tª oficial de Freud tiende a oponerse a esta posibilidad alucinación y percepción actual oponiéndose de forma alternativa.

Retomemos los fundamentos del modelo anterior.

La Tª de la alucinación se presenta en Freud con tres componentes, alucinación primaria y la Tª de la realización alucinatoria del deseo, ella misma conectada con la alucinación anímica, segundo polo y finalmente alucinación psicopatológica, la más difícil para la Tª.

Si se trata realmente del mismo proceso: el reinvestimento de las huellas mnémicas de experiencias o de representación anterior, pero en momentos en dónde estados psíquicos diferentes, alucinación anímica en el sueño, alucinación psicopatológica en el estado de vigilia, lo que actualiza una descripción diferencial de tres procesos alucinatorios, poseyendo cada uno su especificidad.

ALUCINACIÓN PRIMARIA.

 

            Desde el “Proyecto”, el modelo de base de la alucinación se plantea, y en cierta manera revela de entrada su problema.

Esquemáticamente el razonamiento es el siguiente. En caso de subida de tensión, el aparato psíquico se re-vuelve hacia las huellas mnémicas de una experiencia de satisfacción anal anterior, reinsiste y reactiva así estas huellas. Interviene pues, muy pronto en el razonamiento la mayor dificultad que encuentra Freud. Teóricamente, y esto es necesario a los fundamentos de la 1ª metapsicología que no puede ser inteligible sin esto, la reinvestidura de las huellas mnémicas produce una reactivación de las huellas que se manifiestan por una alucinación de la experiencia anterior que es más bien alucinación de las características de la experiencia que alucinación de la satisfacción. El problema que plantea Freud es el siguiente: si la alucinación es también alucinación de la satisfacción, va a decantar una “señal de descarga” que se va a efectuar fuera de la presencia del objeto realmente satisfactorio. Por lo tanto la producción de una señal de descarga en semejantes condiciones produce “un traumatismo”, “un dolor”, una paradoja; hay satisfacción (alucinatoria) sin satisfacción efectiva, el psiquismo está pues en una confusión traumática.

En 1895 dos modelos del traumatismo están presentes el pensamiento de Freud. El primero ha podido ser puesto en evidencia en “La Histeria y algunas neurosis actuales”, es el modelo de un traumatismo por ausencia de descarga, ausencia de abreacción; el segundo está más bien presente en “Las neurosis actuales”: la descarga tiene lugar en el momento malo o en el mal lugar, es decir fuera de la presencia del objeto, es una descarga perdida. Las neurosis actuales son el resultado de una desregulación de la sexualidad actual del sujeto: masturbación (descarga sin objeto), coito interrumpido (no descarga o descarga fuera del objeto). El modelo de la descarga es sexual (en el estricto sentido del término). La única descarga satisfactoria es la descarga en presencia del objeto, en el objeto; es un modelo producido por la sexualidad adulta masculina, por el orgasmo masculino.

Para volver a la alucinación primaria, si la descarga tiene lugar cuando el objeto no está presente, habrá “satisfacción alucinatoria” y al mismo tiempo “no satisfacción”. El psiquismo no puede correr este riesgo que le haría incurrir en un peligro de muerte a largo plazo, en la medida en la que el psiquismo se comportaría como si hubiera satisfacción sin satisfacción efectiva, la fe en detrimento de la autoconservación; antinomio interno al principio de placer, al principio de la realidad del placer. Así Freud se va a encontrar delante de una alternativa, o bien pensar que pueden coexistir simultáneamente una “satisfacción alucinatoria” y un “índice de percepción” de la ausencia de satisfación efectiva. Pero esto supondría la coexistencia de dos percepciones simultáneas y contradictoria. O bien, como he tratado de mostrar antes, todo el esfuerzo de Freud –confrontado a la histeria, a los desdoblamientos de las personalidades y a los estados hipsnoides- en la época, es tratar de establecerla coherencia interna del psiquismo. Es por lo que desde 1892 ha realizado la hipótesis de una “defensa primaria” que tomará el nombre de represión y que tiene, de entrada, la forma de una represión energética.

 

            La defensa primaria, la represión, pero también el psicoanálisis de la época suponen la coherencia de un psiquismo que no se separa más que secundariamente de uno de sus contenidos. Freud debe partir de la idea de que hay siempre un vínculo entre las formaciones del psiquismo, que hay siempre u7na coherencia escondida, tiene que haber una capacidad de síntesis. La simultaneidad de una alucinación y de una percepción contradictorias plantea a la Teoría incipiente un problema insoluble. Freud no puede penar en el clivaje como tal, no puede penar en un clivaje más que como una forma particular de represión. Es por esto por lo cual más tarde en “l clivaje del Yo en el proceso de defensa” Freud titubeará para saber si descubre algo de nuevo o si lo que va a describir es algo conocido y pensado desde hace tiempo.

En 1894 la otra rama de la alternativa es la que consiste en hacer intervenir de entrada una represión energética sobre el modelo de una represión primaria de la alucinación. Freud hace la hipótesis de un dominio energético en el cual el hecho determinante es el de una retención de la investidura de las huellas mnémicas. Desde entonces, el proceso alucinatorio puede ser inhibido, en el lugar de la alucinación se produce una simple representación del objeto buscado. Gracias a esta representación de objeto, el psiquismo estará dotado de una referencia en su búsqueda perceptiva, entonces hecha posible, búsqueda del objeto de satisfacción, un trabajo psíquico podrá incluso colmar el hiato entre percepción “actual” y percepción “anterior”. Se pasa de la alucinación a la simple representación por “retención de investidura”. Para representar hace falta, y es suficiente, retener –hará falta también verse u oirse, retenerse, es decir, comenzar a representarse en lugar de actuar. Y el Yo va atener que trabajar pues de entrada estableciendo conexiones en el núcleo de sus experiencias anteriores para rastrear el objeto bajo todas sus facetas. Pero la representación-cosa no será concebida como el fruto de un trabajo cualitativo, resultará de una actividad simplemente cuantitativa.

Vemos pues, como las cosas se encadenan; la imposibilidad frente a la cual se encuentra Freud en la época, es la de pensar en el simultaneidad de una alucinación y de una percepción. Esto le impulsa a realizar la hipótesis de Yo, de entrada, presente (diríamos de una prematuración del desarrollo del Yo en detrimento del desarrollo de la pulsión), de entrada, activo, de entrada, defensivo para evitar al psiquismo el dolor y el traumatismo que estará asociado a una posición pasiva. Las consecuencias sobre la teoría de la huella y la de la representación no serán pocas: el sujeto debe retenerse de entrada par evitar el dolor (sobreexcitación traumática) o la insatisfacción. La ausencia potencial del objeto, el objeto en la exigencia de su presencia, la impotencia del sujeto se convertirá rápidamente en la primera fuente de todos los motivos morales: el Superyo también está ahí, de entrada, y con él la censura.

Habida cuenta de lo que penamos ahora, acerca del Aprés-coup y después, en particular del Après-coup de la 2ª Metapsicología, parece que Freud se encuentra en la obligación de aplastar el tiempo del desarrollo de la subjetividad, el tiempo de la integración progresiva, está obligado a realizar “en la teoría”, teóricamente, una adaptación inmediata del Yo. El Yo realidad, 1ª Metapsicología, no es el Principio de Realidad de la 2ª, es una formación postraumática, no hay una conquista del trabajo psíquico de subjetivación.

 

 

            ALUCINACIÓN ONÍRICA:

 

            La Tª del sueño y de la realización alucinatoria onírica plantea nuevos problemas a Freud en la medida en que la percepción “actual” está suspendida. También el sueño será el modelo por excelencia de la 1ª Metapsicología y de la Tª de la cura de la época; permitirá trabajar el proceso psíquico suspendiendo la cuestión de la prueba de realidad actual. Lo que la cuestión de la Psicosis, y Freud volverá aquí, no va a permitirle hacer.

El esquema del proceso alucinatorio onírico es ahora clásico. La motricidad suspendida hacia fuera y con ello la descarga va a volverse hacia dentro. El trayecto retrógrado así producido va a conllevar una “regresión tópica” y consecuentemente formal y temporal en el trayecto, en el cual la investidura de la representación de cosas va a producir la alucinación onírica. El modelo es coherente con lo que ha empezado a elaborar en el “Proyecto”. En la cuestión de la alucinación permanece el tema de intensidad de investidura, pero esta vez es a partir de la investidura de objeto que la alucinación se ha traducido, y no ya a partir de la huella directa de la experiencia. Volveremos sobre la cuestión de las relaciones de la huella mnémica con la representación de objeto, cuestión que contiene todoe el problema de la simbolización primaria, hace falta subrayar el momento que gracias al proceso de “regresión onírica” el sistema Percepción-Conciencia hace posible un tratamiento alucinatorio de las representaciones de objeto, así simultáneamente contenido en el espacio del sueño caracterizado por la doble suspensión motriz y perceptiva.

En 1920 hay que decir que esta forma de ver se mantendrá a lo largo de la obra de Freud, y queda vigente hoy en día, el conjunto de los procesos se coloca bajo el registro de la actividad del sujeto. Freud habrá podido mantener el trayecto de la vectorización habitual del psiquismo, imaginar que la bajada de defensas y de contrainvestiduras de la víspera en el sueño va a permitir la vuelta de los deseos o de experiencias activas que tienden a mezclarse y a intrincarse a los restos diurnos y a lo9s pensamientos latentes. Hará falta pensar que esta vuelta se efectúa pasivamente en el inicio y que el psiquismo en sus capas tópicas superiores era penetrada por lo antiguo. El sueño, como el síntoma, será una forma de “sufrir reminiscencias”. La desaferenciación (¿) del sistema Percepción-Conciencia era suficiente entonces, para pensar en la naturaleza alucinatoria de las figuraciones oníricas y la actividad del sujeto se limitaba a ligar lo que operaba así como vuelta en el núcleo de las cadenas asociativas actuales.

La Tª de la Regresión elegida por Freud inversa a la vectorización del psiquismo, confiere al proceso de construcción del sueño el motivo de una actividad primera, una búsqueda activa primera en el nombre de la realización alucinatoria del deseo, y no en el nombre de la necesidad de ligar lo que amenaza a la infracción psíquica.

En 1915, en el “Complemento Psicológico”, Freud de manera metafórica evoca un modelo alternativo. El dormirse es asimilado a una forma de despojarse de sus prótesis de la víspera, de encontrarse confrontado a las zonas heridas del psiquismo. A partir de ese momento, serán estas zonas heridas las que privadas de sus prótesis secundarias volverán en el espacio onírico, que tendrá que continuar a tratar estas huellas de traumatismo. La vía está abierta, así , a la idea de un su7eño en el cual la historia vuelve, y con ella la historia, en particular, de la zonas heridas. Estamos ya en la dirección de la inflexión de los enunciados “2ª Metapsicología” concernientes al sueño. El sueño no será más una tentativa de realización de deseo sino una tentativa de ligazón, tratará de figurar así un traumatismo, una parte de la historia vivida. Este modelo alternativo va a trata de darse paso, para imponerse, sin embargo quedará aún un resto del modelo del sueño-regresión activo. El “Envite originario” aquí concierne al hecho de saber cómo se reparte actividad y pasividad, masculinidad y feminidad en el fondo del psiquismo. Sin embargo a veces en Freud es ambiguo, a saber, si describe objetivamente un proceso de regresión o si describe un movimiento activo de regresión.

LA ALUCINACIÓN PSICOPATOLÓGICA:

 

 

            El problema que Freud plantea aquí, es incontestablemente el que plantea desde el principio de su pensamiento más problema,

En 1895, en los primeros textos de Freud, es cobre todo alrededor de la paranoia cuando se interroga acerca del proceso alucinatorio, Freud parece inclinarse al principio por una Tª de la alucinación y del delirio sobre el modelo de 1895 de la reminiscencia. La “neurótica paranoide” esta… calcada del modelo de la “neurótica histérica”. El delirio era entonces la forma en la que el sujeto busca “asimilar” el acontecimiento traumático y se presenta como sujeto activo de éste, más que lo haya sufrido pasivamente en una sensación de desvalimiento. El sujeto trata como proveniente de él lo que deviene de fuera.

Seguidamente, y después de Schreder, es alrededor de la demencia y de la psicosis alucinatoria que el proceso alucinatorio será interrogado. Sin embargo, Schreder en 1911 hizo la conexión del proceso con lo que 4está llamado en la época homosexualidad y que concierne sobretodo a la relación de Schreder con su femenino-pasivo.

En 1915, en “Los ensayos de Metapsicología” aparece cada vez más clara la dificultad que encuentra la Tª de la alucinación en su relación con el sistema Percepción-Conciencia. Mientas que en 1911 en “Formulaciones sobre el curso de los acontecimientos psíquicos” o en 1915 en “Complemento de Metapsicología” Freud evoca la posibilidad de que sean constituidas huellas mnémicas de percepción susceptibles de ser reactivadas como percepciones “actuale4s” interviniendo pues en el ejercicio del principio de la realidad.- Por el contrario, cada vez que busca interpretar el proceso de alucinación psicopatológica no puede concebir a éste más que como el efecto de un proceso “regresivo” en dirección de representaciones y de representaciones de deseos y no de percepciones antiguas. Desde entonces, la sola hipótesis que le queda por explicar (1915) las diferencias entre la reminiscencia, la visión en la cual el sujeto no duda del carácter “no actual” de las impresiones evocadas y la alucinación, va a ser la hipótesis de una regresión que se prolonga hasta el sistema perceptivo. Regresión paradójica al menos, que impone más bien una retirada de la investidura del sistema percepción, dejando esto “abierto” a las alucinaciones perceptivas venidas de dentro. De este modo, desde esta época el tema de la “pérdida de la realidad” que se perfila en las psicosis es también el de la alucinación negativa.

La pérdida de la realidad resultará de una desinvestidura del sistema perceptivo actual en provecho de la alucinación. Que esto –al límite- sea clínicamente sostenible concerniendo la psicosis alucinatoria aguda, encuentre incluso así enormes dificultades clínicas en lo que concierne a la Paranoia o a la Esquizofrenia, en las cuales la percepción actual queda globalmente operante. Es lo que Freud no puede dejar de saber.

Quedará entonces, la hipótesis hacia la cual Freud va a girarse poco a poco hacia 1924, de una retirada de la investidura del sistema perceptivo localizado, de una alucinación negativa parcial realizando una negación perceptiva. La conexión con el fetichismo y la perversión será entonces posible y centrará la cuestión alrededor del encuentro perceptivo nodal del sexo femenino.

Hemos evocado el après-coup de “Construcciones en el Análisis” de “El clivaje del Yo”, que van a añadir la idea de una retirada de investidura de la percepción y a la de la alucinación negativa, la idea de una coexistencia Percepción-Alucinación en el clivaje, pero también aportarán la alucinación no ya a representaciones de objeto de deseo sino a percepciones traumáticas anteriores no subjetivadas.

EFECTO “TEÓRICO” DEL AUTOMATISMO DE REPETICIÓN

            SOBRE LA TEORÍA DE LA ALUCINACIÓN.

 

Ya he subrayado la introducción en 1920 del concepto de Compulsión de Repetición, debería de haber implicado inmediatamente y de forma necesaria una modificación de los fundamentos de la Tª de la alucinación. Vamos a tratar de entender lo que en aquella época frenaba efectivamente la reformulación de esta Tª y cómo Freud va a trabajar poco a poco en lo que está subyacente en esta resistencia epistemológica.

Pero antes hace falta que examinemos el caudal de implicaciones contradictorias que conciernen a la alucinación y solidariamente implicado el rol del objeto en la metabolización de ésta.

Si hay repetición de experiencias que no han conllevado satisfacción, esto significa que la reinvestidura alucinatoria de las huellas mnémicas de la experiencia anterior no está motivada por la búsqueda de una satisfacción alucinatoria. Si8 la vuelta alucinatoria “automática” no está gobernada por el principio de placer, ¿cuál será entonces el principio que la va a determinar?. Un automatismo absoluto crearía un caos desorganizador absoluto e inorganizable. Es probable que se retomen sobretodo, experiencias “análogas” a la situación de tensión actual, las que han “marcado” el psiquismo, es decir, las más intensas, las más frecuentes, se repite lo que se repito o lo que intenso. Más allá de… … satisfacción o de insatisfacción de estas lo que se retoma más específicamente son las experiencias de encuentro y de contacto con el objeto que introduce variaciones en la situación actual, mucho antes de que su existencia haya sido reconocida. El objeto es investido y las huellas de contacto y de encuentro con el objeto son investidas antes de que el objeto sea descubierto en su exterioridad.

 

            La cuestión que desde ahora se plantea será saber cómo el psiquismo va a salir de la alucinación, y en particular salir de la alucinación de las experiencias que no habiendo conllevado satisfacción expresan la destructividad, será toda la cuestión del lugar del masoquismo en la 2ª metapsicología.

La alucinación compulsiva se convierte en un apremio impuesto al psiquismo, que tiene entonces que llegar a ligar y a transformar este apremio para poder establecer un cierto primado del principio del placer necesario para subjetivación y la apropiación. Si el principio del placer-displacer no es pues, dominante a priori –dentro- como principio selectivo fundamental, va a tener que ser apuntalado y sostenido, incluso establecido desde fuera, por lo de fuera; es decir, por el objeto.

 

La nueva concepción del fondo alucinatorio del psiquismo implica el desprendimiento correlativo del rol y de la función del objeto, de los aspectos cualitativos del objeto. La exigencia de la Tª, “2ª Metapsicología”, con respecto al objeto en su función va a tener que ser reconocida poco a poco.

El a priori teórico “1ª Metapsicología” –lo que constituiría un fondo de amenaza para la actividad psíquica- era que el objeto no estaría en el encuentro con la alucinación para ofrecer la percepción actual adecuada. Haría falta intervenir de entrada en un Yo, para proteger del traumatismo del dolor y retener la investidura anticipando la indisponibilidad del objeto. La “1ª Metapsicología” no podía pedir al objeto ser disponible, no podía requerirle, sólo podía esperar, en todo caso, que viniese a socorrer. Este socorro, cara a la impotencia original, “se convertiría así, en la fuente primera de todos los motivos morales” (Freud, 1895).

En esta concepción, el esfuerzo adaptativo principal está inicialmente, y de entrada, solicitado al Yo del sujeto. El está encargado de tratar de arreglárselas con la disponibilidad o las particularidades del objeto. No se exige del objeto más que el mínimo: que alimente y asegure lo elemental de la autoconservación, sin abusar del niño para su propio placer, ni abusar del niño por una moral civilizada. Los graves reproches hechos a los objetos parentales concernientes en efecto, al abuso sexual o a la sospecha de la sexualidad, está en los artículos de 1907-1908.

El enquistamiento narcisista primario, el autoerotismo, el fantasma, tenía pues asegurar lo esencial de la gestión pulsional del Yo infantil. Fuera de un contexto abiertamente traumático, la queja del sujeto contra los objetos será entonces, entendida en su dolor dípico como el testimonio de un rechazo….

en desprendimiento y duelo de estos primeros objetos, desprendimiento y duelo siempre considerados como potencialmente posibles, el objeto habiendo sido a priori suficiente bueno – y ¿cómo no lo ha llegado a ser?, ya que el sujeto es…….!

La “ª Metapsicología debía ser más exigente con respecto al objeto, al cual le va a imponer un función de   …flexión pulsional, será también más rebelde con respecto a los excesos, exigencias y particularidades cualitativas que vienen del objeto, cara a las cuales va a poner el reconocimiento y las compulsiones subjetivas del juego psíquico. Va a exigir que el objeto aporte otra cosa además de la estricta autoconservación, va a exigir un intercambio simbólico, una forma de mutualidad, de acuerdo relacional necesario al trabajo de simbolización y de subjetivació. VA a exigir también que una diferencia se haga entre placer y satisfacción, entre placer seguido de la descarga de la pulsión y la satisfacción salida de la ligazón en el núcleo del Yo.sujeto y del placer pulsional.

 

 

            EL ROL REFLECTOR DEL OBJETO

 

 

            Después de 1920, la alucinación compulsiva de las experiencias anteriores análogas, se convierten en un apremio de base al cual el aparato psíquico se encuentra sometido, al menos en tato que éstas no hayan recibido el estatus intrapsíquico conveniente, al menos en tanto que ellas no hayan sido simbolizadas; es decir, transformadas y subjetivadas.

A este primer apremio, el imperativo de apropiación subjetiva de la experiencia añade el segundo apremio, el de llegar a reinscribirse bajo el primado del principio del placer-displacer. La nueva tarea asignada al psiquismo va a ser transformar la compulsión de la repetición de la pulsión, bajo el nombre del principio de placer. Pero hay diferentes modalidades para esta transformación.

Una primera tendencia se expresa en el masoquismo originario por la vía de una vuelta del displacer compulsión-placer aceptada y operada por la coexcitación libidinal o sexual, que testimonia el esfuerzo del psiquismo para ligar las experiencias de los dolores compulsivamente alucinados. En esta lógica, no será simbolizados primariamente sino solamente ligados gracias a una “solución” (la coexcitación sexual que toma prestada a la erótica su poder de ligazón), evitando el encuentro con la necesidad del objeto. Esta “solución” permanece “narcisista”, está bajo el primado del placer, no necesariamente de la satisfacción.

La mejor es la 2ª tendencia, se va a expresar por una llamada al objeto, siendo el masoquismo originario el paliativo obligado del fracaso de este recurso y el testimonio de la indiferencia o de la inadecuación del objeto. En esta “solución” el devenir de la alucinación automática primaria va a aceptar el depender de experiencias posteriores y en particular, de las respuestas del objeto a la llamada mucha contenida en la alucinación.

En cuanto a la llamada de la alucinación de la satisfacción primaria, el objeto llega a proponer en respuesta, una percepción suficientemente análoga y satisfactoria, así, se hace posible la ligazón entre percepción y alucinación, y se genera una ilusión que va a apuntalar el proceso de subjetivación. Esta va a ser la capacidad de convertirse anímicamente presente al mundo y a la percepción, se va a asegurar el primado del principio del placer y se va a abrir la cuestión de la satisfacción subjetiva. La alucinación primaria así transformada en ilusión, por la ligazón con una percepción suficientemente análoga, abre el campo del animismo infantil y más allá el de la constitución de símbolos primarios -que conjugan alucinación y percepción para crear los representantes-cosa- que operan el transfer –transformación de la alucinación en representación-cosa.

Esta alucinación primaria y representación-cosa –la 2ª Metapsicología- debe intercalar la percepción proporcionada por el objeto, y éste, ahí dónde la 1ª Metapsicología hacía entrar prematuramente la actividad del Yo.

Pasaba lo mismo en lo concerniente a la inevitable alucinación primaria de las experiencias sin satisfacción subjetiva (experiencias llamadas traumáticas) y movilizadoras de destructividad. Si el objeto es capaz de proporcionar una percepción y una presencia que aporta un desmentido suficiente a la alucinación y a la destructividad, restablece de este modo secundariamente una cierta satisfacción, sobrevive a la destructividad, puede comenzar a ser descubierto en su exteriorioridad. El descubrimiento de la exterioridad del objeto está, entonces, apuntalado por el principio del placer (realizando así una alianza con el principio de realidad). Ësta, contrainviste la formación de una ilusión negativa de destrucción persecutoria hiriente y compulsiva.

 

 

            Winnicott ha creado el concepto de Creado-Encontrado para subrayar la coincidencia de la alucinación de la satisfacción con la percepción análoga proporcionada por el objeto. He forjado analógicamente el concepto de Destruido-Encontrado para describir la desmentida perceptiva de la destructividad primaria. El fracaso del objeto para asegurar esta deflexión de la alucinación por decepción, el fracaso del transfer-transformación de la alucinación en y por la percepción, ambos desembocan en el enquistamiento narcisista primario de las experiencias anteriores entonces condenadas a estar activadas alucinatoriamente y a herir persecutoriamente el aparato psíquico.

 

            Veamos pues, lo que sería para mí la vertiente teórica implicada por la 2ª Metapsicología, alucinación y percepción simultaneada, se van a ligar entre ellas para formar una experiencia de ilusión. Ësta, al hilo del descubrimiento de la exterioridad del objeto (y de la intrincación de los movimientos “creativos” y “destructivos”) inducirá una relación “anímica infantil” al mundo, en el origen de la formación de los “símbolos primarios” después de las futuras representaciones-cosas.

 

Me gustaría subrayar, para terminar este primer desarrollo, que es la percepción proporcionada por el objeto la que asegura el rol subjetivamente a los procesos, o más bien es la adecuación cualitativa de esta percepción (su acoplamiento suficiente) la que instaura el primado del principio del placer. A partir de 1925 Freud va a introducir la idea de los factores cualitativos en el funcionamiento del placer y retomará la idea, latente en él desde 1895, de la importancia del ritmo y de las adecuaciones del rito en sus factores cualitativos.

Freud está muy lejos de subrayar directamente la función objetiva del objreto, tanto para el apuntalamiento de la subjetividad como para la metabolización pulsional. No se puede sostener que la “2ª Metapsicología” de la época reconozca francamente las exigencias concernientes al objeto que me parecen, a nivel personal, lógicamente implícitas en el nuevo principio del fundamento.

La interpretación que yo propongo de esto, va a formar parte de mi argumentación concerniente a los envites teóricos de estas cuestiones.

Propongo considerar que hay una cierta resistencia clínica y epistemológica en la obra de Freud, resistencia que no comenzará a levantarse más que en sus escritos finales de los años 37 y 39. Todavía Freud, como su héroe Moisés, no llegará a la tierra prometida de los orígenes.

El primero de estos factores concierne al hecho de que la compulsión a la repetición implica, un fondo pasivo de la vida psíquica, una compulsión que el psiquismo debe sufrir independientemente de todo deseo propio. Esta pasividad va a permanecer hasta “Análisis terminable e interminable”. Es aquí dónde aboca la teorización de Freud. Freud va a preferir, todavía durante un tiempo, pensar que hay una vuelta al estado anterior; es decir, un resto activo pulsional, más que pensar que hay una vuelta del estado anterior, vuelta automática y compulsiva.

Esta pasividad implica solidariamente la aceptación de la dependencia objetiva hacia el objeto. Este va a ser otro punto de resistencia en –Freud, que va a preferir trabajar el problema a partir del objeto interiorizado: del SuperYo.

 

Los años 1915 habían visto el reconocimiento de la existencia de una sombra en el interior del objeto. El Ideal del Yo como instancia y objeto interior habían podido, de pronto, ser desprendidos y diferenciados del Yo. Este inicio de diferenciación adquirida abre la gran cuestión del debate interno del Yo con, por un lado, el Ideal del Yo-SuperYo, y por el otro, el Ello (tienen una parte común, el SuperYo hasta 1932-1933 enraizado en el Ello y estando en parte confundido con él).

En 1922, después del giro de 1920, Freud vuelve sobre “Algunos mecanismos de la homosexualidad. Los celos y la paranoia” pone en escena una interrelación: la de la pareja formada por el paranoico celoso y su mujer. El celoso se muestra particularmente tiránico en su manera de interpretar los movimientos pulsionales de su mujer, la hiere y la desorganiza, en particular, no haciendo ninguna diferencia entre acto y pensamiento, palabra o simple representación.

El celoso paranoico no reconoce la tópica psíquica, no diferencia los diversos registros del campo representativo, pensar, desear, actuar, son para él una misma cosa que debe estar condenada y castigada de la misma forma, al menos cuando se trata del Yo femenino. Todo es deseo y deseo realizado, esta es la ley para el otro. No hay representación de la representación, de la diferencia entre representar y actuar.

En 1923 en la parte de “EL Yo y el Ello” consagrada con el Yo, Freud nos muestra un cuadro de esta relación absolutamente idéntico al del celoso paranoico y su mujer. Pero esta vez el debate es interno, internalizado y por lo tanto, más devastador para el Yo, ya que es del interior del aparato psíquico, desde dónde se produce el hostigamiento. El SuperYo severo y cruel conocía todo lo que se tramaba en el seño del Yo. Consciente o Inconsciente, nada se le escapaba, no reconocía las diferencias entre representado o pensado y actuado, todo deseo activo debe estar castigado. El Yo es tratado como si fuera plenamente responsable de lo que se produce en la vida psíquica sin reconocer ninguna de las compulsiones de éste. Todo lo que se produce en la vida psíquica deber ser el fruto de un deseo actuante del Yo, todas las salidas simbólicas o representativas están condenadas como equivalentes de realización; el SuperYo bloquea todas las salidas, crea una situación paradójica en impass: se convierte en “una pura cultura de pulsión de muerte” e impone al Yo su ley. A este último no le queda más remedio que adoptar una solución masoquista, la necesidad de castigo.

Comenzar a reconocer los efectos de4vastadores del objeto interiorizado, de las identificaciones con el objeto que llevan a la interiorización de éste, es ya empezar a denunciar lo absurdo de las exigencias del objeto concernientes al Yo, también es empezar a denunciar el objeto mismo, comenzar a exigir de él otra cosa que ser una instancia de castigo ciega. En 1924 “Los análisis del problema económico del masoquismo” van a perseguir la exploración de esta cuestión subrayando de forma aún más resuelta el vínculo y la conexión entre lo femenino pasivo y los primeros procesos del sujeto.

A través del aparato psíquico, la lucha comienza por el reconocimiento hacia el SuperYo de los derechos del Yo a los límites impuestos por los forzamientos que se le proporcionan desde el exterior, es una lucha por los derechos del yo a no estar castigado por los apremios objetivos que encuentra en su proceso, derecho del Yo a no estar castigado por los forzamientos objetivos que encuentra en su proceso, por los procesos del Yo de no estar castigado con la castración cuando es impotente para suprimir los apremios que sufre pasivamente.

A partir de 1923, pero de manera más resuelta en el 27 y 29, en los escrito “sociales” de Freud que persiguen la elaboración del entorno grupal colectivo y objetal del psiquismo, Freud va a tratar de aflojar el aprisionamiento del SuperYo severo y cruel entrando a una lucha abierta contra su tiranía.

“El estudio de las neurosis, así como su tratamiento, nos lleva a formular dos objeciones al SuperYo del individuo: por la severidad de sus órdenes y de sus interdicciones se preocupa muy poco del bienestar del Yo; y por otra parte, no tiene en cuenta las resistencias a obedecerle: tampoco tiene en cuenta ls fuerzas de las pulsiones y las dificultades exteriores. Estamos pues, obligados en nuestro objeto terapéutico a luchar contra él y vamos a esforzarnos en rebajar sus pretensiones” (Freud, 1929).

Las tiranías evocadas en el texto no son resistencias del sujeto, por el contrario, son resistencias de la realidad, apremios a los cuales se somete el sujeto. El descubrimiento y el desarrollo de la 2ª Metapsicología implican cada vez más el reconocimiento verdadero en acto de los apremios concretos que pesan sobre el Yo y que sufre pasivamente. El objeto le exige demasiado sacrificio y sometimiento por el deseo de los demás. La denuncia no sólo tienen que ver con las restricciones que “la moral sexual civilizada” imponía a las representaciones de los deseos sexuales, también tenían que ver con la gestión de la agresividad inherente al deseo de vivir, tenía que ver con el derecho a encauzar una parte de ésta hacia fuera, también tenía que ver con la exigencia de los objetos con respecto a esto y su poca tolerancia, finalmente tenía que ver con el derecho a lo Destruido-Encontrado.

La interiorización no es ya el bien supremo superpuesto al acrecentamiento de la subjetividad, la interiorización puede testimoniar la seducción por los apremios excesivos de los objetos en detrimento de la verdadera subjetividad, del reconocimiento de la objetividad de los apremios, puede resultar de las formas de la incorporación, de alineación al narcisismo de los objetos tanto más perniciosos en tanto que han ignorado su primera alteridad, el Yo los asimila en el núcleo del SuperYo sin otra forma de proceso.

A partir de 1923 “las pretensiones del SuperYo” serán rebajadas en la tópica, el lugar que va a ocupar será reducido; en 1933 la diferencia del Yo y del Ello, y del Ello con el SuperYo, el esfuerzo y el trabajo de diferenciación interno de la tópica siguen. En el “Análisis terminable e interminable” Freud va a perseguir el trabajo de diferenciación entre el Ello y el Yo evocando la diferencia de la pulsión integrada “armoniosamente” en el Yo y lo que le queda externo, que proviene del Ello en el cual el sujeto no ha llegado todavía a ser. Finalmente en 1938, en el análisis de los “fragmentos del Ello”, Freud va a añadir la alternancia de los fragmentos del “análisis” del Yo que se van a añadir a los fragmentos del análisis del SuperYo, que los textos del 27 y 28 habí8an empezado a perfilar. Los fragmentos del análisis del Yo me parecen ser aquellos en los cuáles se expresa la manera en la que el sujeto se ha asimilado sin otra forma de proceso simbólico de las experiencias traumáticas a las cuales ha sido confrontado, es decir, las defensas narcisistas a las cuales ha tenido que recurrir.

Esto no son más que algunos jalones, al hilo de los textos del trabajo de construcción y de reconocimiento de Freud, de los límites internos de las diferencias tópicas. El trabajo que nos queda es enorme para seguir rastreando el conjunto de los eslabones de este esfuerzo.

Pienso que paradójicamente en el momento en el que Freud en “Análisis Terminable e interminable” reconocía la naturaleza de la roca para el análisis del temor de la pasividad en el hombre, en su conexión inmediata con el temor de la feminización, es en este momento que va a comenzar a admitir plenamente la posibilidad de una pasividad primordial del psiquismo en relación al fondo alucinatorio primario. No se vuelve hacia el estado anterior si no es para protegerse, por la vuelta de lo pasivo en activo, del retorno del estado anterior.

La dificultad a la cual el psiquismo se somete es la de saber cómo conjugar la alucinación del estado anterior y la percepción actual, cómo religar efectivamente el uno con el otro; es decir, cómo no sufrir reminiscencias, no delirar, no fetichizar.

 

           

 

 

 

 

 

 

 

[1]           Las búsquedas más recientes de las neurociencias concernientes a la Psicosis van sobre todo, en el sentido de no hacer de ésta una patología de la percepción sino más bien una patología de la atribución, atribución… perceptivo de lo que debería corresponder a la representación psíquica, error de atribución que proviene del hecho de que la representación no esta referida por el sujeto como tal. Estas investigaciones confirman la hipótesis de Freud de 1937 y 1938.

5° Séminaire l’institut de psychanalyse (séance du 6 Juin 2014) L’ASSOCIATIVITÉ PSYCHIQUE ET LA MÉTHODE PSYCHANALYTIQUE

 5°Séminaire

5°Séminaire l’institut de psychanalyse

(séance du 6 Juin 2014)

 

L’ASSOCIATIVITÉ PSYCHIQUE ET LA MÉTHODE PSYCHANALYTIQUE

R.Roussillon

L’un des apports majeurs de Freud, celui sans lequel la psychanalyse n’existerait pas et n’existerait pas non plus tout ce qu’elle a pu apporter à la compréhension de la psychologie des profondeurs est la méthode dite de l’association libre, méthode fondamentale de la pratique psychanalytique. L’associativité est en effet surtout connu en psychanalyse du fait de la règle, dite fondamentale, de l’association libre, elle est donc connue surtout comme méthode, et celle-ci est supposée tellement « bien connue » que très rares sont les travaux qui lui sont consacrés, comme si son seul énoncé se suffisait à lui-même. Tout semble se passer comme si la règle et l’associativité ne faisaient pas, plus, problème en psychanalyse, voire que l’exercice de la psychanalyse en estompait l‘usage fondamental. Cependant dès que l’on se penche d’un peu près sur la question, on ne peut que constater que ce qui se donne comme tellement bien connu recèle en fait chez Freud une complexité assortie de toute une série de questions largement estompées par les habitudes institutionnelles. On ne peut que constater que si cela a un sens d’énoncer une règle de l’association libre, si donc celle-ci a un sens, c’est parce qu’elle repose sur une conception du fonctionnement associatif de la psyché. Le fait est rarement relevé et c’est pourquoi il mérite le rappel de quelques uns des jalons de sa découverte.

Si le 19°siècle ne découvre pas l’associativité, celle-ci tient néanmoins une place importante dans son épistémé et ce n’est pas un hasard si la philosophie dite « associationniste » y trouve son essor. Même dans le domaine de la psychopathologie on en trouve des traces, et les hystériques sont volontiers dites « associatives » ce qui signifie que leur raisonnement passe souvent du « coq à l’âne ».

Quand on se penche sur les traces que Freud nous a laissé de la conscience qu’il a des origines de sa méthode, on trouve un petit article de 1920 « Sur la préhistoire de la technique psychanalytique »[1] dans lequel il réfère à ses lectures d’adolescent d’un auteur du romantisme Allemand, L Börne, l’origine première de sa découverte de la méthode associative. Dans un écrit intitulé « Comment devenir un écrivain original en trois jours » L.Börne présente l’écriture associative comme la clé de sa méthode. En réalité L.Börne doit lui-même « l’invention » de la méthode aux Mesmériens et premiers spiritistes de la clinique du Chevalier de Barberin sis sur la colline de la Croix Rousse de Lyon. La méthode est inventée par deux « somnambules artificielles » (nommées G Rochette et l’agent inconnu) de cette clinique puis véhiculée par les loges maçonniques jusqu’à Strasbourg[2], plaque tournante de l’époque vers l’Allemagne et le romantisme Allemand du début du 19°. Et le piquant de l’histoire et juste retour des choses, est que les surréalistes reprendront de la psychanalyse une méthode qu’elle dit elle même avoir pris à la littérature !

Pour ce qu’il en est de l’histoire elle-même, celle de la rencontre de l’associativité avec la clinique, c’est dans les Études sur l’aphasie de 1891 qu’on en relève les premières traces. Dans ce texte Freud propose une théorie de la représentation psychique qu’il présente comme un ensemble d’éléments perceptifs « associés », connectés entre eux. Le modèle qu’il avance alors est étonnamment moderne et « neuroscientifique », il peut tout à fait être rapproché de celui que F Varela, par exemple, donne des théories connexionnistes de la représentation[3], ou encore de celui des « assemblées de neurones » de Hebb.

Dans la fameuse Esquisse pour une psychologie scientifique de 1895, Freud continue sa modélisation du fonctionnement associatif de la psyché. Il se réfère explicitement au modèle des réflexes conditionnés pour penser la création des symptômes, c.-à-d. à un modèle dans lequel c’est par l’association par simultanéité ou contiguïté que s’établissent les « fausses liaisons » historiques à l’origine des réminiscences. Là encore la modernité du modèle étonne si l’on compare celui qu’il propose avec, par exemple, le modèle de J.Ledoux[4] qui confère aussi aux réflexes conditionnés une importance tout à fait essentielle dans le fonctionnement du cerveau et singulièrement dans la vie émotionnelle.

Quand, toujours dans le même ouvrage de 1895, Freud tente de modéliser le fonctionnement du Moi, c’est encore un fonctionnement associatif qu’il avance : le Moi apparaît comme un ensemble de connexions associées. Il ajoute que certaines associations peuvent être inhibées ou entravées par la mobilisation de défenses primaires (le refoulement) qui tendent à bloquer la circulation associative entre différentes parties du Moi. Le Moi est un ensemble d’éléments complexes associés entre eux, un groupe de groupes associatifs, de complexes associatifs.

On soulignera que le modèle concerne aussi bien le fonctionnement de base de la psyché que son fonctionnement pathologique : certains évènements de la vie peuvent fixer un ensemble d’éléments associés fortuitement (par simultanéité ou contiguïté), peut fixer l’association de certains éléments pour des « raisons » qui ne sont que conjoncturelles. La défense primaire (1892) fixe le flux associatif de la vie, empêche les recombinaisons nécessaires à l’adaptation au présent. C’est pourquoi la méthode de l’association libre, libérée, « soigne » elle relance la libre circulation des flux associatifs, libère le fonctionnement psychique de ses « points de fixation » de ses idées fixes (Janet). Ce que l’histoire avait fixé et qui fonctionnait comme détermination inconsciente pour le sujet dans la mesure où les défenses continuaient de le maintenir tel quel, est remis en mouvement, « libéré » par la relance de l’associativité psychique.

Toujours en 1895 les Études sur l’hystérie précisent les choses, et en particulier les premières versions de la méthode, aussi bien dans ses aspects techniques que dans son utilisation. C’est d’abord la technique de la « pression de la main sur le front » qu’il utilise : au moment où la main se retire, dans cette « dépression » donc, une idée doit surgir, la première idée qui surgit est la bonne, celle que l’on cherche. Et cette technique doit être répétée autant que nécessaire. En 1900 dans L’interprétation des rêves la technique a déjà évoluée, ce n’est plus seulement la première idée associée qui apparaît comme pertinente pour l’analyse, c’est aussi les idées qui s’associent sur cette première idée, l’enchaînement des idées qui est visé par le procédé. Le psychanalyste découpe le rêve en items et chacun de ceux-ci est le point de départ d’une chaine, d’un buisson associatif, l’association est « focale », elle est focalisée sur un item donné, un élément du rêve ou du symptôme. Mais le psychanalyste « garde la main » sur le traitement, et relie ensuite les groupes associatifs ainsi produits pour proposer son interprétation de l’ensemble, il fait la synthèse. Le rêve de « l’injection faite à Irma » est analysé selon ce modèle, le texte et sa découpe singulière ne laissent guère de doute sur ce point, mais aussi les rêves de Dora en 1899. Ce n’est qu’en 1907, à propos[5] de la cure de L’homme aux rats, que Freud annonce que la méthode psychanalytique s’appuie désormais sur une « règle de l’association libre », libérée de toute induction associative.

Dans les Minutes de la société psychanalytiques de Vienne (NRF p 247) Freud déclare en effet :

« La technique de l’analyse a changée dans la mesure où le psychanalyste ne cherche plus à obtenir le matériel qui l’intéresse lui-même mais permet au patient de suivre le cours naturel et spontané de ses pensées… » (séance du 30 octobre 2007).

C’est l’analysant qui dès lors « choisit » son thème associatif de séance, « suit le cours naturel et spontané de sa pensée ». Entre temps Freud a pu penser que les associations « libres » étaient en effet « contraintes » par l’existence de « complexes associatifs » inconscients qui en régulaient le cours. Il n’a plus dès lors à redouter de se perdre en route, une cohérence interne régit en secret le flux associatif, il n’y a plus besoin de le réguler du dehors, il possède sa « logique » interne sa régulation propre, à l’écoute de laquelle le psychanalyste doit alors se consacrer. La libération de l’associativité fait surgir à contrario l’existence de déterminations internes.

L’écoute psychanalytique de l’associativité.

La méthode et les procédés qui la mettent en œuvre dépendent de la conception que Freud se fait du fonctionnement de la psyché, de la conviction qu’il a de sa cohérence profonde. Si la règle a un sens c’est bien à la fois parce que Freud dispose d’une théorie associative du fonctionnement psychique, et qu’il a la conviction que la psyché est cohérente, au delà des apparences psychopathologiques. Dès 1895 et Psychothérapie de l’hystérie il déclare que l’on est en droit d’attendre de l’hystérique des associations « cohérentes », et si elles ne se présentent pas comme telles, c’est qu’un maillon reste caché, obscur, inconscient.

« Le praticien est en droit d’exiger d’un hystérique des associations logiques, des motivations semblables à celles qu’il exigerait d’un individu normal. Dans le domaine de la névrose les associations restent logiques » (EH p 237)

Sa conviction ne fait que s’affermir dans les années qui suivent, au fur et à mesure qu’il approfondit sa conception de ce qui organise et agence en secret les liens associatifs, qu’il perce à jour les logiques des « complexes associatifs » et autres formations de l’inconscient, autres « régulateurs internes de l’associativité ».

Dès lors il apparaît progressivement que ce qui est « fondamental » dans la méthode ce n’est pas tant la règle elle-même, elle ne fait que traduire une règle d’écoute de l’associativité, elle ne fait que faciliter le travail, ce qui est fondamental c’est la règle de l’écoute du psychanalyste. Il doit écouter les associations avec l’idée qu’elles sont cohérentes, ce qui implique que si deux éléments sont associés c’est qu’ils possèdent un lien. Si celui-ci est manifeste, si le lien est « évident », conscient donné, cohérent, pas de problème, ceux-ci commencent quand le lien n’est pas manifeste, pas évident, pas donné, pas « conscient » : là s’ouvre la spécificité de l’écoute de la clinique psychanalytique. L’analyste doit écouter les associations en se posant la question du lien implicite, inconscient, il doit faire des hypothèses concernant ce lien, tenter de le reconstruire et de reconstruire la logique qui anime la chaine associative.

C’est sur le fond de cette hypothèse méthodologique d’écoute que se comprend le transfert, celui-ci est directement articulé à la question de l’associativité et ceci dès 1900 et L’interprétation des rêves où l’on peut lire

« On apprend … que la représentation inconsciente est absolument incapable en tant que telle d’entrer dans le préconscient et qu’elle ne peut y manifeste un effet qu’en se mettant en liaison avec une représentation innocente appartenant déjà au préconscient en transférant sur elle son intensité et en se laissant recouvrir par elle. C’est là le fait du transfert qui détient l’élucidation de tant d’évènements frappants dans la vie d’âme des névrosés. Le transfert peut laisser non modifiée la représentation préconsciente qui parvient ainsi à une intensité d’une grandeur imméritée, ou bien imposer à celle-ci même une modification par le contenu de la représentation transférante » (S.F 1900, Trad 2003 p.616-617).

Deux types de cohérence se dégagent de la perspective freudienne de l’époque. Soit la cohérence est conjoncturelle, elle est liée aux données singulières d’un moment de l’histoire du sujet, les liaisons sont alors établies sur le modèle du réflexe conditionné que nous avons évoqué plus haut, elles sont conditionnées par des éléments qui peuvent être fortuits et qui ne valent que par leur proximité ou leur simultanéité avec l’événement psychiquement marquant.

Soit elle est structurelle, ce que Freud dégagera petit à petit, elle est alors liée aux grandes questions, aux grands conflits et aux grandes difficultés de la vie humaine, et principalement à tout ce qui concerne la vie affective et sexuelle du sujet. Comme celles-ci sont la plupart du temps en contraste avec la vie sociale courante (qui est largement désexualisée) elles sont souvent refoulées, et ceci d’autant plus que Freud va progressivement mettre en évidence qu’elles sont aussi « attirées » par des formations organisatrices de la vie psychique inconsciente, des « concepts inconscients » (Freud 1917) les « formations originaires » qui prendront aussi un statut quasi structural dans sa pensée, un statut de « concepts inconscients » (1917).

C’est sur cette « théorie minimum » du fonctionnement psychique du sujet que l’écoute psychanalytique va se fonder, elle sera en latence dans son écoute, mais elle en organisera la forme. L’attention « également flottante », l’égalisation méthodologique de l’écoute qu’elle implique, qui prescrit de ne rien attendre de spécifique quand on écoute un analysant en cours de séance, pousse à ce que l’analyste, à son tour, « associe librement » en prenant les associations de l’analysant et leur rupture apparente de lien comme point de départ. La règle est la même pour les deux protagonistes de la situation psychanalytique, simplement elle joue dans un plan décalé pour l’analyste dans la mesure où pour le patient ce qui meut sa chaine associative ce sont les évènements inappropriés de son histoire, alors que ce qui met en mouvement l’associativité de l’analyste ce sont les blancs, les ruptures, les idées incidentes, les incohérences, les particularités des chaines associatives de l’analysant, l’analyste associe sur les associations de l’analysant et en particulier sur les ruptures de son associativité. La situation psychanalytique est une situation de co-associativité, d’associativité à deux.

L’associativité de l’analyste suppose une forme de double contrainte implicite. D’une part il associe « en double », en identification avec son analysant, il est « côte à côte » avec son analysant, sans quoi il ne perçoit rien de ce qui travaille celui-ci. Mais il est aussi en écart avec lui sans quoi il ne perçoit pas où l’analysant et la chaîne associative bute, là où les singularités de sa vie psychique inconsciente se manifestent. Théoriquement l’analyse propre de l’analyste lui a permis d’acquérir une liberté associative telle qu’il doit percevoir les ruptures associatives de l’analysant, là où il ne peut continuer de le suivre « en double », là où ses propres chaines associatives l’emmènent ailleurs que là où l’analysant va où semble aller, c.-à-d. là où les idiosyncrasies spécifiques de l’analysant se manifestent.

C’est aussi là que le travail d’interprétation-construction prend son sens, en lien avec ces ruptures où particularités de l’associativité de l’analysant. Quand Freud en 1938 dans Construction en analyse, se penche sur les critères qui peuvent guider l’analyste dans l’évaluation des effets de son travail d’interprétation-construction, il balaye d’un revers de manche les tentatives pour se fonder sur le seul accord ou désaccord de l’analysant : ceux-ci restent trop soumis aux effets de complaisance, de soumission, de résistance ou de révolte de l’analysant, trop soumis aux effets de suggestion ou de contre–suggestion, donc à l’état du transfert. Ce qui lui paraît plus pertinent est ce que j’ai proposé de nommer la « générativité associative » de l’intervention de l’analyste, c.-à-d. les associations que l’intervention rend maintenant possibles. Là encore c’est à l’associativité que le travail psychanalytique est référé, c’est en elle qu’il trouve son fondement et sa raison d’être, qu’il s’évalue.

L’horizon du travail psychanalytique, et sans doute de tout « véritable soin psychique », est de modifier les systèmes de régulation de l’associativité. Si elle est inévitablement et naturellement régulée par des systèmes d’inhibition qui lui permettent de s’ajuster aux situations rencontrées dans la vie courante, et qui supposent que certaines associations soient tenues sous le boisseau, les souffrances qui conduisent les sujets en analyse, ou qui se manifestent de manière « psychopathologiques », résultent toujours de systèmes de régulation marquées par des défenses excessives contre certains contenus psycho-affectifs. La psyché ne peut se passer de systèmes de régulation qui sont aussi des systèmes d’organisation[6], ses états internes dépendent de la nature de ceux-ci. L’enjeu fondamental du travail psychanalytique, est de faire évoluer les systèmes de régulation de la psyché et de permettre, toutes les fois que c’est possible, de développer une régulation par la symbolisation et la réflexivité[7] qu’elle rend possible. C’est quand l’associativité atteint un degré suffisant de complexité qu’elle peut se réfléchir et se découvrir mode de symbolisation et non « en soi » de la chose, alors que quand elle est trop inhibée elle reste prise dans une actualité qui en interdit l’appropriation subjective véritable. Mais pour bien saisir la complexité à l’œuvre il faut dépasser la référence à la seule associativité verbale.

À l’écoute de l’associativité non verbale.

La règle fondamentale concerne la nécessité de dire tout ce qui vient à l’esprit elle concerne donc l’associativité verbale. Et ceci a pu faire penser que l’associativité était « verbale », uniquement verbale, et donc que l’écoute de l’associativité se cantonnait à ce niveau d’écoute. Mais là encore une lecture attentive des textes de Freud montre que telle n’est pas sa position, il s’abonne plutôt à une théorie polymorphique de l’associativité qui suppose une écoute polyphonique de celle-ci. Reprenons le fil de ses textes.

Dans les Études sur l’hystérie tout d’abord, et plus particulièrement dans Psychothérapie de l’hystérie (1894) Freud montre comment il comprend l’utilisation de la méthode associative, et il apparaît clairement qu’il intègre complètement les différentes manifestations corporelles, en particulier tout ce qui relève des symptômes de conversion hystériques, qu’il entend comme « se mêlant à la conversation ». Mais dans son écoute il intègre aussi tout ce qui ressortit du registre mimi-gesto-postural qui lui aussi « à son mot à dire ». Il est à noter que pour Freud le symptôme ou la manifestation corporelle est traitée comme une instance de vérité, comme une boussole. Si par exemple un sujet déclare qu’il n’a plus rien à dire mais que le symptôme persiste, alors Freud suit l’indication donnée par le symptôme et il a la conviction que tout n’a pas été dit. C’est seulement quand le symptôme corporel a disparu que Freud considère que le complexe associatif se rapportant au symptôme a été totalement évoqué.

«  En outre les jambes douloureuses commencèrent aussi à « parler » pendant nos séances d’analyse… en général au moment où nous commencions les séances la malade ne souffrait pas, lorsque par mes questions ou en appuyant sur sa tête, j’éveillais quelque souvenirs, une sensation douloureuse se produisait… elle atteignait son point culminant au moment où elle allait révéler des faits essentiels et décisifs… J’appris peu à peu à me servir de l’éveil de cette douleur comme d’une boussole. Lorsqu’il lui arrivait de se taire alors que la douleur n’avait pas encore cédée je savais qu’elle n’avait pas encore tout dit… ». (EH p117)

En 1913 dans un article consacré à « L’intérêt de la psychanalyse » Freud précise sa position en ce qui concerne l’idée d’un langage en psychanalyse il précise alors ce qu’il entend « par langage, pas seulement l’expression des pensées en mots mais aussi le langage des gestes et toute forme d’expression de l’activité psychique… ». Cette remarque couronne une série de remarques dont il a égrené différents textes d’exploration de la symptomatologie névrotique.

En 1907, dans l’article qu’il consacre aux Actions compulsionnelles et exercices religieux, Freud évoque le rituel d’une femme qui est obligée de tourner plusieurs fois autour de la cuvette d’eau salie par ses ablutions avant de pouvoir vider celle-ci dans les toilettes. L’analyse de ce rituel compulsif fait apparaître que, non seulement « les actions compulsionnelles sont chargées de sens et (mises) au service des intérêts de la personnalité », mais qu’elles sont aussi la figuration, soit directe soit symbolique, des expériences vécues et donc qu’elles sont à interpréter soit en fonction d’une conjoncture historique donnée, soit symboliquement. Ainsi pour ce qui concerne le rituel de la cuvette, il prend au cours de l’analyse le sens d’un avertissement adressé à la sœur de la patiente qui envisage de quitter son mari, de ne pas se séparer des « eaux sales » du premier mari, avant d’avoir trouver « l’eau propre » d’un remplaçant. Je souligne ici que, pour Freud, le rituel ne prend pas seulement sens dans la relation de la patiente à elle-même, donc sens intrapsychique, mais qu’il s’inscrit aussi dans la relation à la sœur de celle-ci, comme « message » adressé à celle-ci. L’action compulsionnelle à un sens, elle « raconte » une histoire, l’histoire, mais, c’est en plus une histoire adressée, un message, un « avertissement » dit Freud, pour la sœur de celle-ci.

L’acte « montre » une pensée, un fantasme, il « raconte » un moment de l’histoire, mais il montre ou raconte à quelqu’un de significatif, il s’adresse, et ceci même s’il n’assume pas pleinement son contenu, même si la pensée se cache derrière sa forme d’expression. L’acte « montre », il ne « dit » pas, il raconte, mais avance masqué.

En 1909 Freud prolonge sa réflexion concernant les attaques hystériques et la pantomime de celle-ci, dans une ligne qu’il avait déjà commencée à frayer dès 1892 et Pour une théorie de l’attaque hystérique. Dans Considérations générales sur l’attaque hystérique il souligne alors que, dans celle-ci, le fantasme est traduit dans le « langage moteur », projeté « sur la motilité ». L’attaque hystérique, et la pantomime qu’elle met en scène, lui apparaissent comme le résultat de la condensation de plusieurs fantasmes (bisexuels en particulier), ou de l’action de plusieurs « personnages » d’une scène historique traumatique. Par exemple, ce qui se donne comme l’agitation incohérente d’une femme, comme une pantomime insensée, prend sens si l’on prend soin de décomposer le mouvement d’ensemble pour faire apparaître une scène de viol. La première moitié du corps et de la gestuelle de la femme « figure », par exemple, l’attaque du violeur, qui tente arracher les vêtements de la femme, tandis que la seconde moitié de son expression corporelle représente la femme en train d’essayer de se protéger de l’attaque.

Là encore donc, la pantomime apparemment sans sens et qui apparaît au plan manifeste comme une agitation désordonnée, est éclairée si on peut analyser et décomposer les différents éléments qui en organisent secrètement l’agencement. Ce qui apparaît au premier abord comme « pure décharge » livre alors la complexité signifiante qui l’habite et se masque. L’hystérie « parle » avec le corps, elle montre ce que le sujet ne peut-dire, elle le cache ainsi. Déjà, à propos de la conversion, Freud avait souligné que le corps de l’hystérique tentait de dire les mots que le sujet ne pouvait accepter de prononcer et de prendre pleinement conscience. Par exemple, une nausée exprimera le fait langagier d’avoir « mal au cœur », et le mal d’avoir « mal au cœur » renverra, lui, à la forme métaphorique d’une peine de cœur, à un amour déçu. L’acte, dans les processus hystériques, peut être interprété comme le fut le représentant-affect, il est langage de l’acte, il est passage du langage par l’acte, plus que passage à l’acte

Mais il est langage adressé, adressé à soi, manière de se dire, mais aussi adressé à l’autre, en attente peut-être que ce qu’il dit sans savoir, sans le dire, soit entendu par l’autre et reflété par celui-ci. Dès les Études sur l’hystérie Freud note dans l’ensemble des scénarii ainsi racontés et mis en scène, la place tenue par ce qu’il nomme en 1895 « le spectateur indifférent ». La scène est adressée à ce spectateur, qui est aussi un représentant externalisé du moi, un double, elle raconte « pour » ce spectateur, elle est là encore « message adressé » à un autre, alors « pris à témoin » de ce qui n’en avait pas historiquement comporté.

Et encore en 1920 quand Freud entreprend l’analyse de la tentative de suicide de la jeune fille qu’on lui confie, – elle se jette d’un pont – il ne procède pas autrement que dans les cas précédents, il analyse le sens de l’acte, son langage, examine à qui celui-ci s’adresse, en l’occurrence le père sous les yeux duquel l’acte est commis.

Les exemples que nous venons de relever chez Freud appartiennent à l’univers névrotique, ils mettent en scène des représentants de l’économie anale ou phallique, ils appartiennent à un univers déjà marqué par l’appareil de langage, déjà encadré par celui-ci, donc à un univers déjà structuré par la métaphore. Le corps « dit », met en scène, ce que le sujet ne peut dire, mais qu’il pourrait potentiellement dire, le corps métaphorise la scène. La structure de l’acte et de sa mise en scène est ici narrative, Freud est clair, les scènes racontent un scénario, une histoire, l’histoire d’un pan de la vie qui ne peut être assumé par le sujet, elle appartient ainsi à l’univers langagier et à ses modes de symbolisation, même si c’est le corps qui « parle » et « montre », et si elle tente de raconter au sujet lui-même, elle est aussi et peut-être d’abord, narration pour un autre-sujet.

Le « spectateur indifférent » des Études sur l’hystérie, à qui le symptôme névrotique est adressé, deviendra simplement « spectateur anonyme » dans les scénarii pervers, variante, appartenant cette fois à l’univers narcissique, du premier.

En 1938, s’agissant cette fois de l’univers psychotique des patients délirants, et dans la foulée de la fin de Construction en analyse, dans lequel Freud propose la généralisation de ses énoncés de 1895 concernant la manière dont le sujet, fut-il psychotique « souffre de réminiscence », il étend aux états psychotiques la remarque selon laquelle les manifestations psychotiques se déroulent aussi sous les yeux d’un « spectateur indifférent », et apparaissent ainsi aussi comme « message adressé » à ce spectateur. Mais dès 1913, dans la partie consacré à l’intérêt de la psychanalyse pour la psychiatrie, Freud avait affirmé sa foi dans le fait que les actes, fussent-ils ceux des stéréotypies observées dans la démence précoce, c’est-à-dire la schizophrénie, n’étaient pas dénués de sens, mais apparaissaient comme « des reliquats d’actes mimiques sensés mais archaïques ». Il poursuivait alors :

« Les discours les plus insensés, les positions et attitudes les plus bizarres, partout où semble régner le caprice le plus bizarre, le travail psychanalytique montre ordre et connexion, ou du moins laisse pressentir dans quelle mesure ce travail est encore inachevé ».

L’état inachevé de 1913, est complété par les deux hypothèses qu’il propose en 1938 dans Construction en analyse où il souligne que le symptôme psychotique « raconte » l’histoire d’un évènement « vu ou entendu à une époque précédant l’émergence du langage verbal », donc avant 18-24 mois. Il ajoutera dans l’une de ses petites notes rédigées à Londres, que l’épisode est maintenu dans l’état, c’est la seconde hypothèse qu’il propose alors, du fait de la « faiblesse de la capacité de synthèse » de l’époque.

D’une certaine manière il sous-entend ainsi que ce qui a été vécu à une époque où le langage verbal n’était pas encore en mesure de donner forme à l’expérience subjective, va tendre à revenir sous une forme non verbale, une forme aussi archaïque que l’expérience elle-même, et donc dans le langage de l’époque, celui des bébés et des tous petits-enfants, donc un langage corporel, un langage de l’acte.

Pour terminer il nous faut évoquer les repères que Freud propose de la vectorisation de l’associativité en cours de cure.

Dans la situation psychanalytique standard tout est supposé aller vers la parole et la voix, si tout n’est pas verbal tout doit tendre à le devenir. Quand Freud présente la règle dite fondamentale à ses analysants il utilise la métaphore du train qui souligne bien ce fait majeur : « imaginez que vous êtes dans un train et que vous décriviez à un passager, qui ne le voit pas, le paysage qui défile sous vos yeux ». Cette métaphore prescrit un double transfert, une double transformation : transfert du champ moteur (sensori-moteur) – le train doit rouler –, dans le champ visuel – il s’agit de décrire un paysage -, puis transfert de cette forme visuelle dans l’appareil à langage verbal.

Ces trois « moments » profilent une méthode pour analyser ce dont la parole est porteuse en analyse, ce qui vient la « visiter » ou l’organiser, car si la méthode prescrit le double transfert dans la parole à la fois du champ sensori-moteur et du champ visuel, inversement l’écoute de la parole adressée en cours de séance, l’écoute de son vecteur vocal, peut être un bon moyen pour tenter de repérer aussi bien les conditions de son écoute que ce dont elle est porteuse de ces deux champs, ce que produit leur transfert dans la voix. Si le corps porte la parole et la voix, inversement la voix porte aussi les éprouvés corporels, elle est aussi porte-corps autant qu’elle est porte-parole. Ceci pour autant que les deux formes de transferts que Freud évoque dans sa métaphore puisse s’opérer, que l’analysant puisse transférer le champ sensori-moteur dans des représentations visuelles – comme dans le rêve – puis les représentations de choses visuelles dans l’appareil de langage. C’est à partir de l’échec de l’une ou l’autre de ces transformations que les contemporains engageront la question des aménagements de la méthode et du dispositif inventé par Freud.

[1] Résultats, idées problèmes, T I, PUF.

[2] Pour ceux qui voudraient plus de données sur cette question je renvoie à mon livre « Du baquet de Mesmer au Baquet de Freud » 1995, PUF.

[3] F Varela Connaître les sciences cognitives,

[4] (2005) Le cerveau des émotions, trad. Française O Jacob, Paris.

[5] On en trouve l’indication dans les Minutes de la société psychanalytique de Vienne.

[6] En ce sens j’aurais dû dire à chaque fois associativité / dissociativité si cela n’avait pas alourdi inutilement mon propos.

[7] L’instance qui commande la réflexivité est, Freud le souligne clairement en 1932 dans les Nouvelles leçons d’introduction, le surmoi et le type d’organisation du surmoi.

CAPITULO 2: EL GIRO DE 1920

SEMINARIO 2009-3.Cap.2

CAPITULO 2:

EL GIRO DE 1920

Hasta 1920 y “Mas allá del principio del placer”, el postulado fundador del Primado del Placer-Displacer reina como maestro incontestado. No es cuestionable en la medida en que él es el que permite analizar e interrogar el psiquismo y las teorías que pretenden rendirle cuenta. Hace falta que se de un paso fuera de su órbita de definición para que pueda ser interrogado de vuelta –de nuevo- , incluso interpretado como “Teoría de lo originario”.

La fisura introducida por “Mas allá del principio del placer”, introduce una alternativa tal que concierne la cuestión del Principio primero y organizador del funcionamiento psíquico, autorizando la posibilidad de una reinterpretación “apres-coup” de los fundamentos anteriores.

Así, la teoría de los fundamentos del psiquismo puede ser interpretable y abrir la posibilidad de la suspensión “transicional de lo originario de la teoría”. El paso que consiste en interpretar la teoría en el seno de la teoría, no es aun habitual en los medios psicoanalíticos. Solamente en función de que se utilice la contratransferencia y los recursos clínicos.

( … … )

Una teoría como la metapsicología de los procesos se presenta como un conjunto de conceptos solidariamente articulados entre ellos por vínculos de dependencia y de implicación recíproca, incluso si no están explícitamente formulados; esta metapsicología define una lógica teórica que posee su especificidad y sus tipos de encadenamientos … que se atienen a la organización misma de esta lógica. Con el fin de poner en evidencia los envites metapsicológicos del giro de 1920, es necesario precisar inicialmente la “lógica de la teoría bajo el primado del principio del placer-displacer”.

Teoría del primado del principio del placer-displacer.

           

Esta lógica es la que organiza la metapsicología desde 1900 a 1920. Es la teoría oficial, la referente, incluso si algunos enunciados de este periodo no la obedecen apenas. Esta Tª, a partir de su postulado fundador, presenta implicaciones potenciales que no son de entrada formulables, pero que se revelan por el contrario “apres-coup” en la medida en que existen descubrimientos y despliegues de sectores teóricos que están implícitos.

 

            A título indicativo y antes de examinar mas en detalle cada uno de estos puntos, el principio del placer-displacer implica una Tª del placer fundada sobre la cantidad y una Tª de la alucinación fundada sobre la realización alucinatoria del deseo. Aquí se articula una Tª de la pulsión y de la satisfacción pulsiónal: la Tª del apuntalamiento a partir de la cual, Tª del objeto -de la relación con el objeto- y Tª del narcisismo se engendra lógicamente, y engendran una Tª del principio de realidad que viene a dialectizarse con el principio de placer-displacer. Finalmente, una Tª del traumatismo psíquico se endosa a este conjunto para perfilar las desregulaciones de la conflictividad.

Estudiemos la estructura de esta solidaridad teórica yendo a lo esencial de las articulaciones y de los esquemas del funcionamiento.

El principio de placer-displacer muestra que el objetivo fundamental del psiquismo es la reducción de las tensiones, esto produce placer y simultaneamente, el funcionamiento psíquico tiende a la evitación o a la evacuación del displacer producido por el aumento de tensión. Esta reducción de tensión, sea pensada de forma absoluta o de forma mas relativa contiene una Tª del placer y de la satisfacción fundada principalmente sobre la cantidad y la reducción de la cantidad.

 

El modelo aparece en “El Proyecto” (1895). Una elevación de tensión produce un estado de displacer que conlleva la búsqueda y la reinvestidura de experiencias anteriores de satisfacción. Estas, así investidas van a producir una alucinación o una representación de objeto investido según el grado de investidura ( cuando la investidura de la huella mnémica se ha retenido suficientemente para que el proceso no llegue a la alucinación no produce mas que una “simple representación” ) que da así al psiquismo una presentificación, una representación, una actualización de aquello a lo que debe tender, de lo que debe buscar. Inversamente estarán evitadas o evacuadas todas las posibles experiencias anteriores de dolores o de insatisfacciones: evitadas si vienen de fuera, evacuadas si vienen de dentro. El proceso psíquico tiende así a la realización alucinatoria del deseo, o a partir de una re-presentación del objeto de satisfacción a una búsqueda del objeto de placer.

 

El desarrollo de este proceso va a hacer intervenir diferentes factores que contienen la necesaria adaptación del psiquismo a las condiciones de la realización del deseo. Si el primer principio del placer se transforma en principio de realidad, este concierne inicialmente al imperativo de la realidad del placer, es decir, a sobrepasar una satisfacción alucinatoria que no seria mas que ilusoria sin la presencia de “la realidad del objeto”. Se efectúa en la dirección del descubrimiento y de la toma de consideración del conjunto de condiciones que van a permitir transformar la satisfacción alucinatoria en satisfacción “efectiva”. Un trabajo psíquico es así requerido para obtener la serie de escalones o de representaciones adecuadas para hacerlo posible —gracias a una serie de representaciones internas, de retenciones, de diferidos, de transfers intrapsíquicos, de acciones específicas, etc.- una cierta satisfacción habida cuenta de la condiciones de “la realidad” ( histórica e idiosincrásicas ) del sujeto ( por lo tanto subjetivo y actual ) ( por lo tanto objetivo).

El principio llamado de realidad contiene por lo tanto 3 tipos de realidades “encastradas las unas en las otras”.

Primero estaría la realidad del placer: el placer como realidad vivida subjetivamente. No se le engaña al psiquismo con satisfacción alucinada, hace falta una necesidad de satisfacción objetiva.

 

            Consecuentemente el principio de realidad concierne a la toma en consideración de la realidad de las condiciones y de las formas de la satisfacción para que este sujeto con sus particularidades singulares y su propia historia, lo que implica una Tª de la huella y de la memoria; la satisfacción es tentativa de la repetición de una satisfacción anterior, el objeto tiene que ser reencontrado.

 

 

Por otro lado, la realidad del placer, la realidad por lo tanto de la satisfacción tiene que tener en cuenta la realidad de sus condiciones “actuales de posibilidad”. La simultaneidad de la toma de consideración de la tentativa de repetición de una satisfacción anterior ( infantil ) es la toma en consideración de las condiciones “actuales” que implica una conflictualidad entre los términos de esta doble fuerza inherente a la realidad de la satisfacción. Hará falta un trabajo psíquico para intentar encontrar un compromiso aceptable en el núcleo de este conflicto. Implica el duelo de lo absoluto ( identidad de percepción ), una cierta renuncia a las formas del pasado y una elección en el presente.

 

            Como se puede ver, el conjunto del modelo se apoya sobre la hipótesis de que ha habido una experiencia de satisfacción anterior, esto impone una Tª, la primera Tª de la satisfacción estrechamente conectada con la necesidad fisiológica: es la Tª de la pulsión sobre la necesidad y la autoconservación.

 

            La lógica implícita no puede ser mas que, en la medida en la que el sujeto está vivo, se puede tener la certeza de que sus necesidades fisiológicas han sido suficientemente satisfechas. Si han sido satisfechas, ha habido una experiencia de satisfacción de la necesidad, y la repetición por reinvestidura de las huellas mnémicas de la experiencia anterior de satisfacción es posible, el principio de placer entonces puede reinar.

 

            En esta lógica, sea cual sea la forma en la que la necesidad ha sido satisfecha, lo esencial es que ha sido satisfecha. A partir de esta primera experiencia que ha tenido lugar, si un sujeto está vivo el conjunto del modelo puede funcionar. El primado del principio del placer displacer así concebido impone la Tª del apuntalamiento de la pulsión sobre la necesidad somática. Lo primero es la intrincación de las pulsiones sexuales con la autoconservación, su conflictualidad no podrá surgir mas que de forma secundaria y según las conflictualidades que van     a ser suscitadas con el principio de realidad. En este modelo las “necesidades del Yo” ( Winnicott ) o de la subjetividad (1 ) no están reconocidas, no son tenidas en cuenta en la organización de la psique, o mas bien se supone que están satisfechas, veremos que este es uno de los puntos erróneos del modelo.

Subrayaremos pues dos consecuencias de esta lógica. La primera de ellas concierne a la actividad del sujeto. Exceptuada la pasividad ligada a la subida de tensión, potencialmente independiente de él y de lo que ha vivido, el conjunto del funcionamiento psíquico de base se efectúa bajo el primado de la actividad del sujeto siempre presente para ejercer las formas del principio del placer, siempre activo en la integralidad de las operaciones psíquicas ( ya sea que tome en cuenta o no los datos de la realidad objetiva actual ).

Winnicott no define precisamente el concepto de necesidad del Yo, pero evoca el holding o el handling y la presentación del objeto; yo me inclinaría mas bien por una definición sobre lo procesos de subjetivación. Las necesidades del Yo conciernen todo lo que es necesario al sujeto para poder hacer su trabajo de subjetivación y de simbolización de la experiencia subjetiva.

Si el sujeto está siempre presente no hay problemática de la subjetivación en el psiquismo, o solamente de forma secundaria, el problema no puede concernir mas que a lo toma de conciencia. A partir del momento en el que el punto de partida es la búsqueda de una experiencia de satisfacción anterior, la cuestión de la implicación del sujeto en la base no se plantea. Si viene a plantarse a lo largo del proceso no es mas que por una posición defensiva ligada a la dificultad en asumir y reconocer el movimiento pulsional activamente movilizado entonces. Es por lo que el punto de partida de todo razonamiento metapsicológico de la época es la actividad deseosa del sujeto (“pulsiones y sus destinos“, 1915; y de una manera general “los ensayos de metaspsicología” ). La pasividad no puede ser mas que secundaria y defensiva.

Por el contrario, en esta lógica el objeto presente no plantea problema, los cuidados fundados sobre la necesidad física son siempre suficientemente buenos. Solamente la ausencia del objeto puede plantear problemas. Como el funcionamiento psíquico busca el placer, el objeto no es reencontrado mas que como una forma de obtención del placer: es contingente o relativamente contingente, hace falta sin embargo que la satisfacción actual “recuerde la satisfacción anterior“ aportando el placer efectivo, el objeto transmuta el principio de placer en principio de realidad, es por esto o es a partir de esto cuando se opera la transformación interna de principio de placer, pero este es independiente del objeto.

El sujeto esta ahí de entrada activo bajo la égida del principio de su placer, el objeto está ahí de entrada ( aunque no sea mas que como objeto de la autoconservación ). La Tª del autoerotismo y la Tª del narcisismo se deducen una de otra.

Hay que subrayar el fondo narcisista que implica el primado del principio de placer. Si el objeto está presente de entrada es como objeto de-por la autoconservación; desde el punto de vista del autoerotismo del sujeto de la organización de su vida pulsional lo que prima es el movimiento autoerótico. El placer no es tomado al objeto, o con el objeto, es placer solitario derivado del encuentro con el objeto, se constituye en la ausencia o en el olvido de este, independientemente de él. El narcisismo primario “Primera metapsicología” no es anobjetal, designa una posición subjetiva de búsqueda de un placer que tiende a ejercerse independientemente del objeto ( “sin objeto” escribe Freud en “Los tres ensayos sobre una Tª sexual” ). Las reinvestiduras de las huellas mnémicas de la experiencia de la satisfacción anterior se efectúa por el placer, solo por el placer, no busca el objeto principalmente; es en este sentido que es narcisística, busca el placer de sí y para sí. Así se instaura el fondo psíquico, el reencuentro con el objeto, su descubrimiento como objeto erótico no va a modificar el fondo narcisista del funcionamiento psíquico, no era mas que complejizar el recorrido, el objeto no será reencontrado mas que como desvío obligado sobre el camino del placer de sí. La objetalización como la objetividad se dan derivados “secundarios” “arrancados” a la posición narcisista primera del sujeto.

 

            La Tª del funcionamiento sobre el primado del principio del placer organiza una Tª que acredita el fundamento narcisista del psiquismo. El recorrido del trabajo evolutivo de Freud extraerá e irá desprendiendo poco a poco esta consecuencia inducida por el primado del principio de placer -displacer. De pronto, el reconocimiento de esta implicación teórica va a poner la meta psicología en crisis y va a precipitar la evolución mutativa de 1920 que denarcisizara el fondo del psiquismo, o mas bien va a crear el problema.

 

            Antes de comenzar a explicar cómo esta inflexión se va a efectuar, vamos a precisar la implicación del primado del principio de placer concerniente al traumatismo. Si el fondo del funcionamiento del sujeto es narcisista, la seducción por el objeto no puede ser mas que accidental y forzada, no es intrínseca al desarrollo, en esta lógica el traumatismo no puede resultar mas que un antinomio interno al principio de placer, será por un exceso de placer o una gran cantidad. Sea porque el sujeto no ha sabido frenar por sí mismo las subidas, la … de excitación que se han descargado independientemente de las condiciones de posibilidades de una satisfacción que se han descargado independientemente de las condiciones de posibilidades de una satisfacción efectiva, sea porque el objeto no ha sido el factor de transformación en principio de realidad sino por el contrario factor de elevación de excitación. Desde ahora el placer no transformado en realidad amenaza la organización psíquica de una desorganización de la conflictualidad con el principio de realidad; se crea el displacer, moviliza una defensa primaria de evitación o de evacuación. El principio de realidad convierte entonces el exceso de placer en algo peligroso, en displacer, inmoviliza una defensa contra el placer en lugar de transformar la forma primaria de este.

El segundo tiempo del traumatismo plantea entonces el problema de la reinvestidura de las huellas mnémicas del traumatismo. Sea porque la reinvestidura posterior a las huellas mnémicas se efectúa bajo el principio de placer, así sirve a la actualización de un fantasma de deseo, es utilizado como realización actual de un fantasma equivalente a una realización casi alucinatoria de deseo. Sea porque resulte de una elevación o de un fracaso de la defensa primaria. Sin embargo, por principio tiene que haber una evitación a toda costa del displacer salvo si este puede ser dialectizado a la transformación del principio de placer en principio de realidad. Estaría pues bajo el principio de realidad cuando se pueda operar el levantamiento de la contrainvestidura permanente ( defensa primaria ). Estamos aquí frente a las coyunturas clínicas específicas de las psiconeurosis.

LA COMPULSIÓN O EL AUTOMATISMO DE REPETICIÓN

            Y SUS PRIMERAS CONSECUENCIAS

 

La inflexión de 1920 va a surgir de la toma en consideración de las problemáticas clínicas mas allá de los funcionamientos psiconeuróticos, lo hemos ya señalado en las neurosis narcisísticas, la melancolía, también las perversiones escapan al modelo. La repetición no señala ya solamente el ejercicio del principio de placer, testimonia un mas allá de este que lleva a una reevaluación de la cuestión del fundamento del principio. En efecto, el hecho fundamental del artículo de 1920 es la introducción de una constante, de una compulsión, un automatismo de repetición diferente e independiente del principio de placer . El hecho clínico mayor es el siguiente: hay en el psiquismo un proceso que tiende a la repetición de experiencias que no han conllevado placer ni satisfacción.

 

            Esto significa que el principio de placer admite excepciones, y si admite excepciones significa que no es el principio fundamental, que hay un mas allá del principio del placer-displacer, otro fundamento mas fundamental para el psiquismo.

 

            La razón de la repetición, es decir, de la reinvestidura de las huellas mnémicas no es siempre primariamente el placer , es la búsqueda de satisfacción. El psiquismo pierde su lógica intrínseca y su principio discriminativo. Algunas repeticiones se efectúan automáticamente, es decir, independientemente de la búsqueda de la satisfacción por sí misma.

… Placer-displacer no desaparece por lo tanto, está relativizado, se ejerce a un segundo nivel o en determinadas condiciones seguidamente de un proceso que le pueda permitir asegurar su dominio sobre la vida psíquica.

 

            De pronto toda la Tª anterior se encuentra potencialmente despojada de sus pilares, debe ser transformada ya que su organización debe ser refundada sobre otra lógica por completo. Esto no va a hacerse sin resistencias en la obra de Freud, y esto a partir de “Mas allá del principio del placer” que es el lugar de una conflictiva de entrada presente entre el esfuerzo de Freud para mantener la existencia un “Mas allá del principio del placer” y su esfuerzo por tratar de reducir, bajo la egida del principio del placer su nueva proposición devenida de los hechos clínicos nuevos que le llaman la atención. Pero la resistencia de la Tª anterior no se detiene en los escritos que suceden inmediatamente al artículo de 1920, ya que al final de su vida todavía Freud trabajará sobre esto, extendiéndose mas allá de él, incluso en sus sucesores. Aun hoy en día numerosas posiciones teóricas testimonian el efecto de mantener concepciones surgidas directamente del primado del “principio del placer”, cuando por el contrario no tratan de reescribir la 2ª metapsicología y la nueva Tª de las pulsiones, y la clínica que les corresponde, en el seno de la lógica que implica la lógica del placer-displacer.

Estamos lejos de haber descubierto todavía todas las consecuencias teóricas, técnicas y clínicas del giro de 1920, lejos de citar todas las implicaciones… ( … … )

1ª Consecuencia: La inversión de relaciones del Principio del Placer al Principio de Realidad. Cuando se ejerce la compulsión de repetición es el principio de realidad el que prima “objetivamente” . En efecto, si se rastrea todo, y este es el caso cuando se ejerce la compulsión a la repetición, si no hay mas principio de selección a priori bajo el principio de placer, se rastrea cualquier cosa que haya sido, no se selecciona bajo el primado del placer, se rastrea “objetivamente” sea cual fuere el grado de conciencia que se pueda tener. La historia “objetiva” retoma todos sus derechos bloqueados por el primado del principio del placer que a partir del momento en el que ha operado un principio de selección de la experiencia privilegiado el fantasma del deseo sobre la historia, “historia objetiva” de la realidad psíquica por supuesto, es decir, historia de la subjetividad, es decir, de la experiencia tal y como ha sido registrada y significada por el psiquismo habida cuenta del estado del aparato psíquico en el momento, lo que definió la “experiencia anterior” : está en el horizonte de esta implicación. La posibilidad de reconstrucción de la realidad psíquica de la experiencia pasada se abre pues al trabajo psicoanalítico “Mas allá del principio del placer”.

 

            Se instaura pues potencialmente el primado de un principio de realidad psíquica eventualmente secundariamente transformado en principio del placer después el mismo retransformado en principio de realidad del placer. No estaremos sorprendido de que la Tª del inconsciente haya sufrido también ella una mutación ( 1923 ). En el fondo del psiquismo opera el ello gobernado por una compulsión de repetición, primera forma de Incns. Seguidamente ganado de este fondo por un trabajo de subjetivación -el Yo objeto se va a tener que convertir en parte un Yo sujeto que intenta reasegurar secundariamente el primado del Principio del placer gracias a las representaciones psíquicas y al trabajo de la simbolización- otro tipo de Incns ( inconsciente secundario ) que testimonia lo que en la historia ha podido recibir la marca del Principio del placer, y en fin una parte Preconsc por lo que ha podido representado y transformado en Principio de realidad del placer.

 

 

            Otra consecuencia, si se rastrea todo -y todo el tiempo el fondo del psiquismo- es de naturaleza alucinatoria. A la Tª de la realización alucinatoria del deseo hay que añadir una Tª del fondo alucinatorio del psiquismo. Lo que hay que explicar es una manera en la que el psiquismo se las apaña para transformar estas alucinaciones primarias automáticas en representaciones psíquicas. ( … …)

Desde “Mas allá del principio del placer”, desde que fue lanzada la idea de un nuevo fundamento para el psiquismo, se encuentra confrontado a la cuestión de saber cómo se origina el principio del placer en esta nueva concepción. Es a esto a lo que pretende responder en su texto el mito platónico del andrógino. Si el principio del placer es un principio secundario, y resulta de una modificación a la compulsión a la repetición quedando bajo el primado de esta, en el origen pues hay que postular un estado de no- diferenciación subjetiva entre el sujeto y el objeto, estas mismas nociones están desprovistas de sentido: el narcisismo primario se convierte en anobjetal pero también asubjetal en su esencia- lo que no quiere decir asubjetivo pero asubjetivado. Secundariamente se ha operado una escisión que ha operado una escisión que ha separado objeto y sujeto. La compulsión de repetición busca después de esta escisión encontrar el estado anterior. Esta es la nueva forma del principio del placer, buscar … secundariamente lo que ha estado separado para intentar encontrar el estado anterior de no- diferenciación.

 

            De pronto, si el principio del placer busca siempre reducir las tensiones, va a querer convertirse en un principio de reducción de tensiones por la ligazón, no solamente por la descarga. El principio del placer “Primera Tª. Modelo placer-descarga derivado de la sexualidad masculina” ; la 2ª metapsicología después de 1920 va a empezar a oponersele y a ver un modelo de placer-ligazón que será sobre todo referido a la sexualidad femenina ( “El problema económico del masoquismo“, 1924 ). El modelo del principio del placer será un modelo dialéctico ligazón-descarga-ligazón.

Así, el concepto del Principio del placer y el concepto de Narcisismo están formalmente conservados, ya no son ni fundados… de la misma manera. La consecuencia de estas inflexiones concernientes al Yo y al Sujeto son considerables. Si existe un narcisismo primario anobjetal y asubjetal entonces el Yo no está ahí de entrada, está construido secundariamente, hay un proceso de construcción del Yo sujeto ( que no es solo el Yo objeto de la investidura de 1914 sino un Yo que debe construirse como sujeto o potencialmente sujeto ) construcción de un principio de subjetivación. La sombra del objeto que se había planteado con el Yo en el “Duelo y Melancolía” va a poder empezar a estar poco a poco separada del Yo mismo. Este es uno de los grandes senderos teóricos de Freud de 1923 a 1938, el de diferenciar “Yo sujeto” y Superyo, liderar los derechos del Yo sujeto de las exigencias tiránicas del objeto, Superyo severo y cruel, diferenciar pues dentro y fuera.

A partir de 1920 hay que pensar en el engendramiento de la subjetividad, pensar en la apropiación de lo que es -o ha sido- para un Yo instancia de subjetivación. La modificación de la Tª del Narcisismo Primario implica también un movimiento de descubrimiento del objeto, que no concierte sólo al descubrimiento de un placer en relación con el objeto, sino a la existencia objetiva del objeto, de su exterioridad, y el descubrimiento de la manera en la cual el sujeto puede y debe relegarse al objeto fuera, pero también al objeto interiorizado y a las formas de interiorización del objeto. Potencialmente la cuestión de la relación de objeto se añade la de las compulsiones subjetivas impuestas por el objeto.

 

           

 

Si el primer tiempo es anobjetal, es decir, si en el origen no hay un afuera subjetivamente constituido, entonces el narcisismo primario es también un masoquismo primario y el primer tiempo es     un tiempo auto ( Freud, 1924 ). El rol devuelto al objeto será entonces el de ayudar a llevar hacia afuera las experiencias de insatisfacción y la destructividad que las acompaña. Freud no formula claramente este nuevo imperativo pero en 1920 lo metaforiza en la dialéctica de la vida de los “protistes” cuya supervivencia esta subordinada a la acción de un operador exterior que regularmente les “cambia” del baño tóxico que les conduciría a su pérdida. Esto antes de que el proceso evolutivo no vaya a permitir la construcción de conjuntos complejos capaces, por especialización y diferenciación, de tratar “lo de dentro” -la producción de sus residuos tóxicos- del proceso. Desde entonces lo tóxico de uno se convertirá en fuente de estimulación para el otro.

Terminaremos este primer abordaje de las características de la nueva metapsicología de 1920 por el problema clave de la pulsión. Para hablar con propiedad si nos atenemos a la definición de la pulsión con los 4 términos: fuente, empuje, objeto y finalidad, el narcisismo primario es apulsional. No porque no haya excitación o fuentes de tensión sino porque no se pueden organizar en pulsiones verdaderamente captables como tales, ya que la diferencia de la fuente y del objeto no se ha adquirido todavía. La compulsión de repetición es un proceso “pulsiónal-prepulsional”. Representa la actividad la actividad pulsional antes de que esta haya sido organizada en pulsión subjetivamente representable.

Por otro lado, desde el punto de vista de una pulsión considerada como exigencia de trabajo impuesta al psiquismo por el hecho de su relación con el soma, definición mas amplia, estamos entonces cara a un proceso pulsional. Es por esto que sin duda Pashe ha propuesto considerar la compulsión de repetición como la pulsión de la pulsión. De todas maneras, se capta rapidamente que el problema de la pulsión se encuentra considerablemente complicado por el nuevo aporte teórico. En 1920 cuando Freud busca representarse el movimiento pulsional, habida cuenta de la compulsión a la repetición, evoca un movimiento en olas sucesivas en el cual una parte rebrota a lo largo de su camino: la pulsión se divide en su recorrido, una parte va hacia adelante, se dirige al objeto, mientras que la otra se vuelve e intenta desligarse en la situación.

En la lógica de la metapsicología de 1920 me parece que hay que interpretar este movimiento como secundario a la diferenciación con el objeto. La pulsión se divide en un movimiento en dirección del objeto externo objetivo   -el principio del placer es también principio de religazón con el objeto y hay otro movimiento que se ligará en el sitio sin duda de manera autoerótica en dirección de la representación interna del objeto, que es otra forma de religarse al objeto. La pulsión se asegura así a lo largo del camino de la representación del objeto y del objeto buscado. El proceso siguiente será entonces el del trabajo de ligar la representación interna del objeto con el objeto externo             ( Freud, “la negación”, 1925 ).

A partir del momento en el que el principio del placer tiende a convertirse en principio de ligazón, a partir del momento en el que es engendrado a partir de la compulsión a la repetición y de la diferenciación sujeto – objeto, el apuntalamiento de la pulsión no puede ser ya concebido como un apuntalamiento automático sobre la necesidad fisiológica. La satisfacción no es solo tributaria de la satisfacción de la necesidad, depende de factores cualitativos, es decir, de la forma en la que sujeto y objeto pueden estar religados, o mas precisamente del reencuentro del estado anterior de la no diferenciación. Mas aun, si se

 

admite que globalmente la satisfacción fisiológica es suficientemente buena, generalmente son por el contrario los elementos cualitativos e inter relacionales que rodean ésta los que van a pasar a un primer plano y ser determinantes en cuanto a la organización de la pulsión y la relación con ella, el objeto ya no es contingente, es específico, hay un apego al objeto ligado a las condiciones singulares del reencuentro con éste. El determinante no es ya narcisista o al menos no solamente narcisista. Veremos mas adelante que el objeto ha dejado una huella indeleble en tanto que tomada en la ilusión narcisística primaria, es desconocida y asimilada al sí mismo. El sujeto ha sido de todas maneras “seducido” sin saberlo, porque no podía saber lo que tenia que ver con él o lo que tenia que ver con el objeto.

 

            Las consecuencias del giro de 1920 son todavía numerosas. Por el momento es suficiente el haber indicado a grandes rasgos y forzosamente incompletos algunos aspectos. Pero mi proyecto, lo recuerdo, es proponer un movimiento de conjunto.

            LO ORIGINARIO

            MAS ALLA DEL PRINCIPIO DEL PLACER

 

            Los lectores se habrán dado cuenta que no he utilizado el concepto de pulsión de muerte y ni el de pulsión de vida. La aproximación desde el punto de vista de la metapsicología de los procesos tiene como objetivo una deconstrucción de lo que se presenta como Tª de lo originario. Volveremos sin embargo para ver lo que hay de originario en la compulsión de repetición considerada como un principio fundador del funcionamiento psíquico. Sin embargo, la compulsión de repetición queda como uno de los procesos de transformación-conservación para el aparato psíquico, la proposición de repetición compulsiva automática que no opera una selección a priori en la experiencia de la realidad psíquica , y el mantenimiento secundario de un principio de placer dejando abierta la posibilidad de una selección secundaria de las experiencias psíquicas, o de una transformación secundaria de estas, o bien de una interpretación secundaria de estas. Si en el giro de 1920 es posible, está implícito la deconstrucción de lo originario es por el concepto de pulsión de muerte, ya que este condensa las representaciones mas significativas del origen.

La introducción del concepto de pulsión de muerte añade, en efecto, a la idea de la compulsión de repetición la de un tipo de estado originario a perpetuar y/o a reencontrar: el estado anorgánico. Teoricamente, el argumento Freudiano es aparentemente imparable: antes de la vida y el movimiento de lo vivo hay un estado de no vida, un estado inorgánico ausente de toda tensión.

Para que este estado anterior sea el origen de la experiencia, de la experiencia anterior en la presencia de lo vivo hay que hacer, no solo referencia a una experiencia puramente biológica, sino a una experiencia registrada como vivo y que concierne a lo que precede. Desde 1913 y sobre todo con La visión de conjunto sobre las neurosis de transfer, Freud ha desarrollado la idea de una transmisión de generación en generación, y a un nivel biológico, de las experiencias de las generaciones anteriores. En 1923 va a situar en el Ello, después en el Superyo, el lugar de la conservación de la huella de tales experiencias.

La llamada a la huella de experiencia precedente no solamente la vida del individuo sino la vida de la especie misma, e incluso precediendo la vida de lo vivo es difícilmente pensable, mejor dicho, es indecible.

De todas maneras, Freud subraya que incluso las experiencias de transmisiones intergeneracionales deben jugarse de nuevo en la vida del sujeto para ser utilizables por el psiquismo. ¿Porqué va a ir aquí de forma diferente? Freud se encuentra conminado a la vez por la idea de que algo parece tender hacia un “estado de muerte“, de ausencia radical de tensión, y al mismo tiempo por la idea de que nada puede estar en el psiquismo que no sea el sentido de la experiencia vivida. Esta lógica parece excluir la idea de una experiencia de la muerte ( no habrá representación de la muerte en el Incons porque no hay experiencia de la muerte por lo vivo ), ¿cómo salir de esta antinomia?, ¿cómo pensar en esta vuelta interior de la muerte?, lo que se da como una “pulsión de muerte” y ¿cómo aclarar las clínicas que parecen corresponder a esta presencia interna hiriente de la muerte?.

En “El temor al derrumbe”, 1975; Winnicott propone una hipótesis alternativa coherente con el conjunto de la 2ª metapsicología que da cuenta de una parte del problema. Hay acontecimientos que han dejado una huella              -las agonías primitivas- sin que por lo tanto se pueda decir que hayan sido experienciadas por el sujeto. Al contrario son experiencias sin sujeto, experiencias de un sujeto que no ha llegado a serlo todavía. Winnicott propone considerar que un sujeto vivo puede vivir una experiencia de muerte psíquica, que existen experiencias precediendo el advenimiento del sujeto y de la subjetividad a una época en donde “muerte psíquica” y muerte efectiva no son diferenciables.

La repetición alucinatoria de las experiencias que no han llevado satisfacción, que por lo tanto no se han podido inscribir bajo el primado secundario del principio del placer, se presenta en esta hipótesis como repetición de experiencias de “muerte psíquica”, de primera agonía, repetición de experiencias de ser -no sujeto-, de no -ser subjetivo-, como experiencias de retirada fuera de la subjetividad o de sus posibilidades. Atrapadas en el narcisismo primario tales experiencias no son representables, están sin salida y sin fin, y por lo tanto sin esperanza.

Esta hipótesis no ha sido formalmente explicitada por Freud, sabemos que Freud tenía mucha dificultad en aceptar que la madre de los orígenes podría ser insuficientemente buena en su presencia. Sin embargo, lo que no pudo pensar directamente va a venirle a través de sus especulaciones biológicas. Cuando él piensa sobre el mito biológico del origen de lo vivo y del psiquismo, Freud evoca las condiciones de vida de la “vesícula de sustancia excitable”. Habla del entorno de ésta como un marco atrapador de un estado traumático primario. La vesícula originaria está bombardeada de excitaciones (¿las de una madre joven excitante?) que no pueden llegar a ligar mas que despojando su superficie de las cualidades de lo vivo, es decir produciendo un estado de muerte parcial, un estado de insensibilidad y/o retirándose de la superficie ( la metáfora biológica de la retirada de la sensorialidad de la periferia hacia el centro ). Freud subraya también que estos primeros estados van a esconderse enseguida en las profundidades de la vida psíquica. En 1923 subrayará que el Superyo es también el depositario de “los antiguos funcionamientos del Yo”. Estos enunciados llevan a la idea de que los estados de muerte registrados en superficie van a esconderse en las profundidades de la vida psíquica y que después van a volver “automáticamente” bajo la forma de una “pulsión de muerte”, de una “compulsión de muerte” o de una “pura cultura de pulsión de muerte” ( Freud, 1923; A propósito del Superyo severo y cruel ). Al lado de los estados agonísticos propuestos por Winnicott, Freud añade la idea de una interiorización de los movimientos mortíferos venidos de fuera, de los primeros objetos, movimientos mortíferos cuyos efectos y añado, a la luz de mi propia clínica, movimientos mortíferos en su intención.

Así concebida, “la pulsión de muerte” se inscribe en las experiencias de inadecuación del objeto a las necesidades del niño. Aparece como ligada a la vivencia de destrucción y a la destructividad, a la desligazón reactiva a los estados traumáticos primarios, ya no es una especulación biofilosófica … … …

Sin embargo, bajo esta forma de pulsión de muerte, es contingente y coyuntural, incluso si se puede pensar, después de 1920, que siempre ha habido experiencias de inadecuación del objeto presente además de los sufrimientos ocasionados por su ausencia, también que los estados de malestar infantil son inevitables por el hecho del carácter inevitablemente insatisfactorio de la sexualidad infantil.

Todo esto nos llevaría a distinguir una compulsión a la repetición ejerciéndose en el seno del psiquismo y un principio del placer-displacer que sería la forma transformada que tomaría esta compulsión cuando la subjetivación y la simbolización de la experiencia han podido metabolizar suficientemente esta para inscribirla bajo su primado.

Pero la pulsión de muerte nos lleva a otra consideración. La elección del tema de “los tres cofres“ ( 1913 ), ¿ha sido olvidado cuando Freud propone el concepto? . El tercer cofre, el que representa la muda, la destrucción, la muerte, es el que es elegido precisamente porque es ineluctable. La elección manifiesta, opera una vuelta de lo pasivo en activo, de a lo que no se ha podido escapar. La “pulsión de muerte” intentaría instaurar en el psiquismo la noción de una elección, de un empuje activo que protegería el narcisismo contra la herida ligada a la inevitabilidad sufrida pasivamente de la muerte viniendo de dentro.

 

            La lógica de la 2ª metapsicología, la consecuencia ligada al reconocimiento de una compulsión de repetición afectando a los estados traumáticos es que hay vuelta del estado anterior, vuelta pasiva, inevitable, automática, de lo que no ha podido ser subjetivado e inscrito en la orbita del principio del placer gracias a un trabajo de simbolización. Una de las defensas alternativas mayores del psiquismo sería pues, para intentar preservar el primado del principio del placer, devolver la pasividad en actividad, de presentarse como una aspiración-anhelo ( pulsión ) de vuelta hacia un estado anterior que es destinado a protegerse de la vuelta del estado anterior. La retrogresión primaria ( 1895 ), la regresión primaria ( 1900 ), la vuelta hacia un estado anterior ( 1920 ) representa entonces el esfuerzo del manejo del psiquismo para protegerse de la vuelta automática de estados anteriores no subjetivados, no simbolizados primariamente. “Lo que no podemos organizar ni evitar intentaremos manejarlo”, decía Einstein.

 

            Así, me parece que es adecuado diferenciar -en el punto en el que estamos de nuestro razonamiento- el proceso de la compulsión de repetición, que me parece la adquisición fundamental de 1920, de la “pulsión de muerte”. El empuje hacia la muerte debería ser quimicamente deconstruido en función de las coyunturas históricas específicas del sujeto. Si no se puede excluir un sustrato de pulsión de muerte inherente al funcionamiento psíquico, al situar este en la posición originaria se correría el riesgo de cerrar la puerta al análisis de las coyunturas históricas concretas en lo que conllevan como procesos de defensa contra la vuelta de estado anterior de muerte psíquica o contra la pasividad con respecto a la muerte.

 

            La metáfora “protista“ De Freud es como una metáfora del proceso psíquico originario, esta subraya otro aspecto de la concepción Freudiana de la metabolización pulsional. La asimilación de la pulsión por el psiquismo, la metabolización psíquica de la pulsión, su introyección no podría ser total; produce un resto, una parte rebrota en el camino,

subrayaba Freud. El proceso está confrontado a su propia incompletud, debe tratar la relación con su resto, con lo que fracasa en integrar que desde entonces se encuentra en negativo y amenaza con operar una vuelta destructiva contra la que lo ha producido. Hay aquí otra metáfora de la compulsión de repetición, es engendrada en el interior del proceso por lo que escapa al proceso, por su incompletud inevitable.

Pero desde ahora, el destino del resto y de su vuelta compulsiva van a poder ser diferenciados. La repetición es de todas formas compulsiva, automática, el proceso psíquico posee diferentes maneras de arreglarselas y de significarlo en el seno de su evolución y de su desarrollo.

Puede, es el destino mas funesto, sufrir la vuelta intoxicante y destructiva de lo que se le escapa. Constatado como una compulsión inevitable, será entonces teorizado por el psiquismo como el signo del fracaso de todo esfuerzo de simbolización, como el signo del fracaso de todo esfuerzo para establecer una vida psíquica satisfactoria, destino ineluctable en el cual la muerte no sería mas que la última forma, sería la pulsión de muerte.

Pero la compulsión a la repetición, a la inversa, podría estar significada como el efecto irreductible del deseo y de la vida, como el movimiento mismo de ésta que empuja siempre a tomar el testigo, el trabajo de simbolización y de apropiación de la parte desconocida que le constituye, será entonces pulsión de vida, y expresará el primado del principio del placer.

 

            La confictualidad se establecería entonces entre la vuelta inevitable de una pasado desconocido y nefasto del cual uno no se podría abstraer y la vuelta inevitable de una vida que no sabría satisfacerse de lo que ha llegado a acometer.

 

            En el fondo del psiquismo la compulsión de repetición representa la neutralidad de un proceso, de una realidad de la experiencia que llama la necesidad de su significación y de su retoma en el seno de una subjetivación gobernada por las compulsiones del principio del placer-displacer. Su devenir mas exitoso sería el de ser transformada bajo el primado del principio del placer en una simbolización de la experiencia.

(… … )

CAPITULO 2:

EL GIRO DE 1920

Hasta 1920 y “Mas allá del principio del placer”, el postulado fundador del Primado del Placer-Displacer reina como maestro incontestado. No es cuestionable en la medida en que él es el que permite analizar e interrogar el psiquismo y las teorías que pretenden rendirle cuenta. Hace falta que se de un paso fuera de su órbita de definición para que pueda ser interrogado de vuelta –de nuevo- , incluso interpretado como “Teoría de lo originario”.

La fisura introducida por “Mas allá del principio del placer”, introduce una alternativa tal que concierne la cuestión del Principio primero y organizador del funcionamiento psíquico, autorizando la posibilidad de una reinterpretación “apres-coup” de los fundamentos anteriores.

Así, la teoría de los fundamentos del psiquismo puede ser interpretable y abrir la posibilidad de la suspensión “transicional de lo originario de la teoría”. El paso que consiste en interpretar la teoría en el seno de la teoría, no es aun habitual en los medios psicoanalíticos. Solamente en función de que se utilice la contratransferencia y los recursos clínicos.

( … … )

Una teoría como la metapsicología de los procesos se presenta como un conjunto de conceptos solidariamente articulados entre ellos por vínculos de dependencia y de implicación recíproca, incluso si no están explícitamente formulados; esta metapsicología define una lógica teórica que posee su especificidad y sus tipos de encadenamientos … que se atienen a la organización misma de esta lógica. Con el fin de poner en evidencia los envites metapsicológicos del giro de 1920, es necesario precisar inicialmente la “lógica de la teoría bajo el primado del principio del placer-displacer”.

Teoría del primado del principio del placer-displacer.

           

Esta lógica es la que organiza la metapsicología desde 1900 a 1920. Es la teoría oficial, la referente, incluso si algunos enunciados de este periodo no la obedecen apenas. Esta Tª, a partir de su postulado fundador, presenta implicaciones potenciales que no son de entrada formulables, pero que se revelan por el contrario “apres-coup” en la medida en que existen descubrimientos y despliegues de sectores teóricos que están implícitos.

 

            A título indicativo y antes de examinar mas en detalle cada uno de estos puntos, el principio del placer-displacer implica una Tª del placer fundada sobre la cantidad y una Tª de la alucinación fundada sobre la realización alucinatoria del deseo. Aquí se articula una Tª de la pulsión y de la satisfacción pulsiónal: la Tª del apuntalamiento a partir de la cual, Tª del objeto -de la relación con el objeto- y Tª del narcisismo se engendra lógicamente, y engendran una Tª del principio de realidad que viene a dialectizarse con el principio de placer-displacer. Finalmente, una Tª del traumatismo psíquico se endosa a este conjunto para perfilar las desregulaciones de la conflictividad.

Estudiemos la estructura de esta solidaridad teórica yendo a lo esencial de las articulaciones y de los esquemas del funcionamiento.

El principio de placer-displacer muestra que el objetivo fundamental del psiquismo es la reducción de las tensiones, esto produce placer y simultaneamente, el funcionamiento psíquico tiende a la evitación o a la evacuación del displacer producido por el aumento de tensión. Esta reducción de tensión, sea pensada de forma absoluta o de forma mas relativa contiene una Tª del placer y de la satisfacción fundada principalmente sobre la cantidad y la reducción de la cantidad.

 

El modelo aparece en “El Proyecto” (1895). Una elevación de tensión produce un estado de displacer que conlleva la búsqueda y la reinvestidura de experiencias anteriores de satisfacción. Estas, así investidas van a producir una alucinación o una representación de objeto investido según el grado de investidura ( cuando la investidura de la huella mnémica se ha retenido suficientemente para que el proceso no llegue a la alucinación no produce mas que una “simple representación” ) que da así al psiquismo una presentificación, una representación, una actualización de aquello a lo que debe tender, de lo que debe buscar. Inversamente estarán evitadas o evacuadas todas las posibles experiencias anteriores de dolores o de insatisfacciones: evitadas si vienen de fuera, evacuadas si vienen de dentro. El proceso psíquico tiende así a la realización alucinatoria del deseo, o a partir de una re-presentación del objeto de satisfacción a una búsqueda del objeto de placer.

 

El desarrollo de este proceso va a hacer intervenir diferentes factores que contienen la necesaria adaptación del psiquismo a las condiciones de la realización del deseo. Si el primer principio del placer se transforma en principio de realidad, este concierne inicialmente al imperativo de la realidad del placer, es decir, a sobrepasar una satisfacción alucinatoria que no seria mas que ilusoria sin la presencia de “la realidad del objeto”. Se efectúa en la dirección del descubrimiento y de la toma de consideración del conjunto de condiciones que van a permitir transformar la satisfacción alucinatoria en satisfacción “efectiva”. Un trabajo psíquico es así requerido para obtener la serie de escalones o de representaciones adecuadas para hacerlo posible —gracias a una serie de representaciones internas, de retenciones, de diferidos, de transfers intrapsíquicos, de acciones específicas, etc.- una cierta satisfacción habida cuenta de la condiciones de “la realidad” ( histórica e idiosincrásicas ) del sujeto ( por lo tanto subjetivo y actual ) ( por lo tanto objetivo).

El principio llamado de realidad contiene por lo tanto 3 tipos de realidades “encastradas las unas en las otras”.

Primero estaría la realidad del placer: el placer como realidad vivida subjetivamente. No se le engaña al psiquismo con satisfacción alucinada, hace falta una necesidad de satisfacción objetiva.

 

            Consecuentemente el principio de realidad concierne a la toma en consideración de la realidad de las condiciones y de las formas de la satisfacción para que este sujeto con sus particularidades singulares y su propia historia, lo que implica una Tª de la huella y de la memoria; la satisfacción es tentativa de la repetición de una satisfacción anterior, el objeto tiene que ser reencontrado.

 

 

Por otro lado, la realidad del placer, la realidad por lo tanto de la satisfacción tiene que tener en cuenta la realidad de sus condiciones “actuales de posibilidad”. La simultaneidad de la toma de consideración de la tentativa de repetición de una satisfacción anterior ( infantil ) es la toma en consideración de las condiciones “actuales” que implica una conflictualidad entre los términos de esta doble fuerza inherente a la realidad de la satisfacción. Hará falta un trabajo psíquico para intentar encontrar un compromiso aceptable en el núcleo de este conflicto. Implica el duelo de lo absoluto ( identidad de percepción ), una cierta renuncia a las formas del pasado y una elección en el presente.

 

            Como se puede ver, el conjunto del modelo se apoya sobre la hipótesis de que ha habido una experiencia de satisfacción anterior, esto impone una Tª, la primera Tª de la satisfacción estrechamente conectada con la necesidad fisiológica: es la Tª de la pulsión sobre la necesidad y la autoconservación.

 

            La lógica implícita no puede ser mas que, en la medida en la que el sujeto está vivo, se puede tener la certeza de que sus necesidades fisiológicas han sido suficientemente satisfechas. Si han sido satisfechas, ha habido una experiencia de satisfacción de la necesidad, y la repetición por reinvestidura de las huellas mnémicas de la experiencia anterior de satisfacción es posible, el principio de placer entonces puede reinar.

 

            En esta lógica, sea cual sea la forma en la que la necesidad ha sido satisfecha, lo esencial es que ha sido satisfecha. A partir de esta primera experiencia que ha tenido lugar, si un sujeto está vivo el conjunto del modelo puede funcionar. El primado del principio del placer displacer así concebido impone la Tª del apuntalamiento de la pulsión sobre la necesidad somática. Lo primero es la intrincación de las pulsiones sexuales con la autoconservación, su conflictualidad no podrá surgir mas que de forma secundaria y según las conflictualidades que van     a ser suscitadas con el principio de realidad. En este modelo las “necesidades del Yo” ( Winnicott ) o de la subjetividad (1 ) no están reconocidas, no son tenidas en cuenta en la organización de la psique, o mas bien se supone que están satisfechas, veremos que este es uno de los puntos erróneos del modelo.

Subrayaremos pues dos consecuencias de esta lógica. La primera de ellas concierne a la actividad del sujeto. Exceptuada la pasividad ligada a la subida de tensión, potencialmente independiente de él y de lo que ha vivido, el conjunto del funcionamiento psíquico de base se efectúa bajo el primado de la actividad del sujeto siempre presente para ejercer las formas del principio del placer, siempre activo en la integralidad de las operaciones psíquicas ( ya sea que tome en cuenta o no los datos de la realidad objetiva actual ).

Winnicott no define precisamente el concepto de necesidad del Yo, pero evoca el holding o el handling y la presentación del objeto; yo me inclinaría mas bien por una definición sobre lo procesos de subjetivación. Las necesidades del Yo conciernen todo lo que es necesario al sujeto para poder hacer su trabajo de subjetivación y de simbolización de la experiencia subjetiva.

Si el sujeto está siempre presente no hay problemática de la subjetivación en el psiquismo, o solamente de forma secundaria, el problema no puede concernir mas que a lo toma de conciencia. A partir del momento en el que el punto de partida es la búsqueda de una experiencia de satisfacción anterior, la cuestión de la implicación del sujeto en la base no se plantea. Si viene a plantarse a lo largo del proceso no es mas que por una posición defensiva ligada a la dificultad en asumir y reconocer el movimiento pulsional activamente movilizado entonces. Es por lo que el punto de partida de todo razonamiento metapsicológico de la época es la actividad deseosa del sujeto (“pulsiones y sus destinos“, 1915; y de una manera general “los ensayos de metaspsicología” ). La pasividad no puede ser mas que secundaria y defensiva.

Por el contrario, en esta lógica el objeto presente no plantea problema, los cuidados fundados sobre la necesidad física son siempre suficientemente buenos. Solamente la ausencia del objeto puede plantear problemas. Como el funcionamiento psíquico busca el placer, el objeto no es reencontrado mas que como una forma de obtención del placer: es contingente o relativamente contingente, hace falta sin embargo que la satisfacción actual “recuerde la satisfacción anterior“ aportando el placer efectivo, el objeto transmuta el principio de placer en principio de realidad, es por esto o es a partir de esto cuando se opera la transformación interna de principio de placer, pero este es independiente del objeto.

El sujeto esta ahí de entrada activo bajo la égida del principio de su placer, el objeto está ahí de entrada ( aunque no sea mas que como objeto de la autoconservación ). La Tª del autoerotismo y la Tª del narcisismo se deducen una de otra.

Hay que subrayar el fondo narcisista que implica el primado del principio de placer. Si el objeto está presente de entrada es como objeto de-por la autoconservación; desde el punto de vista del autoerotismo del sujeto de la organización de su vida pulsional lo que prima es el movimiento autoerótico. El placer no es tomado al objeto, o con el objeto, es placer solitario derivado del encuentro con el objeto, se constituye en la ausencia o en el olvido de este, independientemente de él. El narcisismo primario “Primera metapsicología” no es anobjetal, designa una posición subjetiva de búsqueda de un placer que tiende a ejercerse independientemente del objeto ( “sin objeto” escribe Freud en “Los tres ensayos sobre una Tª sexual” ). Las reinvestiduras de las huellas mnémicas de la experiencia de la satisfacción anterior se efectúa por el placer, solo por el placer, no busca el objeto principalmente; es en este sentido que es narcisística, busca el placer de sí y para sí. Así se instaura el fondo psíquico, el reencuentro con el objeto, su descubrimiento como objeto erótico no va a modificar el fondo narcisista del funcionamiento psíquico, no era mas que complejizar el recorrido, el objeto no será reencontrado mas que como desvío obligado sobre el camino del placer de sí. La objetalización como la objetividad se dan derivados “secundarios” “arrancados” a la posición narcisista primera del sujeto.

 

            La Tª del funcionamiento sobre el primado del principio del placer organiza una Tª que acredita el fundamento narcisista del psiquismo. El recorrido del trabajo evolutivo de Freud extraerá e irá desprendiendo poco a poco esta consecuencia inducida por el primado del principio de placer -displacer. De pronto, el reconocimiento de esta implicación teórica va a poner la meta psicología en crisis y va a precipitar la evolución mutativa de 1920 que denarcisizara el fondo del psiquismo, o mas bien va a crear el problema.

 

            Antes de comenzar a explicar cómo esta inflexión se va a efectuar, vamos a precisar la implicación del primado del principio de placer concerniente al traumatismo. Si el fondo del funcionamiento del sujeto es narcisista, la seducción por el objeto no puede ser mas que accidental y forzada, no es intrínseca al desarrollo, en esta lógica el traumatismo no puede resultar mas que un antinomio interno al principio de placer, será por un exceso de placer o una gran cantidad. Sea porque el sujeto no ha sabido frenar por sí mismo las subidas, la … de excitación que se han descargado independientemente de las condiciones de posibilidades de una satisfacción que se han descargado independientemente de las condiciones de posibilidades de una satisfacción efectiva, sea porque el objeto no ha sido el factor de transformación en principio de realidad sino por el contrario factor de elevación de excitación. Desde ahora el placer no transformado en realidad amenaza la organización psíquica de una desorganización de la conflictualidad con el principio de realidad; se crea el displacer, moviliza una defensa primaria de evitación o de evacuación. El principio de realidad convierte entonces el exceso de placer en algo peligroso, en displacer, inmoviliza una defensa contra el placer en lugar de transformar la forma primaria de este.

El segundo tiempo del traumatismo plantea entonces el problema de la reinvestidura de las huellas mnémicas del traumatismo. Sea porque la reinvestidura posterior a las huellas mnémicas se efectúa bajo el principio de placer, así sirve a la actualización de un fantasma de deseo, es utilizado como realización actual de un fantasma equivalente a una realización casi alucinatoria de deseo. Sea porque resulte de una elevación o de un fracaso de la defensa primaria. Sin embargo, por principio tiene que haber una evitación a toda costa del displacer salvo si este puede ser dialectizado a la transformación del principio de placer en principio de realidad. Estaría pues bajo el principio de realidad cuando se pueda operar el levantamiento de la contrainvestidura permanente ( defensa primaria ). Estamos aquí frente a las coyunturas clínicas específicas de las psiconeurosis.

LA COMPULSIÓN O EL AUTOMATISMO DE REPETICIÓN

            Y SUS PRIMERAS CONSECUENCIAS

 

La inflexión de 1920 va a surgir de la toma en consideración de las problemáticas clínicas mas allá de los funcionamientos psiconeuróticos, lo hemos ya señalado en las neurosis narcisísticas, la melancolía, también las perversiones escapan al modelo. La repetición no señala ya solamente el ejercicio del principio de placer, testimonia un mas allá de este que lleva a una reevaluación de la cuestión del fundamento del principio. En efecto, el hecho fundamental del artículo de 1920 es la introducción de una constante, de una compulsión, un automatismo de repetición diferente e independiente del principio de placer . El hecho clínico mayor es el siguiente: hay en el psiquismo un proceso que tiende a la repetición de experiencias que no han conllevado placer ni satisfacción.

 

            Esto significa que el principio de placer admite excepciones, y si admite excepciones significa que no es el principio fundamental, que hay un mas allá del principio del placer-displacer, otro fundamento mas fundamental para el psiquismo.

 

            La razón de la repetición, es decir, de la reinvestidura de las huellas mnémicas no es siempre primariamente el placer , es la búsqueda de satisfacción. El psiquismo pierde su lógica intrínseca y su principio discriminativo. Algunas repeticiones se efectúan automáticamente, es decir, independientemente de la búsqueda de la satisfacción por sí misma.

… Placer-displacer no desaparece por lo tanto, está relativizado, se ejerce a un segundo nivel o en determinadas condiciones seguidamente de un proceso que le pueda permitir asegurar su dominio sobre la vida psíquica.

 

            De pronto toda la Tª anterior se encuentra potencialmente despojada de sus pilares, debe ser transformada ya que su organización debe ser refundada sobre otra lógica por completo. Esto no va a hacerse sin resistencias en la obra de Freud, y esto a partir de “Mas allá del principio del placer” que es el lugar de una conflictiva de entrada presente entre el esfuerzo de Freud para mantener la existencia un “Mas allá del principio del placer” y su esfuerzo por tratar de reducir, bajo la egida del principio del placer su nueva proposición devenida de los hechos clínicos nuevos que le llaman la atención. Pero la resistencia de la Tª anterior no se detiene en los escritos que suceden inmediatamente al artículo de 1920, ya que al final de su vida todavía Freud trabajará sobre esto, extendiéndose mas allá de él, incluso en sus sucesores. Aun hoy en día numerosas posiciones teóricas testimonian el efecto de mantener concepciones surgidas directamente del primado del “principio del placer”, cuando por el contrario no tratan de reescribir la 2ª metapsicología y la nueva Tª de las pulsiones, y la clínica que les corresponde, en el seno de la lógica que implica la lógica del placer-displacer.

Estamos lejos de haber descubierto todavía todas las consecuencias teóricas, técnicas y clínicas del giro de 1920, lejos de citar todas las implicaciones… ( … … )

1ª Consecuencia: La inversión de relaciones del Principio del Placer al Principio de Realidad. Cuando se ejerce la compulsión de repetición es el principio de realidad el que prima “objetivamente” . En efecto, si se rastrea todo, y este es el caso cuando se ejerce la compulsión a la repetición, si no hay mas principio de selección a priori bajo el principio de placer, se rastrea cualquier cosa que haya sido, no se selecciona bajo el primado del placer, se rastrea “objetivamente” sea cual fuere el grado de conciencia que se pueda tener. La historia “objetiva” retoma todos sus derechos bloqueados por el primado del principio del placer que a partir del momento en el que ha operado un principio de selección de la experiencia privilegiado el fantasma del deseo sobre la historia, “historia objetiva” de la realidad psíquica por supuesto, es decir, historia de la subjetividad, es decir, de la experiencia tal y como ha sido registrada y significada por el psiquismo habida cuenta del estado del aparato psíquico en el momento, lo que definió la “experiencia anterior” : está en el horizonte de esta implicación. La posibilidad de reconstrucción de la realidad psíquica de la experiencia pasada se abre pues al trabajo psicoanalítico “Mas allá del principio del placer”.

 

            Se instaura pues potencialmente el primado de un principio de realidad psíquica eventualmente secundariamente transformado en principio del placer después el mismo retransformado en principio de realidad del placer. No estaremos sorprendido de que la Tª del inconsciente haya sufrido también ella una mutación ( 1923 ). En el fondo del psiquismo opera el ello gobernado por una compulsión de repetición, primera forma de Incns. Seguidamente ganado de este fondo por un trabajo de subjetivación -el Yo objeto se va a tener que convertir en parte un Yo sujeto que intenta reasegurar secundariamente el primado del Principio del placer gracias a las representaciones psíquicas y al trabajo de la simbolización- otro tipo de Incns ( inconsciente secundario ) que testimonia lo que en la historia ha podido recibir la marca del Principio del placer, y en fin una parte Preconsc por lo que ha podido representado y transformado en Principio de realidad del placer.

 

 

            Otra consecuencia, si se rastrea todo -y todo el tiempo el fondo del psiquismo- es de naturaleza alucinatoria. A la Tª de la realización alucinatoria del deseo hay que añadir una Tª del fondo alucinatorio del psiquismo. Lo que hay que explicar es una manera en la que el psiquismo se las apaña para transformar estas alucinaciones primarias automáticas en representaciones psíquicas. ( … …)

Desde “Mas allá del principio del placer”, desde que fue lanzada la idea de un nuevo fundamento para el psiquismo, se encuentra confrontado a la cuestión de saber cómo se origina el principio del placer en esta nueva concepción. Es a esto a lo que pretende responder en su texto el mito platónico del andrógino. Si el principio del placer es un principio secundario, y resulta de una modificación a la compulsión a la repetición quedando bajo el primado de esta, en el origen pues hay que postular un estado de no- diferenciación subjetiva entre el sujeto y el objeto, estas mismas nociones están desprovistas de sentido: el narcisismo primario se convierte en anobjetal pero también asubjetal en su esencia- lo que no quiere decir asubjetivo pero asubjetivado. Secundariamente se ha operado una escisión que ha operado una escisión que ha separado objeto y sujeto. La compulsión de repetición busca después de esta escisión encontrar el estado anterior. Esta es la nueva forma del principio del placer, buscar … secundariamente lo que ha estado separado para intentar encontrar el estado anterior de no- diferenciación.

 

            De pronto, si el principio del placer busca siempre reducir las tensiones, va a querer convertirse en un principio de reducción de tensiones por la ligazón, no solamente por la descarga. El principio del placer “Primera Tª. Modelo placer-descarga derivado de la sexualidad masculina” ; la 2ª metapsicología después de 1920 va a empezar a oponersele y a ver un modelo de placer-ligazón que será sobre todo referido a la sexualidad femenina ( “El problema económico del masoquismo“, 1924 ). El modelo del principio del placer será un modelo dialéctico ligazón-descarga-ligazón.

Así, el concepto del Principio del placer y el concepto de Narcisismo están formalmente conservados, ya no son ni fundados… de la misma manera. La consecuencia de estas inflexiones concernientes al Yo y al Sujeto son considerables. Si existe un narcisismo primario anobjetal y asubjetal entonces el Yo no está ahí de entrada, está construido secundariamente, hay un proceso de construcción del Yo sujeto ( que no es solo el Yo objeto de la investidura de 1914 sino un Yo que debe construirse como sujeto o potencialmente sujeto ) construcción de un principio de subjetivación. La sombra del objeto que se había planteado con el Yo en el “Duelo y Melancolía” va a poder empezar a estar poco a poco separada del Yo mismo. Este es uno de los grandes senderos teóricos de Freud de 1923 a 1938, el de diferenciar “Yo sujeto” y Superyo, liderar los derechos del Yo sujeto de las exigencias tiránicas del objeto, Superyo severo y cruel, diferenciar pues dentro y fuera.

A partir de 1920 hay que pensar en el engendramiento de la subjetividad, pensar en la apropiación de lo que es -o ha sido- para un Yo instancia de subjetivación. La modificación de la Tª del Narcisismo Primario implica también un movimiento de descubrimiento del objeto, que no concierte sólo al descubrimiento de un placer en relación con el objeto, sino a la existencia objetiva del objeto, de su exterioridad, y el descubrimiento de la manera en la cual el sujeto puede y debe relegarse al objeto fuera, pero también al objeto interiorizado y a las formas de interiorización del objeto. Potencialmente la cuestión de la relación de objeto se añade la de las compulsiones subjetivas impuestas por el objeto.

 

           

 

Si el primer tiempo es anobjetal, es decir, si en el origen no hay un afuera subjetivamente constituido, entonces el narcisismo primario es también un masoquismo primario y el primer tiempo es     un tiempo auto ( Freud, 1924 ). El rol devuelto al objeto será entonces el de ayudar a llevar hacia afuera las experiencias de insatisfacción y la destructividad que las acompaña. Freud no formula claramente este nuevo imperativo pero en 1920 lo metaforiza en la dialéctica de la vida de los “protistes” cuya supervivencia esta subordinada a la acción de un operador exterior que regularmente les “cambia” del baño tóxico que les conduciría a su pérdida. Esto antes de que el proceso evolutivo no vaya a permitir la construcción de conjuntos complejos capaces, por especialización y diferenciación, de tratar “lo de dentro” -la producción de sus residuos tóxicos- del proceso. Desde entonces lo tóxico de uno se convertirá en fuente de estimulación para el otro.

Terminaremos este primer abordaje de las características de la nueva metapsicología de 1920 por el problema clave de la pulsión. Para hablar con propiedad si nos atenemos a la definición de la pulsión con los 4 términos: fuente, empuje, objeto y finalidad, el narcisismo primario es apulsional. No porque no haya excitación o fuentes de tensión sino porque no se pueden organizar en pulsiones verdaderamente captables como tales, ya que la diferencia de la fuente y del objeto no se ha adquirido todavía. La compulsión de repetición es un proceso “pulsiónal-prepulsional”. Representa la actividad la actividad pulsional antes de que esta haya sido organizada en pulsión subjetivamente representable.

Por otro lado, desde el punto de vista de una pulsión considerada como exigencia de trabajo impuesta al psiquismo por el hecho de su relación con el soma, definición mas amplia, estamos entonces cara a un proceso pulsional. Es por esto que sin duda Pashe ha propuesto considerar la compulsión de repetición como la pulsión de la pulsión. De todas maneras, se capta rapidamente que el problema de la pulsión se encuentra considerablemente complicado por el nuevo aporte teórico. En 1920 cuando Freud busca representarse el movimiento pulsional, habida cuenta de la compulsión a la repetición, evoca un movimiento en olas sucesivas en el cual una parte rebrota a lo largo de su camino: la pulsión se divide en su recorrido, una parte va hacia adelante, se dirige al objeto, mientras que la otra se vuelve e intenta desligarse en la situación.

En la lógica de la metapsicología de 1920 me parece que hay que interpretar este movimiento como secundario a la diferenciación con el objeto. La pulsión se divide en un movimiento en dirección del objeto externo objetivo   -el principio del placer es también principio de religazón con el objeto y hay otro movimiento que se ligará en el sitio sin duda de manera autoerótica en dirección de la representación interna del objeto, que es otra forma de religarse al objeto. La pulsión se asegura así a lo largo del camino de la representación del objeto y del objeto buscado. El proceso siguiente será entonces el del trabajo de ligar la representación interna del objeto con el objeto externo             ( Freud, “la negación”, 1925 ).

A partir del momento en el que el principio del placer tiende a convertirse en principio de ligazón, a partir del momento en el que es engendrado a partir de la compulsión a la repetición y de la diferenciación sujeto – objeto, el apuntalamiento de la pulsión no puede ser ya concebido como un apuntalamiento automático sobre la necesidad fisiológica. La satisfacción no es solo tributaria de la satisfacción de la necesidad, depende de factores cualitativos, es decir, de la forma en la que sujeto y objeto pueden estar religados, o mas precisamente del reencuentro del estado anterior de la no diferenciación. Mas aun, si se

 

admite que globalmente la satisfacción fisiológica es suficientemente buena, generalmente son por el contrario los elementos cualitativos e inter relacionales que rodean ésta los que van a pasar a un primer plano y ser determinantes en cuanto a la organización de la pulsión y la relación con ella, el objeto ya no es contingente, es específico, hay un apego al objeto ligado a las condiciones singulares del reencuentro con éste. El determinante no es ya narcisista o al menos no solamente narcisista. Veremos mas adelante que el objeto ha dejado una huella indeleble en tanto que tomada en la ilusión narcisística primaria, es desconocida y asimilada al sí mismo. El sujeto ha sido de todas maneras “seducido” sin saberlo, porque no podía saber lo que tenia que ver con él o lo que tenia que ver con el objeto.

 

            Las consecuencias del giro de 1920 son todavía numerosas. Por el momento es suficiente el haber indicado a grandes rasgos y forzosamente incompletos algunos aspectos. Pero mi proyecto, lo recuerdo, es proponer un movimiento de conjunto.

            LO ORIGINARIO

            MAS ALLA DEL PRINCIPIO DEL PLACER

 

            Los lectores se habrán dado cuenta que no he utilizado el concepto de pulsión de muerte y ni el de pulsión de vida. La aproximación desde el punto de vista de la metapsicología de los procesos tiene como objetivo una deconstrucción de lo que se presenta como Tª de lo originario. Volveremos sin embargo para ver lo que hay de originario en la compulsión de repetición considerada como un principio fundador del funcionamiento psíquico. Sin embargo, la compulsión de repetición queda como uno de los procesos de transformación-conservación para el aparato psíquico, la proposición de repetición compulsiva automática que no opera una selección a priori en la experiencia de la realidad psíquica , y el mantenimiento secundario de un principio de placer dejando abierta la posibilidad de una selección secundaria de las experiencias psíquicas, o de una transformación secundaria de estas, o bien de una interpretación secundaria de estas. Si en el giro de 1920 es posible, está implícito la deconstrucción de lo originario es por el concepto de pulsión de muerte, ya que este condensa las representaciones mas significativas del origen.

La introducción del concepto de pulsión de muerte añade, en efecto, a la idea de la compulsión de repetición la de un tipo de estado originario a perpetuar y/o a reencontrar: el estado anorgánico. Teoricamente, el argumento Freudiano es aparentemente imparable: antes de la vida y el movimiento de lo vivo hay un estado de no vida, un estado inorgánico ausente de toda tensión.

Para que este estado anterior sea el origen de la experiencia, de la experiencia anterior en la presencia de lo vivo hay que hacer, no solo referencia a una experiencia puramente biológica, sino a una experiencia registrada como vivo y que concierne a lo que precede. Desde 1913 y sobre todo con La visión de conjunto sobre las neurosis de transfer, Freud ha desarrollado la idea de una transmisión de generación en generación, y a un nivel biológico, de las experiencias de las generaciones anteriores. En 1923 va a situar en el Ello, después en el Superyo, el lugar de la conservación de la huella de tales experiencias.

La llamada a la huella de experiencia precedente no solamente la vida del individuo sino la vida de la especie misma, e incluso precediendo la vida de lo vivo es difícilmente pensable, mejor dicho, es indecible.

De todas maneras, Freud subraya que incluso las experiencias de transmisiones intergeneracionales deben jugarse de nuevo en la vida del sujeto para ser utilizables por el psiquismo. ¿Porqué va a ir aquí de forma diferente? Freud se encuentra conminado a la vez por la idea de que algo parece tender hacia un “estado de muerte“, de ausencia radical de tensión, y al mismo tiempo por la idea de que nada puede estar en el psiquismo que no sea el sentido de la experiencia vivida. Esta lógica parece excluir la idea de una experiencia de la muerte ( no habrá representación de la muerte en el Incons porque no hay experiencia de la muerte por lo vivo ), ¿cómo salir de esta antinomia?, ¿cómo pensar en esta vuelta interior de la muerte?, lo que se da como una “pulsión de muerte” y ¿cómo aclarar las clínicas que parecen corresponder a esta presencia interna hiriente de la muerte?.

En “El temor al derrumbe”, 1975; Winnicott propone una hipótesis alternativa coherente con el conjunto de la 2ª metapsicología que da cuenta de una parte del problema. Hay acontecimientos que han dejado una huella              -las agonías primitivas- sin que por lo tanto se pueda decir que hayan sido experienciadas por el sujeto. Al contrario son experiencias sin sujeto, experiencias de un sujeto que no ha llegado a serlo todavía. Winnicott propone considerar que un sujeto vivo puede vivir una experiencia de muerte psíquica, que existen experiencias precediendo el advenimiento del sujeto y de la subjetividad a una época en donde “muerte psíquica” y muerte efectiva no son diferenciables.

La repetición alucinatoria de las experiencias que no han llevado satisfacción, que por lo tanto no se han podido inscribir bajo el primado secundario del principio del placer, se presenta en esta hipótesis como repetición de experiencias de “muerte psíquica”, de primera agonía, repetición de experiencias de ser -no sujeto-, de no -ser subjetivo-, como experiencias de retirada fuera de la subjetividad o de sus posibilidades. Atrapadas en el narcisismo primario tales experiencias no son representables, están sin salida y sin fin, y por lo tanto sin esperanza.

Esta hipótesis no ha sido formalmente explicitada por Freud, sabemos que Freud tenía mucha dificultad en aceptar que la madre de los orígenes podría ser insuficientemente buena en su presencia. Sin embargo, lo que no pudo pensar directamente va a venirle a través de sus especulaciones biológicas. Cuando él piensa sobre el mito biológico del origen de lo vivo y del psiquismo, Freud evoca las condiciones de vida de la “vesícula de sustancia excitable”. Habla del entorno de ésta como un marco atrapador de un estado traumático primario. La vesícula originaria está bombardeada de excitaciones (¿las de una madre joven excitante?) que no pueden llegar a ligar mas que despojando su superficie de las cualidades de lo vivo, es decir produciendo un estado de muerte parcial, un estado de insensibilidad y/o retirándose de la superficie ( la metáfora biológica de la retirada de la sensorialidad de la periferia hacia el centro ). Freud subraya también que estos primeros estados van a esconderse enseguida en las profundidades de la vida psíquica. En 1923 subrayará que el Superyo es también el depositario de “los antiguos funcionamientos del Yo”. Estos enunciados llevan a la idea de que los estados de muerte registrados en superficie van a esconderse en las profundidades de la vida psíquica y que después van a volver “automáticamente” bajo la forma de una “pulsión de muerte”, de una “compulsión de muerte” o de una “pura cultura de pulsión de muerte” ( Freud, 1923; A propósito del Superyo severo y cruel ). Al lado de los estados agonísticos propuestos por Winnicott, Freud añade la idea de una interiorización de los movimientos mortíferos venidos de fuera, de los primeros objetos, movimientos mortíferos cuyos efectos y añado, a la luz de mi propia clínica, movimientos mortíferos en su intención.

Así concebida, “la pulsión de muerte” se inscribe en las experiencias de inadecuación del objeto a las necesidades del niño. Aparece como ligada a la vivencia de destrucción y a la destructividad, a la desligazón reactiva a los estados traumáticos primarios, ya no es una especulación biofilosófica … … …

Sin embargo, bajo esta forma de pulsión de muerte, es contingente y coyuntural, incluso si se puede pensar, después de 1920, que siempre ha habido experiencias de inadecuación del objeto presente además de los sufrimientos ocasionados por su ausencia, también que los estados de malestar infantil son inevitables por el hecho del carácter inevitablemente insatisfactorio de la sexualidad infantil.

Todo esto nos llevaría a distinguir una compulsión a la repetición ejerciéndose en el seno del psiquismo y un principio del placer-displacer que sería la forma transformada que tomaría esta compulsión cuando la subjetivación y la simbolización de la experiencia han podido metabolizar suficientemente esta para inscribirla bajo su primado.

Pero la pulsión de muerte nos lleva a otra consideración. La elección del tema de “los tres cofres“ ( 1913 ), ¿ha sido olvidado cuando Freud propone el concepto? . El tercer cofre, el que representa la muda, la destrucción, la muerte, es el que es elegido precisamente porque es ineluctable. La elección manifiesta, opera una vuelta de lo pasivo en activo, de a lo que no se ha podido escapar. La “pulsión de muerte” intentaría instaurar en el psiquismo la noción de una elección, de un empuje activo que protegería el narcisismo contra la herida ligada a la inevitabilidad sufrida pasivamente de la muerte viniendo de dentro.

 

            La lógica de la 2ª metapsicología, la consecuencia ligada al reconocimiento de una compulsión de repetición afectando a los estados traumáticos es que hay vuelta del estado anterior, vuelta pasiva, inevitable, automática, de lo que no ha podido ser subjetivado e inscrito en la orbita del principio del placer gracias a un trabajo de simbolización. Una de las defensas alternativas mayores del psiquismo sería pues, para intentar preservar el primado del principio del placer, devolver la pasividad en actividad, de presentarse como una aspiración-anhelo ( pulsión ) de vuelta hacia un estado anterior que es destinado a protegerse de la vuelta del estado anterior. La retrogresión primaria ( 1895 ), la regresión primaria ( 1900 ), la vuelta hacia un estado anterior ( 1920 ) representa entonces el esfuerzo del manejo del psiquismo para protegerse de la vuelta automática de estados anteriores no subjetivados, no simbolizados primariamente. “Lo que no podemos organizar ni evitar intentaremos manejarlo”, decía Einstein.

 

            Así, me parece que es adecuado diferenciar -en el punto en el que estamos de nuestro razonamiento- el proceso de la compulsión de repetición, que me parece la adquisición fundamental de 1920, de la “pulsión de muerte”. El empuje hacia la muerte debería ser quimicamente deconstruido en función de las coyunturas históricas específicas del sujeto. Si no se puede excluir un sustrato de pulsión de muerte inherente al funcionamiento psíquico, al situar este en la posición originaria se correría el riesgo de cerrar la puerta al análisis de las coyunturas históricas concretas en lo que conllevan como procesos de defensa contra la vuelta de estado anterior de muerte psíquica o contra la pasividad con respecto a la muerte.

 

            La metáfora “protista“ De Freud es como una metáfora del proceso psíquico originario, esta subraya otro aspecto de la concepción Freudiana de la metabolización pulsional. La asimilación de la pulsión por el psiquismo, la metabolización psíquica de la pulsión, su introyección no podría ser total; produce un resto, una parte rebrota en el camino,

subrayaba Freud. El proceso está confrontado a su propia incompletud, debe tratar la relación con su resto, con lo que fracasa en integrar que desde entonces se encuentra en negativo y amenaza con operar una vuelta destructiva contra la que lo ha producido. Hay aquí otra metáfora de la compulsión de repetición, es engendrada en el interior del proceso por lo que escapa al proceso, por su incompletud inevitable.

Pero desde ahora, el destino del resto y de su vuelta compulsiva van a poder ser diferenciados. La repetición es de todas formas compulsiva, automática, el proceso psíquico posee diferentes maneras de arreglarselas y de significarlo en el seno de su evolución y de su desarrollo.

Puede, es el destino mas funesto, sufrir la vuelta intoxicante y destructiva de lo que se le escapa. Constatado como una compulsión inevitable, será entonces teorizado por el psiquismo como el signo del fracaso de todo esfuerzo de simbolización, como el signo del fracaso de todo esfuerzo para establecer una vida psíquica satisfactoria, destino ineluctable en el cual la muerte no sería mas que la última forma, sería la pulsión de muerte.

Pero la compulsión a la repetición, a la inversa, podría estar significada como el efecto irreductible del deseo y de la vida, como el movimiento mismo de ésta que empuja siempre a tomar el testigo, el trabajo de simbolización y de apropiación de la parte desconocida que le constituye, será entonces pulsión de vida, y expresará el primado del principio del placer.

 

            La confictualidad se establecería entonces entre la vuelta inevitable de una pasado desconocido y nefasto del cual uno no se podría abstraer y la vuelta inevitable de una vida que no sabría satisfacerse de lo que ha llegado a acometer.

 

            En el fondo del psiquismo la compulsión de repetición representa la neutralidad de un proceso, de una realidad de la experiencia que llama la necesidad de su significación y de su retoma en el seno de una subjetivación gobernada por las compulsiones del principio del placer-displacer. Su devenir mas exitoso sería el de ser transformada bajo el primado del principio del placer en una simbolización de la experiencia.

(… … )

4° séminaire de l’Institut Le cours des évènements psychiques (suite)

4°Séminaire GLP 2014 DIP

(séance du 4 Avril 2014)

Le cours des évènements psychiques (suite)

  1. Symbolisation primaire et secondaire.

1-Représenter / symboliser : le problème de l’articulation représentation /symbolisation.

Par essence notre appareil psychique comme notre cerveau, ne peut pas ne pas représenter, toute son organisation repose sur le fait qu’il « représente » parce qu’il fonctionne comme cela. La désignation d’expériences « sans représentation » que l’on trouve souvent lorsque une expérience traumatique est impliquée, est un raccourci qui ne peut signifier que « sans représentation symbolique » ou encore sans représentation « vécue comme telle ». S’il y a eu sidération, effroi ou terreur c’est bien en fonction d’une certaine représentation de la scène traumatique, ne serait-ce a minima que la représentation d’une absence de représentation acceptable.

Comme F Varela l’a fortement indiqué, le fonctionnement même de notre cerveau et de notre rapport au monde suppose toujours – c’est le processus qu’il appelle auto-poëse et qui caractérise le fonctionnement des systèmes vivants – que le contact sensoriel que nous pouvons avoir avec le monde extérieur soit décomposé et analysé par des systèmes internes spécifiques, et recomposés selon un réseau associatif interne qui est une représentation interne de l’expérience. Notons que c’est le modèle même du Freud neurologue de 1891 de l’étude sur les aphasies. Le problème n’est donc jamais au niveau de la représentation mais au niveau de sa saisie subjective comme représentation – à différencier alors de la « représentation perceptive » -. On peut représenter sans le savoir, sans en avoir conscience, sans avoir conscience de « représenter » (c’est le problème par exemple de l’hallucination) et de toutes les transformations que l’on fait ainsi subir à l’expérience dans son processus d’intériorisation et d’inscription psychique.

Du coup nous avons besoin d’un terme pour désigner une représentation qui, dans sa structure même, « dit » et fait sentir qu’elle est une représentation : c’est là qu’intervient la question de la « représentation symbolique ». La représentation symbolique porte la trace du travail d’un mouvement réflexif qui l’a présente et la reconnaît comme « représentation psychique », qui fait qu’elle se présente subjectivement comme une représentation et non comme une perception. Le travail que subit le premier enregistrement pour être saisit comme « représentation », et donc comme « représentation symbolique », donc « travail de symbolisation », c’est dans et par ce travail que la représentation est conçue comme une représentation – re-présentation, nouvelle présentation interne -, qu’elle peut être réfléchie comme telle, devenir consciente de ce qu’elle est.

Dans ce travail il y a la sensation plus où moins confuse du travail psychique effectué pour inscrire l’expérience au sein de la psyché, et en particulier du travail de rassemblement ou d’association qui préside à l’émergence de la représentation. « Sumbolon », le symbole en grec signifie « mettre ensemble » : symboliser c’est mettre ensemble les données externes et la psyché qui les inscrit sous forme d’expérience, et avoir une certaine conscience de ce travail, du fait que ce sont les données « pour soi ».

2-Deux types de « symbolisation ».

Dans le schéma qu’il propose du fonctionnement de l’appareil psychique comme appareil de mémoire dans la lettre du 6 décembre 1896, Freud situe clairement deux processus distincts dans la construction des représentations psychiques : celui qui fait passer de la « trace mnésique perceptive » première inscription brute de l’expérience, à la représentation de chose, inconsciente, celui qui fait passer de cette dernière, qui est déjà « conceptuelle », à la représentation de mot. Autrement dit Freud indique que ce qu’il nomme « processus » primaire et « processus secondaire » sont des processus de symbolisation des processus producteurs de représentations symboliques, des processus par lesquels la trace mnésique perceptive première, la « matière première psychique » sont transformées en représentations symboliques. Il y a donc deux types de processus de symbolisation, la symbolisation primaire et la symbolisation secondaire.

Plus tard en 1914, quand il évoque la manière dont il présente la règle fondamentale de la psychanalyse à ses patients Freud propose une métaphore riche d’enseignement quant aux processus impliqués et au travail de symbolisation qu’ils exigent. Il dit à ses patients : « imaginez que vous êtes dans un train et que vous racontez à quelqu’un, qui ne le voit pas, le paysage qui se déroule devant vos yeux ». Cette métaphore prescrit un double transfert et une double transformation : transfert du champ moteur (sensori-moteur) – le train doit rouler –, dans le champ visuel – il s’agit de décrire un paysage -, puis transfert de cette forme visuelle dans l’appareil à langage verbal, cette double transformation correspond assez bien aux deux formes de travail de symbolisation que j’évoque.

Pour bien comprendre la question de plusieurs niveaux de symbolisation il faut partir de la question de l’inscription et des traces de l’expérience subjective. La symbolisation ne relie pas en effet l’objet à sa représentation, elle relie des représentations ou des traces psychiques de l’objet entre elles. Et selon le nombre et le type de trace nous pouvons concevoir divers niveaux de symbolisation.

La première apparition de la question de l’enregistrement et des traces de l’expérience subjective apparaît chez Freud dans la fameuse lettre du 6 décembre 1896. Dans cette lettre Freud propose l’idée selon laquelle la mémoire est présente plusieurs fois et en divers types d’enregistrements. Il y a d’abord ce qu’il nomme « trace mnésique perceptive » qui correspond à l’inscription psychique des traces de perception et à leur mise en mémoire (la matière « brute de l’expérience » la matière première du travail psychique. Il y a ensuite une trace dont Freud dit qu’elle est « conceptuelle » et qui correspond aux représentations de choses (ou représentation-chose, représentation sous forme de chose comme dans le rêve, symbole) et qu’il inscrit dans l’inconscient. Enfin une représentation préconsciente en représentation de mot. S’il y a trois traces il y a nécessairement deux processus pour passer de l’une à l’autre, deux processus de transformation et, dans la mesure où il s’agit de trace de représentation, deux processus de symbolisation.

Le problème va venir du fait que dans un premier temps Freud conçoit le passage des traces mnésiques perceptives aux représentations de chose comme le simple produit d’une réduction de la quantité d’investissement. À pleine charge d’investissement l’investissement de la trace mnésique produit une « identité de perception » c.-à-d. une activation hallucinatoire, la trace est « présentifiée » à la conscience, elle est comme du présent, de « l’actuel ». Quand la charge est restreinte, ou que le processus est cantonné dans l’espace psychique interne, comme par l’enveloppe du rêve par exemple, par contre l’activation de la trace mnésique ne produit qu’une simple représentation : la représentation de chose. Donc le premier processus n’est qu’une simple réduction de quantité, un effet du deuil de « l’identité de perception » au profit d’une simple « identité de pensée ». Selon cette première conception le premier processus de symbolisation est donc « purement quantitatif ». Ce qui a embarqué une partie de la réflexion clinique du côté de la question de la réduction des quantités, – le pare excitation – et du côté de l’endurance et du masochisme quand la réduction des quantités a été pensée comme processus de liaison.

Avant d’examiner ce qui a produit une évolution dans ce premier modèle il faut souligner l’existence d’un modèle alternatif d’emblée présent chez Freud. Dans l’espace du rêve, espace « encadré », voire « enveloppé » comme on le théorise maintenant, l’activation est hallucinatoire mais le passage des traces de l’expérience subjective – « sur lesquelles je n’avais jeté qu’un coup d’œil dans la journée » note Freud en 1895 – à la représentation onirique nécessite un « travail du rêve » qui n’est pas de l’ordre d’une réduction quantitative, le rêve n’en a pas besoin, mais d’un travail de transformation, de déguisement, en d’autre termes d’un travail de figuration (prise en compte de la figurabilité, des exigences de la présentation psychique : darstellung), un travail de symbolisation. Pour rêver le rêve il faut effectuer un travail psychique et les aléas et échec de la fonction onirique relèvent de l’échec ou de l’insuffisance de ce travail psychique. Ce travail psychique est un travail de « symbolisation primaire », d’inscription au sein du « système primaire ». Le rêve rêvé est ensuite éventuellement « raconté » il est alors transféré dans des représentations de mots : un travail d’inscription dans le « système secondaire », de traduction, donc de « symbolisation secondaire » est donc requis.

Il y a donc un double modèle chez Freud, un modèle dans lequel le seul travail psychique à l’état diurne, est un travail de « domptage de la pulsion », et un modèle nocturne, modèle de l’activité de rêve qui n’a pas besoin d’une pulsion « domptée » mais qui exige par contre un travail psychique de transformation, de transposition qualitatif et symbolique. Dans le relevé des processus de ce dernier Freud souligne quelques processus essentiels, « déplacement, condensation, surdétermination, figurabilité etc. ». Nous verrons que c’est là que le travail va devoir être poursuivi et complété.

Le modèle « diurne » d’un processus fondé sur le domptage de la pulsion va se maintenir jusque en 1915 où l’on trouve Freud, dans les Essais de métapsychologie, encore aux prises avec ce qu’il nomme alors « la double inscription » à se demander si les inscriptions restent dans le système dont elles sont issues, ou si elles se déplacent d’un système à l’autre.

Mais un ferment dialectique et une difficulté clinique travaillent Freud, j’ai pu faire l’hypothèse[1] que c’était là la difficulté qui allait mettre en crise la métapsychologie et conduire Freud à en penser l’évolution nécessaire : la question du deuil et de la mélancolie. La mélancolie implique en effet une forme de circularité paradoxale : pour faire le deuil de l’objet (accepter de le perdre) il faut pouvoir le symboliser, mais pour pouvoir le symboliser (et donc tenter de le retrouver en identité de pensée) il faut en avoir fait le deuil.

La représentation est en effet alors considérée comme représentation de l’objet absent, représentation d’un objet accepté absent, d’un objet que l’on ne cherche pas à tout prix à rendre présent selon le modèle de « l’identité de perception », elle est « symbolisation de l’objet absent ». Tout le problème résulte d’une clinique dans laquelle l’absence de l’objet n’est pas acceptée, pas acceptable, d’une clinique dans laquelle la compulsion de répétition commence à devenir repérable et avec elle l’impasse narcissique de la mélancolie.

Et dès lors surgit la question des conditions requises pour que le sujet accepte l’absence de l’objet et accepte de s’engager dans le palliatif et la consolation de sa représentation interne. C’est là que le paradoxe apparaît. Pour accepter que l’objet soit absent, simplement absent sans que son absence de la perception ne produise un arrachement de l’être, il faut que le sujet dispose d’une représentation interne de l’objet, que l’objet reste intérieurement présent, et qu’il n’aie qu’à « décoller » la représentation interne de la perception de l’objet.

Pour sortir du paradoxe il faut alors faire l’hypothèse que la symbolisation qui rend l’absence de l’objet tolérable, n’est pas la même que celle qui est rendue possible par l’absence de l’objet. Il faut faire l’hypothèse qu’il y a un aussi mode de symbolisation qui se produit « en présence de l’objet » et non seulement en son absence, un mode de symbolisation qui représente et symbolise le mode de présence de l’objet et le mode de rencontre qui se met en place dans cette rencontre. Il y a des modes de langage fondés sur la présence, qui imposent la présence pour s’établir et qui sont à l’origine de modes de symbolisation fondés sur la présence.

Le modèle issu du rêve concernant un travail de symbolisation primaire nocturne doit être complété par le modèle d’une forme de symbolisation primaire diurne et en présence de l’objet, portant sur le mode de présence de l’objet.

3-Premiers développements post-freudiens.

C’est bien à partir, si ce n’est de la mélancolie elle-même considérée comme modèle par excellence des « névroses narcissiques », du moins de la clinique des souffrances narcissiques qui lui sont apparentées, que la suite de l’histoire va s’écrire. Dans les années 70 une série d’auteurs en France, s’affrontant tantôt à la question de la psychose ou à celle des fonctionnements dits limites, tantôt à la clinique des bébés, va proposer des concepts qui, sans nécessairement s’articuler directement et de manière délibérée aux questions que je viens de relever, vont permettre de prolonger l’exploration des formes primaires de la symbolisation. Citons les plus connus, P.Aulagnier et le concept de « pictogramme », D.Anzieu et celui de « signifiants formels », auquel T.Nathan préfère l’appellation de « contenants formels », M.Pinol-Douriez et les « proto-représentations » ou encore G Rosolato et les « signifiants de démarcation », mais on pourrait aussi en trouver la préforme chez Freud dans l’évocation d’un « représentant psychique de la pulsion ».

Je ne peux reprendre le détail des propositions respectives de ces divers auteurs, je me bornerai à extraire d’abord quelques caractéristiques qui me semblent leur être communes.

Ma première remarque portera sur les fait que sous des appellations diverses, et qui sont celles en cours à l’époque de leur formulation, les différents auteurs décrivent des processus de transformation, ce qui inscrit leurs propositions de fait au sein d’une métapsychologie des processus psychiques.

Par ailleurs les processus décrits présentent tous un ancrage important dans la sensori-motricité, ils s’étayent sur le corps de la sensorialité et mettent en scène un mouvement et c’est bien ce qui leur confère la valeur d’un processus.

Enfin les divers auteurs décrivent des processus intrapsychiques ou intrasubjectifs, tout en soulignant combien ceux-ci sont dépendant de conditions d’environnement. Mais là encore l’époque de leur mise au point n’est pas ralliée à l’analyse du poids de l’intersubjectivité, et la place des réponses des objets autre-sujets si, elle est notée, n’est pas fondamentalement intégrée dans la description métapsychologique.

Ces quelques remarques me semblent offrir un tremplin pour prolonger leurs apports et les inscrire plus résolument dans le corpus de la métapsychologie de Freud.

Pour cela je partirai de deux remarques de Freud.

Je tire la première des premières pages de Psychologie des masses et analyse du Moi dans lesquelles Freud aborde la question, longtemps différée dans son œuvre de l’impact et de l’influence d’un sujet sur un autre sujet. Il avance alors que la psychologie est d’abord et d’emblée une « psychologie sociale », c’est à dire une psychologie dans laquelle, sauf en de rares occasions [2], comme celle de la situation psychanalytique, on ne peut penser le sujet humain indépendamment de sa relation avec les autres-sujets « investis » qui peuplent son environnement actuel ou historique. Mais la clinique psychanalytique est aussi une clinique de la rencontre, de l’action d’un sujet sur un autre sujet, et ceci, dès, et peut être surtout à, l’origine.

La seconde est d’évocation fréquente chez Freud qui aime à reprendre la phrase de Locke selon laquelle « rien n’est dans la pensée qui ne fut d’abord dans les sens »[3]. Freud ne cite jamais à ma connaissance le prolongement que Gottfried Leibniz a proposé en 1765[4] et dans lequel l’auteur ajoute une nuance de poids : «  si ce n’est l’entendement lui même », et ceci est dans doute lié au fait que sa position à cet égard est plus complexe. Si bien sûr Freud ne croit pas que l’entendement est « dans les sens », par contre ses réflexions sur l’animisme de 1913[5] le conduisent à penser que le processus de saisie des processus psychiques passe, par contre par leur projection animique dans le monde. Les processus psychiques ont aussi besoin de « passer par les sens » pour être représentables et appropriables par le sujet.

Signifiants formels, symbolisation primaire et travail du rêve.

L’hypothèse que je propose peut alors s’énoncer ainsi : les premiers processus de transformation, donc les processus de ce que j’ai proposé de nommer « symbolisation primaire », doivent, pour être appropriés, à la fois s’étayer sur la sensorialité et être inscrits, reconnus et validés dans la relation avec un objet significatif de la première enfance.

Ainsi les pictogrammes et autres signifiants formels ou contenants formels doivent s’inscrire dans les premières formes d’échanges entre l’infans et son environnement premier pour s’inscrire au sein des formes de la symbolisation primaire. Ils doivent s’inscrire et participer aux formes premières de langage non verbal qui se crée progressivement entre bébé et environnement.

D.Stern (1983), décrit sans le savoir des séquences d’interactions entre mère et bébé dans lesquelles la mère « échoïse » de manière transmodale des mouvements du bébé qui sont des formes motrices de signifiants formels.

Au sein de ce que j’ai proposé de nommer[6] « accordage esthésiques » et dans lesquels mère et bébé s’accordent autour d’une forme « en double » de sensations corporelles (le bébé fait la grimace en goûtant un peu de terre et la mère a, en écho, une mimique de dégoût accompagnée d’un « bahh pas bon ») ou autour d’un mouvement moteur (par exemple d’infans tape de la main sur une surface à la suite d’un bruit de claquement entendu, la mère « échoïse » ce geste en faisant avec la bouche un bruit de même rythme et de même intensité, figure transmodale du geste du bébé), s’échoïse de simples sensations mais aussi des processus de transformation du type de ceux décrits par D.Anzieu sous le nom de signifiants formels.

Mais l’exploration clinique contemporaine invite à prolonger les propositions d’Anzieu ou d’Aulagnier en intégrant, dans les formes décrites dans l’univers intrapsychique, la place et la réponse de l’objet.

Je m’explique par un exemple.

D.Anzieu décrit un signifiant formel du type un objet s’éloigne puis revient sur lui même, ce peut être par exemple une figure au sein d’un rêve, ou encore une pure sensation corporelle, une impression. Un enfant autiste pourra « scénariser » et « raconter » un tel processus à l’aide d’une stéréotypie de la main dans laquelle celle-ci s’éloigne de lui puis revient vers son visage.

Si l’on fait l’hypothèse que ce processus tente de symboliser un mode de rencontre avec l’objet, un mode de présence de l’objet on peut décomposer ce mouvement de la mère manière que Freud « analyse » (1909) une mimique hystérique dans laquelle il décompose la pantomime à laquelle s’adonne sa patiente en une représentation de la gestuelle d’une femme qui tente de transmettre l’expérience d’un viol. Une partie du corps de la femme, la partie droite, la main et le bras droit par exemple, « montre » le geste d’un homme qui tente d’arracher ses vêtements, ( une partie est arrachée) tandis qu’une autre partie du corps tente de retenir les vêtements, (une partie est conservée, protégée) la partie gauche qui représente la femme cherchant à se défendre par exemple.

Si l’on applique ce type de décomposition à la stéréotypie évoquée plus haut, on peut reconstruire un élan du bébé vers sa mère, la main s’éloigne vers la mère, un objet s’éloigne, mais qui ne rencontre pas l’objet, par exemple absent, non disponible, ou fuyant, et rebrousse chemin en route. Le signifiant formel se trouve alors inscrit au sein d’une scène qui raconte un moment d’interaction, qui « symbolise » l’histoire de l’échec de la rencontre avec l’objet maternel.

Voici pour cela une séquence clinique tirée de la cure de psychanalyse d’un homme qui présente un trouble identitaire important et qui permet de prolonger ces premières remarques.

Mr M vient me voir à la suite de la déception de constater que le symptôme qui l’avait conduit vers l’analyse voici près de 50 ans était toujours présent et n’avait pas évolué malgré de nombreuses cures de psychothérapie et psychanalyse. Il avait consulté à l’origine en proie à des difficultés scolaires d’inhibition et de blocage dans toute situation de type « examen ». Sa pensée se bloque, il n’est plus capable alors de se concentrer, ni de faire valoir tout ce qu’il sait. Dans sa vie professionnelle il a « contourné » l’obstacle des études en devenant « inventeur » et en montant sa propre entreprise spécialisée dans tous les systèmes de connexion et de jointure. Il a vendu son entreprise et au moment de sa prise de retraite, fortune faite, il décide de voyager, d’apprendre l’Italien et c’est là, pendant les cours, qu’il « découvre » que le symptôme de départ est toujours présent.

Il vient me voir « en dernier recours » et après avoir lu mes livres (il lit beaucoup de psychanalyse). Pendant les premiers entretiens apparaît qu’il est « hors sujet », formule venue pour dire sa peur de ne pas me dire ce qu’il faut et que j’ai repris, au sens fort d’une difficulté majeure à être sujet, le « devenir sujet » apparaissant alors comme l’enjeu central de la cure.

Les traitements psy ayant été nombreux et peu fructueux à ce qu’il m’a dit, je lui ai d’abord proposé « un traitement à l’essai » de quelques mois en face à face, pour explorer ma possibilité de lui apporter quelque chose. Puis au bout de deux mois après avoir fait le point avec lui et au constat, qu’à la différence des traitements antérieurs, « ici ça marche », nous engageons une cure d’une puis deux puis trois et quatre séances par semaine au fur et à mesure que j’ai des horaires qui se libèrent.

Il apparaît très vite comme d’une grande intelligence, très inventif, les séances et son associativité sont accompagnées d’une certaine hypomanie, il parle très vite, fait beaucoup de « coq à l’âne », part souvent (et me « noie ») dans de minutieuses et interminables descriptions des problèmes de « jonction » sur lesquels il s’est spécialisé, des machines nécessaires pour faires ces jointures, de sa stratégie de « récup » pour pas payer cher ni le matériau nécessaire ni les machines-outils dont il a besoin. Il a consacré sa vie à inventer des moyens de « faire tenir ensemble » des objets, des objets de toute sorte et au moindre coût. (Je mettrais du temps à comprendre que ces évocations représentent « sa solution » au caractère rigide de son environnement premier et aux ruptures de lien qui ont égrenées son histoire précoce) mais aussi aux opérations de mantèlement nécessaire pour « mettre ensemble = symboliser le lien ou la liaison».

Pendant tout un temps de la cure, en face à face, il a parlé « dans le vide », persuadé que je ne comprenais rien, voire que je n’écoutais pas, en congruence avec le courant de son expérience relationnelle historique marquée par un sentiment d’échec de la rencontre avec l’autre. Il a l’impression de me « perdre » au sein de son flot associatif, d’être « hors sujet », ce qui se laisse alors entendre en lien avec un certain mode de fonctionnement « en faux self ».

Comme il fait l’expérience répétée pendant des mois de mon effort pour ajuster mon écoute à sa quête associative, petit à petit cette impression se modifie, il commence à avoir le sentiment de ma présence et d’une rencontre avec moi pendant les séances.

Voici une séquence au retour de vacances où le travail des signifiants formels et le travail avec les signifiants formels sont rendus sensibles par le processus analytique.

Il commence la séance en évoquant la représentation d’un bébé dans son berceau qui entend sa mère venir voir s’il dort, sans se montrer, en restant à l’arrière du berceau, le bébé qui ne dort pas se tord dans tous les sens pour essayer de la voir (il mime la scène).

Puis, après un temps, « Il a fait des rêves qui montrent qu’il va mieux ».

Rêve1. Il y a deux moitiés qui se rejoignent. (premier signifiant formel). Il commente : « d’habitude ça ne se rejoint pas chez lui ». « Ça c’est bien, ça montre qu’il va mieux, d’ailleurs il le sent bien et c’est pour ça qu’il veut continuer. Ça s’éclaircit en lui. Au fond de lui c’est comme un marais aux eaux qui stagnent avec des bulles de méthane coincées au fond. Là les bulles se décoincent et elles éclatent à la surface et ça soulage (autre signifiant formel : une bulle remonte à la surface et éclate), ça n’est pas agréable mais ça soulage, c’est agréable que ça soulage. Ses intestins vont mieux aussi, là aussi les gaz (il rit d’un rire gras), les gaz pfuit … (il mime en touchant son ventre, en se prenant le ventre avec les deux mains). Non ça va mieux les gaz sortent ça fait moins mal ça soulage ».

Il a fait un autre rêve.

Rêve 2. « Il y a comme une luge, deux parties s’emboîtent ( autre signifiant formel) et ça fait comme une luge, il monte sur la luge et glisse. Mais au bout d’un certain temps, il arrête la luge et il peut remonter, revenir en arrière.

Là ça montre aussi qu’il va mieux autrement, avant, le bébé glisse (il montre qu’il glisse des bras) et ça ne s’arrête pas, jamais, là il a pu remonter, revenir en arrière, ça c’est un signe.

Divers signifiants formels sont présents dans cette séquence.

« Deux parties se rejoignent », du premier rêve, est un signifiant formel même si c’est un signifiant formel « positif » et qu’Anzieu a surtout décrit des signifiants formels qui accompagnent les mouvements pathologiques. C’est un signifiant formel de « symbolisation primaire », une forme rêvée de la rencontre, du « mettre ensemble » du sumbolon des grecs. Les processus de la symbolisation, comme nous l’avons évoqué plus haut, peuvent aussi être représentés sous forme de signifiants formels. Mais on notera ici que la scénarisation dans le rêve est minimum, il n’y a pas de sujet ni d’objet, seulement un mouvement une action. J’avais en tête pendant cette séance, qu’il s’agissait bien sûr d’une séance de retour après les vacances, et que d’une certaine façon le rêve mettait aussi en scène « notre retrouvaille » : « deux moitiés se rejoignent ».

Puis une impression corporelle est évoquée en association et traduite dans un autre signifiant formel : « une bulle remonte à la surface et éclate ». Il est repris dans l’onomatopée « pfuit » qui met en scène dans le langage verbal le mouvement de l’impression corporelle. C’est un signifiant formel « d’abréaction », de décharge, lié à l’éprouvé de satisfaction, mais aussi la mise en forme d’un retour d’expériences subjectives « coincées » dans les fonds de la psyché et qui remontent à la surface psychique dans un processus auto-représentatif du processus psychique de « retour du refoulé ou du clivé » et qui viennent « se mêler à la conversation » (Freud 1994) et complexifier progressivement le travail de construction psychique en cours. Ce qui va être plus manifeste dans le second rêve.

Dans le second rêve deux signifiants formels sont présents, il y a « deux planches s’assemblent » qui est de même forme que celui du premier rêve, et « ça glisse ». Mais le rêve combine les deux signifiants formels, ajoute un sujet, et la présence d’un sujet rend possible un contrôle de la « glisse » du signifiant formel et du processus qu’il met en forme, la construction et la complexification psychique se poursuit.

Le premier rêve et le premier signifiant formel, le premier processus formel, appelle un travail de scénarisation pour faire apparaître qu’il « raconte » qu’une rencontre, fruit du travail accompli avec moi pendant les mois qui ont précédé le rêve, est maintenant possible. En introduisant, selon la méthode de construction proposée plus haut, sujet et objet, j’aurais pu dire si j’en avais senti le besoin : « maintenant vous pouvez me rencontrer et nous pouvons nous rejoindre et nous retrouver au retour des vacances ». J’aurais pu « scénariser » le signifiant formel, le contextualiser et ainsi l’inscrire au sein d’une représentation, d’un scénario, de « retrouvailles possibles après l’absence ». Mais je n’ai pas senti le besoin d’une telle intervention, et d’ailleurs je n’en aurais pas eu le temps si j’en avais senti le besoin, car arrive aussitôt le second rêve qui complexifie la scène.

Le second rêve reprend la réunion des deux parties, mais construit, à l’aide d’un autre signifiant formel, une scène plus complexe où le sujet apparaît. « Ça glisse » met en scène une menace de chute interminable (« avant ça ne s’arrêtait pas »), chute liée à la séparation, au vécu d’abandon, de laisser tomber, ou plus exactement de laisser glisser, selon un schème fréquent chez lui, mais arrêtée en route par le fait qu’un sujet « prend les commandes », s’accroche, et cesse de « laisser glisser » contrairement à ce qui se produisait habituellement. Un processus réflexif émerge alors et forme une boucle de retour, de reprise.

Reprenons la suite de la séquence.

« Il y a aussi un autre rêve mais là il sait pas comment l’interpréter.

Il faut arriver à relier ensemble des fils torsadés mais coupés (il mime la torsade du fil et montre que les torsades du premier sont décalées par rapport à celles de l’autre moitié du fils, décalé d’un quart), il accepte d’essayer de le faire. (Je suspecte un autre signifiant formel mais je ne comprends pas lequel).

Il fait alors les commentaires suivants : « on peut pas relier des fils comme ça (il montre le décalage d’un quart avec les mains à plat) à cause de la torsade (il montre la torsade avec un geste des mains) il faut relier brin par brin. Il faut enlever la torsade, aplatir (il montre tout cela du geste, il « enlève » la torsade, « aplatît » le fil et mime la superposition des deux fils aplatis qu’il juxtapose »). On peut pas les relier en tout cas de manière rentable, ça coute trop cher, pour mon atelier-taudis de l’époque », (et il part dans des explications techniques complexes sur les outils, les machines nécessaires, cela dure pas mal de temps et je suis un peu perdu).

Je pense à la torsade qu’il me montre et je fais le lien avec ce qu’il m’a montré du bébé au début de la séance où il avait mimé un bébé dans son berceau qui se tord pour essayer d’apercevoir sa mère rentrée subrepticement dans la pièce par derrière. Je lui dis alors (avec un certain mime aussi) que les bébés se tournent vers la source d’investissement. Comme les tournesols qui suivent le soleil. Alors ils peuvent se tordre pour rester en contact avec la mère, faire une torsade. Mais le lien est difficile quand la torsion est trop grande et ça peut rompre. (Donc je tente de déplier le signifiant formel en faisant apparaître un sujet et la réponse de l’objet). Ici le signifiant formel impliqué serait alors moins celui de la rencontre que celui de la rupture, de la « casse » (« ça se tord et ça casse »), il est implicite à sa description et c’est moi qui l’introduit comme expérience historique en le contextualisant et le scénarisant. On peut aussi souligner que le processus de remise en lien – le défi du rêve – ne peut s’effectuer que « brin par brin », partie par partie. Ce qui annonce aussi ce qu’il met « au programme » des séances à venir après le retour des vacances. Si « ça s’est rejoint » ça ne se rejoint que partiellement et le travail n’est pas terminé.

L’intérêt d’une telle séquence est qu’elle permet d’articuler les signifiants formels et le travail du rêve, qu’elle permet d’inscrire l’exploration clinique des signifiants formels au sein d’un travail psychanalytique plus traditionnel et déjà bien balisé.

Dans l’exemple que je viens de donner le point de départ est l’émergence d’un signifiant formel et le travail du rêve ou, à défaut le travail du clinicien, va être de construire une scène autour du signifiant formel, mettant en rapport un sujet et un objet au sein d’un contexte, et susceptible de s’inscrire dans une forme narrative adressée et signifiante.

Il est parfois nécessaire d’effectuer le travail inverse et d’extraire au sein d’une chaîne associative le signifiant formel qui l’organise en sous main. Je me souviens d’un texte dans lequel S.Leclaire met en évidence chez son patient la présence de ce qu’il appelle « la lettre », sous la forme du signifiant verbal « pordjelli » qu’il retrouve dans diverses chaînes associatives de son patient. Dans la cure d’une jeune femme, et au sein d’une conjoncture transférentielle marquée par un vécu de déception répétée dans diverses situations de « main tendue » vers l’autre, sans réponse satisfaisante, c’est l’émergence du processus formel « une main se tend vers un objet qui se retire » qui apparu comme la meilleure mise en forme de la séquence clinique engagée.

Je reprends le fil rouge de la cure de Mr M évoquée plus haut, pour explorer un autre aspect de la symbolisation primaire. La présentation des séances du début de l’année, a portée sur une écoute de la symbolisation primaire à l’œuvre en particulier à partir des signifiants formels apparaissant dans les rêves et associations du patient

Je présenterais maintenant un autre matériel clinique centré cette fois sur un autre aspect de la symbolisation primaire : une forme singulière du médium malléable considéré comme la représentation-chose (donc une forme de symbolisation primaire) du processus de symbolisation. Pour bien permettre de comprendre le type de travail effectué et l’articulation de la prise en compte de la symbolisation primaire et son articulation avec le travail psychanalytique plus classique je suis obligé de contextualiser la séquence clinique que je souhaite évoquer.

Les dernières séances avant celles que je vais évoquer ont été marquées par de nombreuses associations du patient sur sa manière de se nourrir et en particulier le fait qu’il mange beaucoup et qu’il se sent toujours obligé de tout finir quitte à s’en rendre malade et mettre beaucoup de temps pour digérer : en particulier il mange des salades entières d’une forme de chicorée « amère » très forte et qu’il trouve chez un agriculteur qui lui « réserve ».

Ces habitudes alimentaires ont été mises progressivement en lien avec les repas « amers » de son enfance et l’attitude de son père. Celui-ci était souvent un peu éméché et piquait d’importantes colères à table, parfois contre la nourriture (trop chiche car la mère tentait de faire des économies du fait qu’une partie importante de la paye du père – ingénieur- passait dans l’achat de son matériel privé pour son atelier d’inventeur) mais aussi contre les Allemands (contexte infantile de la dernière guerre mondiale) voire contre plus ou moins tout le monde y compris les enfants qui sont à table. Reproches contre les enfants sans contenus précis (car ils sont de toute façon terrorisés par leur père, voire par leur mère et qu’ils n’ont pas la parole à table) « à la cantonade », reproches « planant » au dessus de leurs têtes.

Dans ce contexte, l’attitude du patient était globalement une forme d’évitement, il se concentrait sur la nourriture et mangeait, mangeait beaucoup, finissait les plats en tentant ainsi de se détourner de la scène des violences verbales paternelles qui se déroulaient à table. Forme de tentative désespérée pour métaboliser « l’amère » de la situation, pour tenter de la digérer fut-ce au détriment de son appareil digestif.

La question des colères du père et de son attitude en réaction a donc été au centre des dernières séances. Voici le verbatim des séances.

« Il a repensé à ce qui a été dit en séance par rapport aux colères de son père, il est d’accord il a plein de souvenirs des colères de son père qui lui sont revenus, toujours à table …

Il a aussi pensé à de nombreux liens entre ce qu’il fait ou a fait et ce que faisait son père, dans les activités professionnelles, il allait dans son atelier, il n’avait pas le droit de faire, mais il regardait son père faire ses expériences (le père aussi tentait d’inventer des systèmes techniques).

Progressivement au cours de la séance il se met en colère contre lui-même pour les diverses inventions qu’il s’est fait voler : il évoque en détail une invention d’un système de blocage pour des tuyaux de gaz ( cf. les problèmes digestifs évoqués plus haut !). Il suffisait d’une torsion du tuyau pour qu’il se bloque, mais aussi pour le débloquer (il explique tout ça en détail et en particulier comment il n’avait pas pensé à souligner dans le brevet déposé, qu’il ne pouvait pas y avoir de torsion sur plusieurs mètres – (je ne comprends pas tout car il mêle à ses explications des invectives contre lui, des gestes, passe très vite d’une idée à une autre, je suis pris par des associations sur la torsion et le tuyau-boyau en lien avec ses problèmes de digestion).

Mais surtout il est en colère contre lui à cause d’une nouvelle qu’il vient d’apprendre concernant un brevet qu’il a déposé voici dix huit mois (avant donc le début de la reprise d’analyse avec moi). Là encore il rentre dans des explications compliquées dans lesquelles je finis par comprendre qu’il a rendu un brevet incomplet, en particulier il n’a pas fait valoir que le système qu’il a inventé possède la propriété de se replier (double système de tréfilage et de torronnage  d’après ce que je comprends) et de ce qui permet de s’en servir pour le cerclage.

Il a fait valoir le faible poids du produit qu’il a inventé (plus de cinq fois moins lourd, les qualités de résistances de celui-ci etc.). Mais toutes ces qualités n’ont de sens que parce qu’on peut le replier et s’en servir pour cercler des tuyaux et faire tenir des pièces entre elles. Il avait écris cela au crayon mais il a oublié de l’inscrire dans la forme définitive. Je donne ces détails volontairement pour faire sentir le climat particulier des séances et comment le matériel « primaire » vient dans le contexte, toujours mêlé à du matériel plutôt plus habituel, par exemple ici le lien avec l’interdit paternel d’aller dans l’atelier.

Les agents suisses du service des brevets lui ont fait remarquer cet oubli et ont posé plein de questions. Son avocat lui a dit qu’il fallait refaire un brevet (il m’explique pourquoi la nécessité d’un avocat pour ce genre d’affaire) mais ça coûtait 2700 euros et lui s’est dit que les réponses aux questions suffiraient, pour faire des économies, l’avocat lui avait bien dit, mais il n’a pas écouté. Ce qui compte c’est ce qu’il y a dans la rédaction du brevet, et le sien, sans les précisions, est déclaré « non pertinent » et donc il a été publié et tout le monde peut en profiter, et il suffit que quelqu’un pense à le replier pour que son invention lui soit volée.

La question de sa créativité est donc au centre de la séance et avec elle comment le « trouvé- inscrit » exproprie le « créé-inventé ».

Il est dans une très violente colère contre lui-même, se demande pourquoi il s’acharne sur cette invention qu’il a fait voilà au moins 20 ans. J’éprouve le besoin sans trop savoir pourquoi de « sauver » son invention. J’explore la manière dont il peut sauver les choses, comme le brevet n’a été publié que depuis trois semaines et qu’il a la possibilité de déposer un nouveau brevet dès demain (c’est la date de dépôt qui fait autorité) il lui suffit d’envoyer la version corrigée de son brevet pour qu’il récupère le coup. Il se met en colère contre moi, « pour quelqu’un comme vous c’est possible mais moi le branquignole … » et la colère se retourne de nouveau contre lui.

  1. Vous êtes en colère contre vous comme votre père pouvait l’être.

Mon intervention le calme en partie. Il reprend le fait qu’il avait écrit au crayon la partie qui concernait le fait qu’on pouvait replier le type de produit métallique (acier inox tréfilé et toronné) qu’il avait conçu. Pourquoi il a oublié cela ?

RR Vous avez parlé des colères de votre père au début de la séance, vous semblez être en colère contre vous comme il était en colère contre vous, peut être parce que cette question de se plier était difficile pour vous, face aux colères de votre père vous deviez aussi vous plier, mais en même temps vous deviez avoir une envie de révolte en vous.

« Alors ça c’est génial … oui ça doit être ça, c’est ça … lui il s’est toujours plié, plié à tout, oui la révolte ça doit être ça ».

La séance est terminée, en sortant il me dit sur le pas de la porte « Lacan aurait dit : ça fait mille euros ». (Allusion au fait que, selon lui Lacan faisait payer un prix différent selon la qualité de la séance).

En sortant de la séance, je me demande pourquoi je tenais tant à protéger son invention. Il me revient à la pensée que pendant qu’il expliquait son invention je regardais ses mains et je me suis dit qu’il jouait, que c’était son jeu ses inventions et les modifications qu’il faisait subir au métal pour le rendre pliable.

Et j’ai alors compris, donc après la séance, ce que je n’avais pas encore pu me dire mais qui était sous jacent à mon désir de sauver son invention, pas simplement son jeu, mais la capacité qu’il avait eu de transformer un environnement rigide en environnement « pliable » c’est à dire « malléable ». Faire subir à un objet les pliures qu’il avait dû lui même subir et ainsi en triompher, transformer un environnement premier rigide et non utilisable en un environnement malléable et utilisable pour construire du lien.

Du même coup s’éclaire aussi la fonction « oubliée » de cette invention : maintenir le lien, et le lien avec son père « rigide » (éducation à coup de « il faut » « on ne doit pas «  etc.) c’est-à-dire aussi avec un aspect de la fonction symbolisante (cf. le début de séance et ses remarques sur les nombreux liens qu’il a fait entre ses activités et celles de son père).

Et enfin j’ai eu idée que ses évocations répétées et nombreuses à ses inventions représentaient « sa solution » historique et qu’il transférait ainsi celle-ci dans les séances d’analyse pour que sa « solution » soit reconnue mais aussi dépassée par une autre « solution » ce que la suite des séances confirma assez largement.

J’ai repris un peu en détail cette séquence pour faire sentir l’intérêt d’entendre un matériel clinique, autrement quasi inaudible d’un point de vue psychanalytique, à partir de la question de la symbolisation primaire en jeu dans le cours de la séance. Les premières séquences cliniques que j’ai commencé par évoquer portaient sur l’émergence des signifiants formels dans les séances et dans les rêves, elle porte sur le travail de construction progressif des scénarii représentatifs à partir d’une représentation d’action ou de mouvement « sans sujet ni objet » progressivement entendue comme une forme narrative de « schèmes d’être avec » (D.Stern 1985) comme la manière dont le sujet raconte son expérience de rencontre primaire avec l’objet.

La seconde séquence est plus centrée sur un aspect des formes primaires de symbolisation celui de la transformation, de la transformation par le jeu sensori-moteur. C’est là une autre face du processus de symbolisation primaire qui n’est plus seulement centré sur une forme proto narrative de l’histoire écoulée mais sur la transformation de la donne historique en une forme utilisable par le sujet pour « devenir sujet » et s’approprier son histoire propre. Entre les deux nous avons souligné aussi l’importance dans les formes primaires de symbolisation d’une autoreprésentation des processus psychiques et en particulier des processus psychiques de transformation, ce qui confère son caractère essentiel à l’hypothèse de Freud concernant le sens de l’animisme premier. À ce niveau il est probable que symbolisation primaire et processus de subjectivation vont de paires et sont essentiel au processus de « devenir sujet » du petit enfant puis de tout sujet par la suite.

Je soutiens depuis 1983 (repris en 1991) que la symbolisation et les processus de transformations psychiques qu’elle suppose reposent sur la représentation-chose d’un objet Médium Malléable, dérivée de la rencontre avec un environnement maternel suffisamment adaptable et transformable pour s’ajuster aux besoins psychiques du nouveau-né. Quand l’environnement premier se montre rigide, peu adaptable, qu’il tend plutôt à plier le bébé à ses impératifs propres plutôt que de s’adapter à ses besoins, donc quand la relation première tend à inverser les données nécessaires, la symbolisation primaire est en difficulté. L’effort du sujet, pour « devenir sujet », va donc être de tenter « à tout prix » de rendre « malléable » cet environnement rigide. C’est ce que, par exemple, le travail de sculpture rend manifeste : partir d’une matière dure et la transformer jusqu’à ce qu’elle puisse accueillir une représentation. Mais c’est surement aussi un enjeu repérable dans diverses formes de bricolage utilisant des matières solides et rigides pour s’accomplir. Dans tout travail créateur on doit pouvoir repérer ce processus à l’œuvre, peut-être même qu’il signale ce qui caractérise le travail créateur qui se heurte toujours, quand il est consistant, à une forme de résistance de la matière à transformer. Un pont doit donc pouvoir être établi aussi entre le travail de symbolisation primaire et la question de la créativité et de la création.

Pour conclure sur ce point je soulignerais que la symbolisation primaire est le processus qui fait passer de « la matière première » de l’expérience, la trace mnésique perceptive – la motion pulsionnelle, ou encore le représentant psychique de la pulsion selon Freud – qui porte la trace sensori motrice de l’impact de la rencontre du sujet avec un objet encore mal différencié, mal identifié, qui mêle part du sujet et part de l’objet, à une possibilité de scénarisation susceptible de « devenir langage », susceptible d’être narrée à un autre sujet, d’être ainsi partagée et reconnue par un autre sujet pour devenir ainsi intégrable dans la subjectivité. Mais un tel processus s’il peut au bout d’un certain temps devenir autonome ne peut s’accomplir dans les premiers temps que s’il y a un « déjà-sujet » là pour partager et reconnaître le processus en cours. Mr M a dû compulsivement tenter de modifier l’environnement rigide de ses débuts, dans la méconnaissance des enjeux de cette « passion » de sa vie, jusqu’à ce que l’analyse le place en position de pouvoir s’approprier plus pleinement le sens de ce qui a représenté la grande aventure de sa vie.

La symbolisation secondaire.

Autrement dit, et dans le devenir intégratif «naturel», ou du moins suffisamment maturationnel, les expériences précédant l’apparition de l’appareil de langage, sont au moins en partie reprises dans l’univers langagier et ceci de trois manières possibles.

a).D’abord par liaison des traces mnésiques et représentation de chose avec les représentations de mots plus tard acquises. L’expérience subjective est nommée après-coup, les sensations et affects qui la composent sont nommés, analysés, réfléchis, « détails par détails », du fait leur liaison secondaire dans les formes linguistiques. L’apparition du langage verbal et la liaison verbale qu’il rend possible, transforment le rapport que le sujet entretient avec ses affects comme avec ses mimiques, sa gestuelle, sa posture et ses actes etc. La liaison verbale permet de contenir et de transformer les réseaux affectifs et ceux des représentations de choses, c’est alors dans la chaîne associative elle-même qu’il faut en repérer l’impact. Les expressions mimo-gesto-tonico-posturales peuvent alors accompagner les narrations verbales, elles donnent du corps ou de l’expressivité là où le sujet craint qu’elles soient insuffisantes, ou que les mots ne parviennent pas à transmettre le « tout » de la chose vécue. Les enfants et les adolescents sont coutumiers de cette expressivité corporelle d’accompagnement, souvent centrale chez eux, mais elle ne disparaît jamais complètement de l’expression adulte. Dans les formes plus élaborées encore, le jeu avec le langage ou les mots qui le composent, reprend, étaye et développe les jeux antérieurs avec les choses, le registre mimo-gesto-tonico-postural ou les affects.

b).Par transfert dans les aspects non-verbaux de l’appareil de langage ensuite, c’est-à-dire dans la prosodie (intensité, ton, rythme, grain de voix, timbre de celle-ci etc.). Par exemple la voix « dit » l’effondrement vécu en s’effondrant elle-même, son rythme d’énonciation se désagrège, son intensité tente de rendre les variations d’intensité de l’éprouver… L’éprouver, en se transférant dans l’appareil de langage verbal, affecte celui-ci dans les aspects les plus « économiques » de son fonctionnement.

c).Et enfin, après l’adolescence, par transfert dans le style même du langage utilisé, dans la pragmatique que celui-ci confère aux énoncés et qui permet que, entre les mots, dans leur agencement même, les choses se transmettent et soient communiquées. Par exemple, le style de Proust, et en particulier son maniement de la ponctuation, transmet au lecteur un essoufflement « asthmatique », sans que rien, ou presque, ne trahisse cet éprouver dans le contenu du texte même, en toute inconscience en somme. C’est alors au lecteur d’éprouver ce que le sujet ne dit pas qu’il éprouve, mais qu’il transmet « à travers » son style verbal. En voici un exemple à lire à voix haute pour en sentir l’effet asthmatisant.

«Quand je pense maintenant que mon ami était venu, à notre retour de Balbec, habiter à Paris sous le même toit que moi, qu’elle avait renoncé à l’idée d’aller faire une croisière, qu’elle avait sa chambre à vingt pas de la mienne, au bout du couloir, dans le cabinet à tapisserie de mon père, et que chaque soir, fort tard, avant de me quitter, elle glissait dans ma bouche sa langue, comme pain quotidien, comme un aliment nourrissant et ayant le caractère presque sacré de toute chair à qui les souffrances que nous avons endurées à cause d’elle ont fini par conférer une suite de douceur morale, ce que j’évoque aussitôt par comparaison, ce n’est pas la nuit que le capitaine de Borodino me permit de passer au quartier par une faveur qui ne guérissait en somme qu’un malaise éphémère, mais celle où mon père envoya maman dormir dans le petit lit à côté du mien». (M. Proust, A la recherche du temps perdu, t. 3).

Un second exemple mettra plus encore en évidence l’action rhétorique du style et de l’impossible métaphorisation d’un vécu d’intrusion. Céline s’était proposé, dans la mesure où l’art de l’image visuelle, de la description, était rendu caduque par le développement du cinéma, d’essayer de transmettre l’émotion crue, directement dans l’appareil de langage. Il y a chez lui comme chez beaucoup d’écrivains de talent, une théorie de l’écriture littéraire, une théorie raisonnée de leur rhétorique.

« Le fait que vous me trouviez styliste me fait plaisir — je suis cela avant tout — point penseur ni grand écrivain mais styliste je crois l’être — mon grand-père était professeur de rhétorique au Havre — je tiens de lui cette adresse dans le « rendu » émotif (…), je suis bien l’émotion avec les mots je ne lui laisse pas le temps de s’habiller en phrases… je la saisis toute crue ou plutôt toute poétique».

Cependant, quelque conscient de lui-même qu’il puisse être, quelque théorisées que ses organisateurs le soient, le texte de Céline comme n’importe quel texte, contient un ombilic, une bouche d’ombre, un inconscient transmis.

Ce que Céline ne paraît pas pouvoir reconnaître — et nous verrons pourquoi — c’est qu’il agit sur le lecteur, par retournement, un mode de transmission auquel il fut sans doute confronté, transmission d’éléments crus, non-digérés, non-métaphorisés par le psychisme maternel qu’il n’a pu transitionnaliser et qu’il ne subjective a minima qu’en effectuant lui-même un « rendu ». Voici la scène dont il se pourrait qu’elle soit prototypique du corps à corps de la stylistique célinienne, la scène est tirée de Mort à crédit, elle se passe en bateau ; la mer est agitée, la mère aussi.

«Elle se retourne alors toute la tête d’un seul coup dans le sens du vent. Tout le mironton qui lui glougloutait dans la trappe elle me le refile en plein cassis… j’en prends plein les dents, des haricots, de la tomate… moi j’avais plus rien à vomir… M’en revoilà précisément… je goûte un peu… la tripe remonte… on se dégueule alors l’un dans l’autre… Mon bon papa, son mari ils essayent de nous séparer… ils tirent chacun par un bout… ils comprendront jamais les choses».

L’indigéré de la femme-mère se transmet directement dans la bouche de l’enfant, à travers lui, s’agit en lui ; à la barbe du père et de sa fonction médiatrice et symboligène. La « rhétorique » maternelle le pénètre morceau par morceau, fragment par fragment ; l’envahit. A son tour ensuite il devra trouver les moyens de se sortir de l’emprise de cette altérité implantée en son centre, de ses affects trop crus, trop peu digérés pour être symbolisés. L’analyse du style célinien fait ressortir les processus par lesquels il cherche à s’en déprendre en le retournant à son lecteur ; fragmentation, démembrement, anacoluthe. Comme dans cet extrait de Rigodon :

« J‘ai droit à quelques souvenirs, ils me viennent comme cheveux sur la soupe… Oh tant pi ! patati ! Verdun, je veux dire octobre 14, le ravitaillement du 12°… j’en étais avec mon fourgon… le régiment dans la Wœvre… je vois encore le pont-levis de Verdun debout sur les étriers, j’envoyais le mot de passe… le pont-levis grinçait, s’abaissait, la garde, les douze hommes sortaient vérifier les fourgons un par un… l’armée était alors sérieuse, la preuve, elle a gagné la guerre… Nous entrons donc dans Verdun au pas, chercher nos boules et sac de «singe»… on ne savait pas encore le reste !… si l’on savait ce qui nous attend on bougerait plus, on demanderait ni pont-levis, ni poste… pas savoir est la force de l’homme et des animaux…».

Ce voyage à travers les fragments de souvenirs est aussi un voyage à travers les topiques internes (le pont-levis… les vérifications… le mot de « passe »…) au moment où le clivage et le contre-investissement qui l’accompagne est susceptible d’être levé (chercher le « sac de singe »). La structure même de l’énonciation reproduit par « rendu », par retournement passif/actif, les conditions de l’intériorisation incorporative, de l’implantation non-subjectivée de l’histoire d’un autre (d’une autre) en soi. Au moment où se lève le clivage, le reste de ce qui n’a pas été subjectivé fait retour (« ils me reviennent comme cheveux sur la soupe »), il traverse l’appareil de langage, s’agit dans le texte, agit sur le lecteur, l’auditeur, se décharge ainsi en tenant l’autre sous l’emprise du non-symbolisé, il traverse l’autre tout autant qu’il en est traversé lui-même.

Le style traduit alors l’impossible suspens par la transitionnalité, le « rendu » s’engouffre dans l’appareil de langage sans autre forme de procès ; celui-ci ne pouvant plus, dès lors, que porter dans sa structure même la marque de ce qui l’assaille du dedans, perceptivement. Ce n’est qu’à la limite et presque par abus que l’on peut encore parler ici de secondarisation, de symbolisation secondaire. Certes, la position topique de l’énonciation est bien le système secondaire mais manquent la plupart des caractéristiques structurelles de la secondarité, la cohérence, la continuité, le suivi logique, etc.

La capacité à transférer dans le style de l’énonciation la richesse des éprouvers n’est cependant pas donnée à tout le monde également et en tout cas pas avant la réorganisation de la subjectivité de l’adolescence. Les enfants n’ont pas encore de véritable style verbal.

On pourrait ainsi, à la seule écoute des chaînes associatives verbales, retracer l’histoire de la manière dont certaines expériences subjectives précoces ont été ressaisies dans l’appareil de langage. Quand la reprise intégrative est suffisante, les trois registres de l’appareil de langage que je viens d’évoquer se conjuguent pour ressaisir les expériences subjectives précoces et leur donner un certain statut représentatif secondaire, pour symboliser secondairement l’expérience primitive.

Ces différentes formes de transfert de l’expérience subjective primitive dans l’appareil de langage n’empêchent pas mimiques, gestuelles, postures corporelles, d’accompagner l’expression verbale. C’est sur les trois registres d’expression de la vie pulsionnelle et de la vie psychique que le sujet exprime celles-ci. Il parle avec les représentant-mots, transmet par sa gestuelle, sa mimique, ses postures, ses actes, les représentations de choses et « représentactions » qui le meuvent, exprime par tout son corps la présence les représentants-affects qui accompagnent les autres formes d’expressivité. La domination du langage verbal dans expression de soi ne doit pas faire oublier à quel point elle est accompagnée d’une expressivité corporelle sans laquelle elle ne remplit que fort mal son office. Une expression verbale coupée de tout affect et de toute expressivité corporelle laisse un effet de malaise chez l’interlocuteur, rend difficile l’empathie, laisse transparaître comment le sujet est clivé de l’enfant qu’il fut et du fond de l’expérience affective humaine. Les formes de langages premiers, langage de l’affect et langage de l’expression mimo-gesto-posturale, témoins des premiers temps de la vie psychique, premières tentatives d’échanges et de communication, se maintiennent toute la vie et restent nécessaires à l’expressivité, et ceci même quand le langage verbal a assuré sa domination sur les formes de l’expression.

Et voici, pour terminer un schéma qui tente de donner une représentation visuelle du trajet du processus de symbolisation au sein de la topique psychique.

[1] Cf. R.Roussillon, (2012), Fonctions des métaphores biologiques dans Au delà du principe du plaisir : L’impasse du narcissisme et l’ouverture sur l’objet autre-sujet. Le fait de l’analyse.

[2] La cure de psychanalyse tend à structurer une situation de ce type, c’est du moins ce que l’on veut croire à l’époque, en 1921, mais c’est le champ du cygne, car très vite la question de la télépathie (1924) et du rêve de complaisance (1923) vont battre en crèche ce dernier bastion de résistance.

[3] John Locke (1689) Essai sur l’entendement humain, Livres III-IV et textes annexes, Vrin, « Bibliothèque des Textes Philosophiques – Poche », 2006.

[4] G.Leibniz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain (1703, 1re édition en 1765).

[5] S.Freud (1913), « Totem et tabou« , trad. M. Weber, Paris, Gallimard, 1993.

[6] Cf. R.Roussillon, 2004. La dépendance primitive et l’homosexualité primaire « en double », Revue Française de Psychanalyse, L XVIII, N°2, 421-439. PUF.

“LO ORIGINARIO Y LA TRANSICIONALIDAD”

SEMINARIO 2009-2a. Cap.1

“LO ORIGINARIO Y LA TRANSICIONALIDAD”   ( Capítulo I )

Libro: “EL PLACER Y LA REPETICIÓN”, de ROUSSILLON

Se ha podido reprochar al concepto de transicionalidad el de no ser un concepto metapsicológico y el de no encontrar su pertenencia más que en una perspectiva fenomenológica. Es cierto que el estilo propio del pensamiento de Winnicott, apenas sugiere de entrada la consideración de sus enunciados desde una estricta Metasicología freudiana.

Apenas utiliza las categorías de la Metasicología aunque su insistencia sobre los procesos esta sin embargo muy marcada. La referencia a lo transicional tendría que ver con la representación de lo irrepresentado, del pensamiento de lo impensado.

Muchos psicoanalistas prefieren no utilizar este concepto que parece pertenecer a otro campo que el que se impone a partir del pensamiento Freudiano.

Tengo la tentación de hacer un trabajo de inscripción Metasicológica del concepto de transicionalidad sobretodo si queremos reducir los aspectos objetivantes de la Metasicología “Primera Tópica” en beneficio de la inflexión más subjetivante de la Metasicología “Segunda Tópica” .

La dificultad central de esta inscripción tiene que ver con que: lo transicional es el proceso de la Metasicología de los procesos que suspenden las categorías o parecen suspender las categorías. Su inscripción surge de la necesidad de disponer en el centro de la Metasicología de un concepto susceptible de permitir pensar en las transferencias y las mutaciones intra e intersistémicas, es decir, pensar en el trabajo psíquico no solo como un trabajo de duplicación sino como un trabajo de integración negativa, es decir de transformación, un trabajo de subjetivación.

 En otros términos si la Metasicología busca descubrir el estado de fuerzas en presencia en el aparato psíquico (punta de vista económico) su combinación (punto de vista dinámico) y su localización diferencial (punto de vista tópico), tiene también necesidad de poder dar cuenta de los procesos de mutación y de PESO, de la suspensión momentánea de sus categorías estructurales y de sus efectos en cuanto a la apropiación subjetiva de la realidad psíquica.

El proceso transicional es el proceso por el cual cada uno de los puntos de vista metasicologicos encuentra su punto umbilical y su punto de negatividad.

 En efecto, cuando Winnicott utiliza el proceso transicional tardíamente en “Juego y Realidad” (1971) no escribe su concepto en las categorías de la Metasicología.

En lo que concierne a la posición tópica del objeto transicional subraya que la cuestión de la pertenencia del objeto a la realidad exterior o a la realidad interior no tiene que plantearse. Más aun algo de la esencia del proceso que opera no existe y no se mantiene mas que si esta cuestión no se plantea en los hechos ; ¿esto no quiere decir que está inscribiendo el proceso transicional en una posición utópica o más bien atópica?, No solo, si se tiene en cuenta que la emergencia del objeto y de los procesos transicionales se efectúa después de la diferenciación con el objeto, es decir después de las primera formas de organización tópica (lo primaria, alucinatorio diferenciándose de las primeras formas de secundarización perceptiva ), entonces la emergencia de la transicionalidad aparece como la retoma “aprés coup” de las características del estado narcisita primario después de superarlo.

La tópica psíquica entonces instarauda encuentra la necesidad de su suspensión en una primera forma de simbolización del estado entonces perdido. La tópica no puede instaurarse en su función organizadora mas que si algo prefigura la superación de la oposición que la constituye. Será todo el juego del animismo infantil sobre el cual volveremos. Tópica y capacidad de suspensión tópica van a la par. La insistencia pertinente instalada estos últimos años sobre la importancia de la regresión formal en la cura ( que acompaña a la regresión tópica) tendría sin duda mas sentido de ser teorizada a partir del acceso a la capacidad de una suspensión tópica localizada.

Desde un punto de vista económico podemos estar sorprendidos por la afirmación de Winnicott según la cual no hay nada de pulsional en los procesos que surgen de la transicionalidad. ¿Cómo puede ser esto posible o bien, de donde vendría entonces el quantum de placer manifiesta en las actividades llamadas transicionales?. No hay nada en el psiquismo que no encuentre una fuente o energía en el juego de las formaciones – transformaciones pulsionales-; desde un punto de vista Metasicológico, una actividad separada de los movimientos pulsionales es impensable. No comprendo lo que quiere decir Winnicott mas que resituándolo en el contexto de los intercambios interanaliticos de la época lo que “sus cartas vivas” ponen claramente en evidencia. Es en relación a una concepción de la pulsión considerada como efractora y fuerza de desorganización que hay que comprender la afirmación de Winnicott. Dicho de otro modo en el proceso transicional, y por el tipo de ligazón específica que conlleva la transicionalidad, la pulsión no se da como efractora, disruptiva o factor de sobreexcitación, está en vía de introyección, de integración es egosintónica. Es precisamente cuando la excitación aparece como tal que subraya la insuficiencia de la ligazón transicional. Así lo que propongo a considerar, es que el proceso transicional parece suspender el punto de vista económico en la medida en que la fuerza no aparece como tal no está subjetivada, ligada. Más tarde volveremos sobre la afirmación de que el proceso primario no sea ligado.(……..)

Es necesario que ahora abordemos el aspecto dinámico de nuestra cuestión. No hay “una esfera libre de conflicto” como lo sostienen desde la psicología del yo. Aunque formalmente Winnicott parece que lo dice en algunas partes de su obra (por ejemplo lo que propone con respecto al núcleo de feminidad pura), la transicionalidad no está exenta de conflicto. Lo importante no es sin embargo que haya una conflictividad objetiva o no, hay siempre una conflictividad objetiva potencial, el todo, el conjunto, de pronto no es posible. El problema concierne al modo de tratamiento subjetivo de la conflictividad.

La categoría de lo transicional no es una categoría objetiva, designa un tipo de experiencia de apropiación subjetiva del funcionamiento psíquico. Objetivamente los puntos de vista económico, tópico, dinámico, no pueden ser suspendidos, no lo pueden ser mas que con una operación subjetiva, es decir en la realidad psíquica, la realidad de la cuestión de la apropiación subjetiva. Esto significa que incluso si existe un conflicto potencial o latente, el proceso transicional supone la existencia de un punto de integración suficientemente armónico de este conflicto como para suspender momentáneamente la tensión intrapsiquica: no es vivido subjetivamente como tal.

Mi objetivo debe empezar a precisarse para el lector. La dificultad de la Metasicología simplemente categórica es que adopta un déficit objetivante sobre el psiquismo, lo describe “de lo de fuera” y esto casi independientemente del estado de la percepción subjetiva del sujeto. Es por esto que esta posición Metasicológica se tropieza sobre el problema de la conciencia -del sistema percepción conciencia – sobre el problema de la toma de conciencia.

Es que nuestra práctica requiere tener en cuenta metasicologicamente el estado de la subjetividad, pero esto sin olvidar la pertinencia de una descripción objetiva. Nuestra práctica requiere una teoría de los procesos de apropiación subjetiva que el concepto de identificación, a pesar de sus variantes, no puede tratar integralmente. Si el aparato síquico es un aparato de transformación, hace falta también poder dar cuenta de la cuestión de la creatividad del trabajo psíquico, de la posibilidad del pensamiento metasicológico de la creatividad. (Considerada no como surgiendo de una creación efectiva sino más bien como una capacidad subjetiva) ningún aparato psíquico se puede sentir vivo sin la percepción de este proceso de creatividad que es esencial a la subjetivación. La Metasicología no puede olvidar este aspecto fundamental del trabajo psíquico.

La cuestión de esta creatividad no puede ser tomada de frente desde un punto de vista metasicológico, ya que concierne el proceso mismo de la vida, ombligo de la construcción del pensamiento, punto donde se para lo pensable. Es por lo que en la línea del conjunto de los trabajos recientes concernientes a la negatividad, parece indispensable incluir en la Metasicología un proceso que suspende las categorías y que al mismo tiempo funda la pertinencia. Una descripción clínica algo refinada en su pertinencia metapsicológica debe autorizar la simultaneidad de varias interpretaciones jugando en planos diferentes pero sin embargo potencialmente articulables y compatibles. Si no es así habría dejado pasar lo esencial de la vida psíquica del sujeto que consiste a ensamblar, es decir al acompañamiento de lo que se escapa de lado de su punto umbilical.

Así pues, si la existencia de tres puntos de vista metapsicologicos diferenciados los unos de los otros es una primera medida epistemológica para respetar la exigencia del objeto psíquico, no es suficiente, hay que dialectizar estos tres puntos de vista con la cuestión de su suspensión procesual.

El ombligo nos lleva naturalmente a la cuestión del origen del que partimos. Los procesos y formaciones transicionales son los procesos que deconstruyen la cuestión del origen, de tal forma, que se convierte en algo indecible. Es un modo de tratamiento de lo originario, estructurado de tal manera que la cuestión del origen es reencontrada y suspendida sin desconocimiento.

El fantasma originario de la escena primitiva en el cual el sujeto asiste a la escena de su propia concepción es una forma ejemplar. Diferencia de sexos y diferencias de generaciones deben ser reconocidas, el origen del sujeto está simultáneamente representado a partir de la pareja reunidos-separados de sus padres, al mismo tiempo que se convierte en algo indecidable – el sujeto está ya ahí, sexualidad infantil y sexualidad adulta están presentes sin primado organizativo pero en su dialéctica.

El origen es al mismo tiempo reconocido y suspendido. El sujeto es encontrado – creado. Nadie duda que esté aquí el motivo del rol fundamental de los fantasmas originales en el funcionamiento psíquico. Su elaboración a lo largo de la cura tiene el objetivo de hacer posible una representación de lo originario que abre la posibilidad de su propia superación, de su propia deconstrucción, es decir abre la posibilidad de una posible relación con lo desconocido que va a venir y que no sea de entrada una simple forma de la compulsión o de los automatismos de repetición. Pero estas formaciones “originarias” son formaciones secundarias, construcciones psíquicas complejas que suponen para su organización tiempos previos y experiencias subjetivas previas.

El concepto freudiano de narcisismo primario, en particular en su sentido “segunda tópica” supone un tipo de experiencia subjetiva primaria en la cual parte del otro-del entorno- y parte de sí mismo, dentro y fuera pues, no están claramente diferenciados. Este concepto implica un tiempo, histórico y estructural en el cual la diferencia sujeto-otro sujeto-objeto no es pertinente. Tiempo previo pues a la diferenciación y sin duda (Winnicott) necesario para que ésta se efectúe en buenas condiciones, es decir de forma no reactiva.

El conjunto de los trabajos sobre la primera infancia subraya que no hay que esperar que un niño antes de los dieciocho meses pueda representarse a sí mismo como diferente al otro, pueda identificarse consigo mismo.

Todo esto viene a confirmar la hipótesis de Freud de un estado narcisista primario de no diferenciación, o más precisamente de incapacidad diferenciadora, ya que si las hipótesis de los neurocientíficos se confirman, significa que el niño no tiene la capacidad de diferenciar claramente aquello de lo cual él es el agente.

La intuición propuesta por Winnicott del proceso encontrado-creado es de forma general la hipótesis de procesos transicionales que suspenden la oposición del dentro-fuera, encuentran pues toda su pertinencia de corresponder a la necesidad psíquica de no encontrar demasiado precozmente experiencias que fuercen a una discriminación que no sea subjetivamente posible sin un acorralamiento psíquico. La hipótesis de un narcisismo primario e incluso de un masoquismo primario añade a la acción que cuando lo psíquico está conminado a operar una discriminación que no pueda efectuar- lo que sería una bastante buena definición del traumatismo en esta época- su único recurso, o más bien su primer recurso después de la evitación, es paradójicamente de autoafectarse de la experiencia, que esta sea buena o mala. Una subjetivación forzada seria consecuente y con ella una decisión narcisistica en cuanto a la causa, decisión que estaría en el origen de un núcleo de culpabilidad primaria preferible a la confusión y a la agonía psíquica. Por el contrario, un interno precoz suficientemente adaptado permitiría al niño mantener en una indecibilidad fecunda (es el encontrado creado descrito por Winnicott) el origen de la experiencia en tanto en cuanto esta no sea subjetivamente asignada. El fondo de la primera materia de lo síquico es por lo tanto indecible e indeterminada, mezcla lo sentido y lo percibido, la parte de si y la del entorno, en un todo indisociable a partir del cual pertenecerá a los procesos de simbolización primaria que caracteriza las primeras formas de subjetivación, de introducir progresivamente las diferenciaciones y los “afectaciones” (asignaciones).

Lo indecible de lo originario, del horizonte elaborativo de la fantasmática originaria según nuestra hipótesis es la de la transicionalidad del proceso psíquico, tomará después en un segundo nivel y secundarizado en el contexto de la fantasmática y de la organización representativa, esta indecibilidad subjetiva primera de la experiencia. Inversamente toda carencia en la constitución de ésta provocará asignaciones melancólicas o paranoides de la experiencia psíquica que intentará luchar contra el fondo de la experiencia subjetiva. El origen tenderá a estar determinado y la compulsión a la repetición ejercerá su poder .

LO PRIMARIO, LO SECUNDARIO, LO TRANSICIONAL.-

Nuestro primer desarrollo concerniente al primer eje organizador de la Metasicología de los procesos, es la existencia de tre, en el centro de la metapsicología, entre dos tipos de procesos clásicamente referidos en su oposición e incluso en su heteromorfia.

A priori, podemos considerar que para todo psicoanalista la oposición entre procesos primarios y secundarios está adquirida y no plantea problemas. La evidencia de la oposición, de la pertinencia de sus rasgos discriminativos explicará la rareza de los trabajos que le son consagrados, o mas bien que son consagrados a la forma y a la naturaleza de esta oposición.

Sin embargo si consideramos las cosas más detalladamente, nos daremos cuenta que esta rareza testimonia quizás también un malestar en el psicoanálisis actual, un verdadero síntoma teórico que ha surgido a la vez de la evolución implícita del pensamiento de Freud a este respecto y también de la evolución de la clínica y de la teorización metapsicológica de los últimos años.

La primera dificultad tiene que ver con la definición misma del sentido de la oposición. De un lado, y esto corresponde incuestionablemente a una primera dirección del pensamiento de Freud, tomaría un valor cronológico y genético. Los procesos primarios serían en principio de entrada, puestos en circulación, los procesos secundarios se establecerían secundariamente después del desarrollo del principio de realidad. Habría así un tiempo en la primera infancia donde reinarían solo los procesos primarios, después un tiempo donde podrían desarrollarse los procesos secundarios que tomarían así el relevo. Y habría – por recapitulación interna- un tiempo “primario” de la metabolización pulsional al cual sucedería un tiempo “secundario” de ésta.

Sin embargo, por otro lado, Freud señala la existencia también presente, de un yo realidad actuando desde el origen, lo cual conferiría a la oposición primaria secundaria un valor estructural, que definiría los términos de un conflicto sincrónico fundamental en la forma de tratar los contenidos psíquicos. La tendencia actual del pensamiento psicoanalítico iría más bien en este sentido más congruente con la segunda metapsicología. De todas formas, el carácter “extratemporal” del proceso primaria convertiría en caduco una parte del problema de la primacía de los procesos primarios en el proceso de integración pulsional.

Por el contrario, la cuestión del establecimiento progresivo en desarrollo de la oposición primario-secundario levanta algunas cuestiones que es necesario clarificar. De entrada la noción de un proceso primario sin proceso secundario parece difícilmente concebible ya que la díada se funda en al dialéctica y la heteromorfia de los términos que la constituyen. Esto significaría por otro lado, que el proceso alucinatorio se un largo periodo sin contrapunto perceptivo; y esto, de esta manera contradice la experiencia clínica.

Nuestro conocimiento de la epigénesis del desarrollo psíquico iría más bien a favor de una cofundación estructural de lo primario y de lo secundario, el uno no existiendo sin el otro. Esta cofundación estaría presente de entrada o se establecería secundariamente reemplazando otro tipo de proceso más primitivo de donde saldrían, después de algunos cambios el proceso primario y el proceso secundario (2). Lo que debe retener por un instante nuestra atención es el problema teórico planteado por la idea de una oposición primario-secundario formada tempranamente en el origen de una primera forma de tópica psíquica. El proceso secundario tal como la describe Freud en el capítulo VII de la Interpretación de los sueños supone entre otras la capacidad de negación y la existencia de un tiempo cronológico organizado.

(2):la insistencia que pone en estos últimos años A. Green sobre el “representante psíquico de la pulsión” forma previa a la distinción afecto-representación me parece que va en este sentido///

La adquisición de la temporalidad secundaria auténtica es tardía, la adquisición de la capacidad de negación es más poco pero sin embargo secundaria y de todas formas no tiene las mismas características que el principio de no contradicción que Freud le confiere en 1900.

Dicho de otra manera, si mantenemos la idea de una adquisición primaria-secundaria estructural entonces es necesario considerar que ésta debe variar en el desarrollo. En otros términos, si la posición es estructural, los trazos pertinentes que la constituyen varían necesariamente en el tiempo. Es oportuno describir una historia de las formas de la oposición primaria-secundaria, lo que implica diferentes tipos de oposición que retomaremos a partir del modelo propuesto por Freud a partir de 1900.

Hay un segundo argumento a favor de retomar los trazos discriminatorios de la oposición primaria-secundaria. Esta tiene que ver con la clínica, sobre todo en los funcionamientos psíquicos escindidos. La clínica de los canales asociativos del funcionamiento psíquico clivado, disociado, muestra con evidencia que no opera el principio de no contradicción de la secundarización. No es que este principio este suspendido, por ejemplo como ocurre con respecto a la regla fundamental en el dispositivo analítico , sino que no opera. La simultaneidad demostrada por Freud en el artículo sobre el clivaje del Yo de 1937, de dos corrientes antagonistas (la una que percibe la diferencia de los sexos y la otra que la desconoce) actuando de acuerdo con el yo secundarizado, pero en dos sectores clivados de éste, es un ejemplo arquetípico. Pero nuestras elaboraciones clínicas actuales podrían multiplicar las formas en la clínica a psicosomática, la de la psicosis y la de los estados llamado límites. Si estos modos de funcionamiento psíquico presentan un medio de oposición tópica y estructural entre procesos primarios y procesos secundarios, los discriminantes de esta oposición no son los mismos que en los modos de funcionamientos psíquicos, suficientemente neuróticos y fundamentados en la represión. Sustituyen a la verticalidad de esta oposición formas horizontales oponiendo el centro a la periferia o la vuelta de uno de los polos en otro, según la banda de Moebius, o incluso en diversos paralelos sin refleixividad de los unos sobre los otros. Esta carencia de reflexividad es sin duda el punto nodal, algo del proceso que no se escucha, no se ve o no se siente del mismo sujeto. Inversamente la lógica de no contradicción supone un sujeto en una relación reflexiva a si mismo por lo menos ” a mínima”.

Los dos argumentos precedentes me llevan a proponer la consideración de que la oposición primaria / secundaria es estructural, pero que sus formas concretas varían en el tiempo y según los tipos de organización psíquica. Esto implica sin embargo a la vez una solidaridad del tipo del proceso secundario con el tipo del proceso primario que le corresponde y la existencia de diferentes tipos de procesos primarios y por lo tanto de diferentes tipos de procesos secundarios.

Vamos ahora a examinar la naturaleza de los rasgos característicos de la oposición primaria / secundaria..

EL MODELO DE LA OPOSICIÓN PRIMARIA / SECUNDARIA DE 1900.-

Freud no ha propuesto un esquema sistemático de la oposición de los procesos primarios y secundarios en el gran capítulo metasicológico de la interpretación de los sueños, sin embargo una lectura atenta permite extraer en su texto los discriminantes de la oposición que pone en relación y que precisará en 1915. para sintetizar este trabajo lo mejor es presentar en un esquema donde vamos a hacer la correspondencia punto por punto de los términos de la oposición subrayando que este tipo de correspondencia es aproximado en la medida en que reina una heteromorfia del proceso, lo que supone un cierto distanciamiento en el sistema de los correspondientes punto por punto.

Procesos primario Procesos secundario
Energía no ligada Energía ligada
Identidad de percepción Identidad de pensamiento
Ausencia de negación negación
Desplazamiento, condensación, sobredeterminación, etc… Lógica de la no contradicción
Representación cosa (visual) Representación palabra
Ausencia de tiempo Temporalidad cronológica
Idiosincrasia convencionalidad

Comentamos rápidamente lo principal de estos rasgos discriminativos con los que Freud va a realizar un trabajo elaborativo en su pensamiento.

LA LIGAZON ENERGÉTICA

El problema de la ausencia de ligazón en el núcleo del proceso primario se plantea rápidamente en el pensamiento de Freud aunque no aparezca con este enunciado. Esta cuestión estará en el origen de una diferenciación en el origen del proceso primario y en las formas del inconsciente. Vamos a jalonar rápidamente a título indicativo la línea evolutiva.

En primer lugar, existe modos asociativos inconscientes que se ejercen por simultaneidad y contigüidad; constituyen un cierto tipo de ligazón. Seguidamente la introducción del concepto “complejo inconsciente” señala la existencia, en el núcleo de los procesos primarios y del inconsciente que lo caracteriza, conjuntos organizados y por lo tanto ligados solidariamente entre ellos. Los trabajos de Freud sobre la neurosis de apremio (nevrose de contrainte) van a añadir a la idea de un apremio del inconsciente la noción de un apremio en el inconsciente. Es este reconocimiento el que va a permitir a Freud a dejar completamente a los analizandos el juego asociativo (1907).La libertad asociativa revelando entonces más nítidamente la existencia de apremios asociativos surgidos de ligazones inconscientes primarias del “complejo inconsciente”. El narcisismo y sus formaciones inconscientes y primarias en parte, proveerán al concepto de un sistema de auto-investidura y por lo tanto de vínculos que desbordan ampliamente el territorio de la secundarización. La introducción del concepto del Yo, después de “resistencias inconscientes del Yo”, después de una parte inconsciente de las formaciones de la instancia del Yo (ideal del Yo- Superyo) no harán más que reforzar la tendencia a considerar que una parte de la vida psíquica inconsciente está ligada y que circulación energética consciente no es libre. La distinción propuesta en 1923 de tres inconscientes diferentes ( el Preconsciente el Inconsciente y el Ello) contienen implícitamente la descripción de dos registros de lo primario. El del Inconsciente – y en particular de la parte inconsciente del Yo que no estará concebida como un sistema no ligado más que en la medida en que pertenece al Yo – y el del Ello que el mismo, por el conjunto de huellas con las que Freud les va a dotar (las huellas filogenéticos en particular) recibirá así un modo de ligazón. La coexcitación libidinal o sexual primaria empuja al vínculo.

Poco a poco, la oposición ligado- no ligado va a deconstruirse en provecho de una inflexión que no recoge más la oposición primario / secundario sino que la atraviesa, para analizar los procesos de ligazón y de desligazón en cada uno de los procesos psíquicos. Ligazón y ligazón fijada se descomponen en beneficio de la toma en consideración de un tipo de vínculo, de la organización diferencial de tipos de ligazón-desligazón a lo largo del recorrido psíquico de las modalidades de la circulación intrasistémica. La cuestión ya no es ligado o no ligado sino ¿ligado cómo? ¿por qué tipo de ligaduras o desligaduras, cómo?. Veremos que hace falta diferenciar lo que está ligado por- en las modalidades simbólicas de los vínculos y lo que está ligado en las modalidades no simbólicas (ligazón biológica comportamental, interactiva, etc.) hace falta también diferenciar los modos de ligazón simbólica primaria de los modos de ligazón simbólica secundaria. Subrayaremos más delante de la importancia clínica y teórica de la puesta en evidencia de sistemas de ligazón primarias bajo la forma de tipo de simbolización primaria, surgidos de las primeras formas del trabajo del Yo infantil.

IDENTIDAD DE PENSAMIENTO / IDENTIDAD DE PERCEPCIÓN.

En 1900, cuando propone Freud esta oposición quiere oponer lo que es la simple representación y la alucinación o activación alucinatoria de la representación en el sistema onírico. El concepto de identidad de percepción conlleva una ambigüedad en la medida en que precisamente la percepción de la que se trata surgía de un proceso alucinatorio. En esta época y después del proyecto Freud concibe la diferencia entre representación (de cosa) y alucinación (onírica) a partir de la intensidad de la investidura y/o del juego activación / desactivación del sistema percepción / conciencia. Una fuerte investidura subvierte el sistema percepción / conciencia (alucinación), la desactivación de la prueba de realidad del sistema percepción / conciencia (sueño) es suficiente para transformar la representación de cosa activada en alucinación onírica. La dificultad vendrá posteriormente de la dificultad de pensar el proceso alucinatorio psicótico con este modelo que convierte en antinómico alucinación y percepción, e identifica la alucinación onírica, que es una vuelta de la representación a la alucinación y la alucinación psicótica, que testimonia la vuelta no de una representación sino de una percepción no vivida subjetivamente como una representación.

Queremos subrayar que la dificultad percepción concierne a la vez el estatus de identidad de percepción en su relación con la alucinación pero también a la identidad de pensamiento. La introducción desde 1907 de la cuestión del pensamiento anímico, el del pensamiento mágico en la neurosis traumático, después en Toten y Tabu que añade también la distinción entre el pensamiento religioso y el pensamiento científico, complican considerablemente esta cuestión. Los textos más tardíos, como El Porvenir de una ilusión” o “El malestar en la cultura” parecen introducir además la idea de un pensamiento ideológico.

Del conjunto de estas modalidades de pensamiento, el pensamiento llamado científico obedece a la estricta oposición identidad de percepción / identidad de pensamiento, las otras formas reposan todas sobre un levantamiento más o menos parcial de esta oposición categórica. Sea a partir de la puesta en marcha de una negación, sea como en el animismo infantil, el juego o el arte a partir de la creación de formaciones intermedias que mezclan estrechamente representación y percepción, identidad de pensamiento e identidad de percepción y en las cuales, la identidad de percepción sostiene la identidad de pensamiento y la hace posible. Encontramos aquí la dificultad ya subrayada; entre lo primario y lo secundario se intercalan formaciones intermedias, simbolizaciones primarias surgidas del animismo infantil y del juego que resultan de la historia de la organización de la tópica y de la simbolización–cosa infantil secundariamente reprimida. Estas formaciones son “secundarias” en la infancia y “primarias” cuando se instala la tópica posedipica.

La introducción en la segunda tópica de un Yo inconsciente modifica la naturaleza de la oposición identidad de percepción / identidad de pensamiento y esto desde los dos lados de los polos en oposición. En la línea que hemos perfilado en diferentes ocasiones hay que añadir a la exploración a esta cuestión los indicativos “auto” o “meta” que sirven para diferenciar percepción y representación identidad de pensamiento, en el pensamiento.

(……….)

LA NEGATIVIDAD.

La discriminación primario -secundario producida por la negación debe acaparar ahora nuestra atención y es un fundamento estructural en la organización de la metapsicología freudiana, como lo prueban el conjunto de trabajos actuales sobre lo negativo y la negatividad. Tiene mucho que ver con la cuestión de la simbolización es decir de lo que no es idéntico en sí mismo.

En 1900 Freud se refiere principalmente al concepto de la negación para fundar las relaciones de exclusión reciproca de lo “primario” y de lo “secundario”. El principio de no contradicción que parece ser una característica de la secundarización de los procesos, subraya la incompatibilidad de mantener, sin otra forma de proceso, dos enunciados simultaneados y antinómicos. Sin embargo el símbolo supone que la cosa símbolo sea y no sea idéntica a ella misma y esto no solo porque el símbolo tendría algún excedente sino porque la operación de negación es consustancial al proceso de separación-reunión que la constituye. El registro de las formas de lo negativo se ha alargado considerablemente en el pensamiento de Freud después en la de nuestros contemporáneos.

A la negación se ha venido a añadir la denegación, la desmentida, la forclusión, el borrado la excorporación, el clivaje, etc., muchas formas que fijan localmente o de manera más amplia modos de funcionamiento psíquico y tipos de oposición tópicas, económicas y dinámicas diferentes. Lo que cuenta no es ya solo que una representación psíquica o que una moción pulsional sea excluida-incluida en otra parte sino la forma en la que se opera esta exclusión de la secundaridad, así como el modo de relación a lo que está excluido-negativizado.

Después de 1023 no se puede ya decir el “Inconsciente” no solo porque haya más que uno sino porque su modo de “presencia” varía en función del proceso de negatividad que le constituye. Habrá que precisar Inconsciente en el sentido de una represión, o de una suspensión, o de un clivaje o en el sentido de una negación, etc., los operadores de la negatividad secundaria generan variaciones en el modo de tratamiento de lo que negativizan y generan tipos de procesos primarios diferentes y modos de “vuelta” de lo excluido diferentes también.

Estas formas diferentes de la negatividad están también en la base de algunas formas de convencionalidad “en-por” lo negativo que la vida de los individuos en sociedad, en grupo, en familia o incluso en el coloquio singular de la cura pone en evidencia. El vinculo convencional, el contrato narcisita intersubjetivo puede efectuarse sobre la base fijada de un pacto de negativo (R. Kaës) de una comunidad de la negación (M. Fain), de una forclusión común de un clivaje compartido que estructura modos de secundarización paradójicamente idiosincrásicos este es el problema de las “locuras privadas” (Green) entre dos (M. Little) o entre varios.

El conjunto de esta argumentación, me parece que se inclina a favor de la oposición primario-secundario que Freud elabora en 1900 no es más que un caso particular de un modelo más general de esta oposición estructural. A partir de la diferenciación del sujeto y del objeto, del descubrimiento subjetivo de la exteriorización del objeto, una oposición primaria-secundaria se instala y después se mantiene bajo diferentes formas. Su organización mínima me parece reposar sobre la combinación de cuatro grandes operadores generales, cuyas formas procesuales varían en el tiempo y según los registros de funcionamiento.

La “secundaridad” de los procesos se caracterizan de una manera general por:

la existencia de una modalidad de ligazón representativa,

  1. un tipo de organización convencional intersubjetiva
  2. un tipo de temporalidad
  3. un tipo de negatividad.

Estas cuatro discriminantes forman una matriz cuyos elementos son solidarios entre ellos y se determinan. El levantamiento localizado de uno de ellos abre un proceso paradójico característico de una forma de transicionalidad que reposa sobre el levantamiento particular de uno de los criterios de la discriminación estructural, estando los otros mantenidos.

Así por ejemplo, lo que se llama la regresión (en particular las regresiones tópicas, particulares y formales que hay que diferenciar precisamente de las desorganizaciones, o de las desintegraciones o de las desintrincaciones psíquicas) es un proceso que reposa sobre el levantamiento, o mejor dicho la suspensión de uno de los operadores estructurales de ahí su importancia esencial en la regulación intersistémica.

 

3° séminaire Le cours des évènements psychiques : processus primaires et processus secondaires.

3° Séminaire 2013-14 primaire.secondaire

Séminaire de la direction de l’institut de psychanalyse (4 Avril 2014).

Le cours des évènements psychiques : processus primaires et processus secondaires.

Il est bien difficile de séparer le processus primaire et le processus secondaire dans la mesure où c’est au couple primaire / secondaire que nous avons affaire et que l’un ne peut être pensé sans l’autre. Il y a donc une forme de préalable qui concerne d’une part le concept de processus et d’autre part le couple primaire / secondaire et son sens au sein de la métapsychologie.

1-Introduction : la question des processus et la métapsychologie des processus.

Avec la question des processus primaires et secondaire on s’engage dans la question d’une métapsychologie des processus qui représente sans doute le noyau commun des diverses théories psychanalytiques, le point où la psychanalyse est le moins menacé de devenir une idéologie.

Ce serait le plus petit commun dénominateur des psychanalystes qui se réclament de la pensée de S. Freud ou du moins me paraît-il fécond d’y engager la question d’un ensemble commun de référence, d’un noyau identitaire de la psychanalyse. Ouvrir la question d’un fonds théorique commun me parait relever d’une nécessité théorique et institutionnelle, au-delà des diversités qui parcourent nos sociétés et nos débats, pour permettre que ces diversités soient fécondes et non chaotiques.

Ce fonds théorique doit obéir à un certain nombre d’exigences cohérentes avec les contraintes fondamentales de la pratique de la psychanalyse qui reste l’assise première de la théorie psychanalytique, même si, dans l’histoire du mouvement psychanalytique, il n’en va pas toujours ainsi.

Ainsi une première caractéristique d’une métapsychologie des processus sera-t-elle qu’elle aborde l’ensemble des questions de la vie psychique sans préconception du monde ou de l’homme sans théorie préétablie, « sans morale » de l’histoire.

Elle définit simplement l’appareil psychique comme un appareil de travail et de création, un appareil de classement, de traitement, de catégorisation, de combinaison, de mémorisation, de liaison et de représentation symbolique, c’est-à-dire un ensemble de processus de transformation des données, informations, énergies venues aussi bien du dehors que du dedans, de l’actuel que du passé. Ainsi par exemple lorsque S. Freud, dans le Chapitre VII de l’interprétation des rêves, décrit au sein du fonctionnement de l’appareil psychique, les principes et processus de production du rêve, ce qu’il énonce concerne des modalités de traitement psychique — le travail du rêve — il ne se prononce pas sur des contenus particuliers. Un énoncé comme “le rêve est une réalisation de désir déguisée” — ou plus tard une « tentative » de réalisation de désir — ne dit pas de quel désir particulier il s’agit, il se prononce sur le processus pas sur le contenu, s’il propose une théorie du fonctionnement psychique, il ne propose pas une théorie du monde. Le seul désir toujours repérable, invariant dans sa singularité est un désir-auto, il porte sur le processus lui-même, ce serait le désir de rêver pour dormir, le désir de dormir; tous les autres désirs — infantiles et actuels — sont contingents. C’est cette particularité qui confère à la métapsychologie sa position simultanément intermédiaire et en même temps méta-psychologique, c’est-à-dire au-delà des psychologies particulières qui impliquent, elles, une théorie du monde.

Grâce à la position méta des énoncés de la métapsychologie freudienne, rien n’est a priori exclu de son champ, tout phénomène psychique, tout processus, tout mouvement psychique, toute expérience vécue doit pouvoir être décrit métapsychologiquement, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’ainsi on cerne le tout du processus, mais qu’il y a toujours un abord métapsychologique possible du fait psychique quel qu’il soit. Rien n’est exclu a priori de l’abord métapsychologique, de la même manière que rien ne peut être exclu a priori du travail psychanalytique. Nous verrons tout l’intérêt d’un tel principe lorsque la question se posera d’interpréter la théorie elle-même.

Cependant si la métapsychologie des processus permet potentiellement de décrire tous les phénomènes du psychisme, elle ne constitue pas pour autant un système totalisateur, c’est là le grand tour de force de l’épistémologie psychanalytique sans doute singulier dans les sciences de l’homme et du vivant : pouvoir tout décrire sans totalisation systématique.

Nous savons combien la tentation est grande chez certains psychanalystes de s’adosser aux épistémologies des autres sciences du vivant pour y puiser des modèles. La démarche inverse serait sans doute tout aussi pertinente, le dispositif théorique réalisé par la métapsychologie des processus pourrait aussi bien servir de modèle à la construction des « objets théoriques » des sciences de la vie.

La construction du fait psychique à l’aide d’une théorie conjoignant simultanément trois points de vues, produit une conjoncture théorique tout à fait spécifique. S. Freud insiste en effet à différentes reprises sur la caractéristique principale de la conception métapsychologique ; elle doit s’effectuer différentiellement à partir de chacun des trois points de vue qui la constituent et ceci sans primat de l’un ou de l’autre de ces vertex. Une description métapsychologique ne sera complète — c’est-à-dire réellement métapsychologique — que si elle peut entrecroiser à la fois une description topique, dynamique et économique. C’est au chiasme de cette triple perspective, surgissant de la simultanéité de trois abords décalés les uns par rapport aux autres, non superposables, que le fait psychique reçoit un statut métapsychologique véritable. Une telle perspective décrit un champ de travail en tension permanente, multipolarisé. Elle produit moins une totalitarisation du fait, qu’un maillage théorique qui contient le travail psychique sans l’assigner ni le fixer. Nous verrons plus loin que la métapsychologie réalise ainsi une description rigoureuse des faits psychiques sans pour autant figer la vie et la créativité potentielle qu’ils comportent, sans pour autant leur conférer une détermination, c’est là son paradoxe et tout son intérêt.

Ce dispositif théorique -le triple point de vue- est nécessaire au maintien de la métapsychologie[1] en position intermédiaire. Qu’un point de vue soit évincé de la description, qu’un autre soit au contraire privilégié dans la théorie, et l’idéologie, la conception a priori du monde, la dissidence font retour dans la métapsychologie et lui font perdre sa caractéristique méta. La métapsychologie des processus ne peut en effet être simplement cernée à partir de ses points de vue constitutifs posés une fois pour toutes, elle ne maintient sa pertinence et son essence que par un travail permanent de ressaisie et de déconstruction de ses propres fondements. C’est le sens de la nécessité de l’opération auto-méta soulignée par J.L. Donnet, qui fait partie intégrante de la métapsychologie : elle implique dans son rapport à elle-même une aufhebung de son propre parcours. Elle doit pouvoir s’interpréter elle-même. Ce qui veut dire que la métapsychologie ne saurait être réduite à un certain nombre d’énoncés fondateurs et immuables, elle inclue nécessairement un rapport réflexif à elle-même qui porte la marque de son objet : la subjectivité.

La métapsychologie des processus permet ainsi une psychanalyse centrée sur la générativité associative, c’est-à-dire le développement des capacités de métabolisation de l’expérience subjective présente ou passée.

2- la question de l’opposition primaire / secondaire.

A priori on pourrait considérer que pour tout psychanalyste l’opposition processus primaire/processus secondaire est acquise et ne fait pas problème. L’évidence de l’opposition, de la pertinence de ses traits discriminatifs expliquerait la rareté des travaux qui lui sont consacrés, ou plutôt qui sont consacrés à la forme et à la nature de cette opposition.

Cependant, à considérer les choses plus en détail, on s’aviserait que cette rareté témoigne peut-être aussi d’un malaise de la psychanalyse actuelle, voire d’un véritable symptôme théorique qui a surgit à la fois de l’évolution implicite de la pensée de S. Freud à cet égard et aussi de l’évolution de la clinique et de la théorisation métapsychologique des dernières années.

La première difficulté a trait à la définition même du sens de l’opposition.

D’un côté, et cela correspond incontestablement à une première direction de la pensée de S. Freud, elle prendrait une valeur chronologique et génétique. Les processus primaires seraient premiers, d’emblée mis en place, les processus secondaires s’établissant secondairement après la mise en place du principe de réalité. Il y aurait ainsi un temps de la petite enfance où règneraient seuls les processus primaires, puis un temps où pourraient se développer les processus secondaires qui prendraient aussi le relais. Et il y aurait — par récapitulation interne — un temps « primaire » de la métabolisation pulsionnelle auquel succéderait un temps « secondaire » de celle-ci.

Cependant, d’un autre côté, S. Freud signale l’existence d’emblée présente d’un moi-réalité agissant dès l’origine, ce qui conférerait à l’opposition primaire/secondaire une valeur structurale, qui définirait les termes d’un conflit synchronique fondamental dans le mode de traitement des contenus psychiques. La tendance actuelle de la pensée psychanalytique[2] irait plutôt dans ce sens, plus congruant avec la seconde métapsychologie. De toute manière, le caractère « extra temporel » du processus primaire rendrait caduque une partie du problème de la primauté de l’action des processus primaires dans le processus d’intégration pulsionnelle.

Par contre, la question de l’établissement progressif dans le développement de l’opposition primaire/secondaire soulève quelques questions qu’il est nécessaire de clarifier.

Tout d’abord la notion d’un processus primaire sans processus secondaire paraît difficilement concevable, tant le couple se fonde dans la dialectique et l’hétéromorphie des termes qui le constituent. Cela signifierait, en outre, que le processus hallucinatoire se maintiendrait pendant une longue période sans contrepoint perceptif ; ce qui, sous cette forme, contrevient à l’expérience clinique.

Notre connaissance de l’épigénèse du développement psychique plaiderait plutôt en la faveur d’une co-fondation structurale du primaire et du secondaire, l’un n’allant pas sans l’autre. Cette co-fondation serait présente d’emblée ou s’établirait secondairement en remplacement d’un autre type de processus plus primitif, dont seraient issus, après mutation, le processus primaire et le processus secondaire[3]. Ce qui doit retenir pour l’instant notre attention est le problème théorique posé par l’idée d’une opposition primaire/secondaire tôt formée et à l’origine d’une première forme de topique psychique.

Le processus secondaire tel que S. Freud le décrit dans le chapitre VII de l’interprétation des rêves suppose (entre autres) la capacité à la négation et l’existence d’un temps chronologique organisé. L’acquisition de la temporalité secondaire véritable est tardive, l’acquisition de la capacité à la négation est plus précoce mais néanmoins secondaire et de toute façon elle n’a pas les mêmes caractéristiques que le principe de non-contradiction que S. Freud lui confère en 1900.

Autrement dit, si l’on maintient l’idée d’une opposition primaire/secondaire structurale alors il est nécessaire de considérer que celle-ci doit varier dans le développement. En d’autres termes, si l’opposition est structurale, les traits pertinents qui la constituent varient nécessairement dans le temps. Il y a donc lieu de décrire une histoire des formes de l’opposition primaire/secondaire, ce qui implique différents types d’opposition, que nous aurons à ressaisir à partir de la reprise du modèle proposé par S. Freud en 1900.

Un second argument plaide en la faveur d’une reprise des traits discriminatifs de l’opposition primaire/secondaire. Celui-ci est tiré de la clinique, notamment des fonctionnements psychiques clivés. La clinique des réseaux associatifs des fonctionnements psychique clivés montre à l’évidence que n’y opère pas le principe de non-contradiction de la secondarisation. Non pas que celle-ci soit suspendue, par exemple au nom du respect de la règle fondamentale dans le dispositif analytique, mais elle n’opère pas. La simultanéité (sans réflexivité), relevée par S. Freud dans l’article sur le clivage du moi de 1937, de deux courants antagonistes (l’un qui perçoit la différence des sexes, l’autre qui la méconnaît) agissant de concert dans le moi secondarisé, mais dans deux secteurs clivés de celui-ci, en est l’exemple archétypique. Mais nos élaborations cliniques actuelles pourraient en multiplier les formes dans la clinique psychosomatique, celle de la psychose ou des états dits « limites », etc. Si ces modes de fonctionnement psychique présentent bien quand même un mode d’opposition topique et structural entre processus primaire et processus secondaires, les discriminants de cette opposition ne sont pas les mêmes que dans les modes de fonctionnements psychiques, disons « suffisamment » névrotiques et fondés sur le refoulement. Ils substituent à la verticalité de cette opposition des formes horizontales opposant le centre à la périphérie ou le retournement de l’un des pôles en l’autre, en bande de Mœbus, ou encore des univers parallèles, sans réflexivité des uns sur les autres. Cette carence de réflexivité est d’ailleurs sans doute le point nodal, quelque chose du processus ne s’entend pas, ne se voit ou ne se sent pas du sujet à lui-même. Inversement la logique de la non contradiction suppose un sujet dans un rapport réflexif à lui-même, au moins à minima.

Les deux arguments précédents me conduisent à proposer de considérer dans la ligne profilée parfois par Freud, que l’opposition primaire/secondaire est structurale, mais que ses formes concrètes varient dans le temps et selon les types d’organisation psychique. Ceci implique d’ailleurs à la fois une solidarité du type de processus secondaire avec le type de processus primaire qui lui correspond et l’existence de différents types de processus primaires et donc de différents types de processus secondaires.

Mais dès lors se pose le problème de la nature et des traits caractéristiques de l’opposition structurelle primaire/secondaire, problème qu’il nous faut examiner maintenant.

3-Le modèle de l’opposition primaire/secondaire de 1900

  1. Freud n’a pas proposé de schéma systématique de l’opposition des processus primaires et des processus secondaires dans le grand chapitre métapsychologique de l’interprétation des rêves (Chapitre VII), cependant une lecture attentive permet d’extraire de son texte les discriminants de l’opposition qu’il fait concrètement jouer et qu’il précisera en 1915. Le mieux, pour synthétiser ce travail, est de le présenter sous la forme d’un tableau faisant correspondre point à point les termes de l’opposition en soulignant cependant que ce type de correspondance est approximatif dans la mesure où règne une hétéromorphie des processus, ce qui suppose un écart dans le système des correspondances point à point.
Processus primaire Processus secondaire
Energie non liée Energie liée
Identité de perception Identité de pensée
Pas de négation Négation
Déplacement condensation sur- détermination, etc. Logique de la

non contradiction

Représentation-chose (visuelle) Représentation-mot
Pas de temps Temporalité chronologique
Idiosyncrasie Conventionalité

Commentons rapidement les principaux de ces traits discriminatifs qui vont subir un travail élaboratif dans la pensée de S. Freud.

La liaison énergétique

Le problème de l’absence de liaison au sein du processus primaire va assez vite se poser dans la pensée de S. Freud, même si celui-ci ne revient pas formellement sur cet énoncé. Cette question sera à l’origine d’une différenciation dans le primaire lui-même et les formes de l’inconscient. Jalonnons rapidement, à titre indicatif, la ligne évolutive.

Tout d’abord, il existe des modes associatifs inconscients qui s’exercent par simultanéité et contiguïté ; ils constituent bien un certain type de liaison. Ensuite, l’introduction du concept de « complexe Inconscient » signale l’existence, au sein des processus primaires et de l’inconscient qui les caractérisent, d’ensembles organisés et donc liés solidairement entre eux. Les travaux de S. Freud sur la névrose de contrainte vont ajouter à l’idée d’une contrainte de l’Ics la notion d’une contrainte dans l’Ics. C’est cette reconnaissance qui permettra à S. Freud de lâcher complètement la bride au jeu associatif des analysants (1907). La liberté associative révélant alors encore plus nettement l’existence de contraintes associatives issues des liaisons inconscientes primaires, du « complexe inconscient ». Le narcissisme et ses formations, inconscientes et primaires en partie, fournira le concept d’un système d’auto-investissement et donc de liens qui débordent largement le champ de la secondarité. L’introduction du concept de moi, puis celui de « résistance inconsciente du moi » (1923), puis d’une partie inconsciente des formations instancielles du moi (idéal du Moi-Surmoi) ne feront que renforcer la tendance à considérer qu’une partie de la vie psychique inconsciente est liée et que la circulation énergétique inconsciente n’est pas « libre ». La distinction proposée en 1923 de trois Inconscients différents (pour mémoire le Pcs, l’Ics, le Ça) contient implicitement la description de deux registres du primaire. Celui de l’Ics— et en particulier de la partie Ics du moi qui ne saurait être conçue comme un système non-lié dans la mesure même où il appartient au moi[4] — et celui du Ça qui lui-même, par l’ensemble des traces dont S. Freud va le doter, (les traces phyllogénétiques en particulier) recevra aussi un certain mode de « liaison ». La co-excitation libidinale ou sexuelle primaire pousse au lien.

Petit à petit, donc, l’opposition lié/non lié va se déconstruire au profit d’une inflexion qui ne recoupe plus l’opposition primaire/secondaire mais la traverse, pour analyser les processus de liaison et de déliaison dans chacun des systèmes psychiques. Liaison et liaison fixe, fixée, se disjoignent au profit de la prise en considération du type de lien, de l’organisation différentielle des types de liaisons/déliaisons tout au long du parcours psychique, des modalités de la circulation intrasystémiques. La question n’est plus lié ou non-lié, mais lié comment ? Par quels types de liens, ou déliés comment ? Il faut différencier ce qui est lié par/dans des modalités symboliques de liens et ce qui est lié par des modalités non-symboliques (liaison biologiques, comportementale, interactive etc.[5]) et qu’il faut aussi différencier les modes de liaison symbolique primaire de modes liaison symbolique secondaire. Car nous soulignerons plus loin l’importance clinique et théorique de la mise en évidence de systèmes de liaisons primaires sous la forme de type de symbolisation primaire, issues des premières formes du travail du moi infantile.

Identité de pensée/identité de perception

En 1900, quand il propose ce trait de l’opposition, S. Freud vise implicitement l’opposition entre simple représentation et hallucination ou activation hallucinatoire de la représentation dans le système onirique. Le concept d’identité de perception comporte dans ce contexte une ambiguïté dans la mesure où précisément la perception dont il est question surgit d’un processus hallucinatoire. A cette époque et depuis l’Esquisse, S. Freud conçoit la différence entre représentation (de chose) et hallucination (onirique) à partir de l’intensité de l’investissement et/ou du jeu activation/désactivation du système perception/conscience. Un investissement fort subvertit le système perception/conscience (hallucination), la désactivation de l’épreuve de réalité du système perception/conscience (dans le rêve) suffit à transformer la représentation de chose activée en hallucination onirique.

La difficulté viendra postérieurement de la difficulté de penser le processus hallucinatoire psychotique avec ce modèle qui semble rendre (est d’abord interprété comme) antinomique hallucination et perception, et identifie l’hallucination onirique, qui est un retour de la représentation à l’hallucination, et l’hallucination psychotique, qui témoigne du retour non d’une représentation mais d’une perception non subjectivement vécue comme une représentation. Nous reviendrons en détail sur cette question quand nous reprendrons la question de l’hallucination. Il nous faut plutôt, pour l’instant, souligner que la difficulté concerne à la fois le statut de l’identité de perception dans son rapport avec l’hallucination, mais aussi celui de l’identité de pensée. L’introduction dès 1907 de la question de la pensée animique, celle de la pensée magique dans la névrose de contrainte puis dans Totem et Tabou, qui ajoute aussi la distinction entre la pensée religieuse et la pensée scientifique —, compliquent considérablement cette question. Les textes plus tardifs, comme l’Avenir d’une illusion ou Malaise dans la civilisation, semblent introduire en plus l’idée d’une (le concept n’est pas de S. Freud) pensée idéologique[6].

De l’ensemble de ces modalités de pensée, seule la pensée dite scientifique obéit à la stricte opposition identité de perception/identité de pensée, les autres formes reposent toutes sur une levée plus ou moins partielle de cette opposition catégorielle. Soit à partir de la mise en œuvre d’un déni, soit comme dans l’animisme infantile, le jeu ou l’art à partir de la création de formations intermédiaires qui mêlent étroitement représentation et perception, identité de pensée et identité de perception, et dans lesquelles l’identité de perception soutient l’identité de pensée et la rend possible ( ce sera toute la question de l’intermédiaire chez Freud de la transitionnalité chez D.W.Winnicott ou du tertiaire chez Green). Nous retrouvons ici la difficulté déjà soulignée : entre le primaire et le secondaire s’intercalent des formations intermédiaires, des symbolisations « primaires » issues de l’animisme infantile et du jeu, qui résultent de l’histoire de l’organisation de la topique et de la symbolisation-chose infantile secondairement refoulée. Ces formations sont « secondaires » dans l’enfance et « primaires » quand la topique post-œdipienne est instaurée.

L’introduction dans la seconde topique (mais la préforme en est présentée chez S. Freud dès 1907) d’un « moi » inconscient modifie la nature de l’opposition identité de perception/identité de pensée et ceci des deux côtés des polarités en opposition. Dans la ligne que nous avons déjà profilée à différentes reprises il faudrait ajouter à l’exploration de cette question celle des indices « auto » ou « méta » qui servent à différencier perception et représentation, identité de pensée, dans la pensée.

La temporalité

Quand en 1900 S. Freud propose le temps comme discriminant de l’opposition primaire/secondaire, il pense manifestement surtout au temps chronologique, c’est-à-dire au temps vectorisé par l’histoire.

Cependant, là encore dès l’Esquisse, il avait introduit la période, espèce de temps pulsatile qui n’obéit pas en propre aux processus secondaires, pas plus d’ailleurs à strictement parler, que le temps du diphasisme[7] et de l’après-coup. Totem et Tabou introduira des temps cycliques, un temps du retour périodique du même. Après 1920, la temporalité pulsatile périodique fait retour (dans Au-delà du principe du plaisir puis dans la conception qualitative du plaisir/déplaisir en 1925 dans l’essai sur le masochisme) là encore à un niveau qui ne peut être strictement « secondaire ». Le rythme enfin interroge un rapport à la temporalité qui plonge ses racines dans le processus primaire souvent au plus près du rythme somatique et des premières traces mnésiques des expériences corporelles et motrices.

Je rappelle de nouveau que je ne cherche pas dans cette énumération à traiter le problème de la temporalité, mon objectif est de préciser le « chantier » métapsychologique dans lequel l’opposition primaire/secondaire, telle qu’elle se présente en 1900, est prise pour faire apparaître la complexité des questions que l’évolution postérieure de la pensée révèle et ceci pour aboutir à une départicularisation du modèle 1900.

Le point le plus décisif concerne le fait que dans la première partie de l’enfance la temporalité n’est pas organisée suivant un mode chronologique, alors qu’il y a une pertinence clinique à maintenir l’opposition structurale entre le primaire et le secondaire. Il n’y a pas de liaison sans qu’une certaine tension intrasystémique ne soit endurée et pas de capacité à supporter la tension sans une forme d’organisation temporelle au moins élémentaire.

La conventionalité

Le caractère collectif et groupal des processus secondaires n’est pas formellement souligné par S. Freud dans le chapitre VII de l’interprétation des rêves ni en 1915. Cependant, il est implicite au constat d’une secondarité qui utilise l’appareil de langage de manière prévalente et donc la conventionalité qui le traverse. La représentation de mot, ou mieux l’appareil de langage (notion qui au-delà du simple mot reconnaît l’importance de l’organisation pragmatique de la discursivité, la stylistique, la prosodie, etc.) n’est pas concevable sans l’organisation d’une conventionalité collectivement partagée.

Ce que Totem et Tabou va ajouter à cette première approche, est son caractère réciproque ; inversement, la conventionalité intersubjective confère un caractère secondarisé aux formations psychiques. Ainsi le Totem et les éléments fétichiques décrits dans le Mythe de la horde primitive sont « secondaires » parce que groupaux. L’histoire des civilisations montre à l’évidence que le caractère « secondaire » d’un processus — reconnu comme « secondaire » à une époque donnée — n’est pas un caractère intrinsèque, par exemple l’analogie, que nous retenons volontiers maintenant du côté des logiques de l’Ics, donc dans le champ du primaire, a pu servir de base de référence à toute une pensée collectivement partagée comme fondement de la pensée scientifique. (Cf. par exemple, le Traité des signatures de Grollius et le développement des sciences de la vie et de la nature aux XVIe-XVIIe siècles).

Nous complèterons tout à l’heure ces remarques sur la conventionalité du « secondaire », dans notre réflexion sur les opérateurs négatifs structuraux de l’opposition primaire/secondaire.

Inversement, le « primaire » aurait un caractère idiosyncrasique comme la particularité des figures du rêve d’un sujet donné l’indique assez. Pas moyen d’interpréter ou de comprendre les éléments oniriques sans référence aux associations particulières du rêveur qui renvoient singulièrement aux particularités de sa vie psychique actuelle et à celles de son histoire.

Cependant, dès l’interprétation des rêves, cette stricte idiosyncrasie est menacée par l’existence de rêves « typiques »[8]. Ceux-ci interprétables indépendamment des associations spécifiques du rêveur — absentes souligne S. Freud la plupart du temps — semblent obéir à une forme partagée collectivement — c’est du moins ce que S. Freud semble indiquer; je ne me prononce pas ici sur la pertinence de cette analyse mais sur sa présence dans la théorie du primaire. Il existe par ailleurs, même au sein de rêves ordinaires, des symboles « tout faits » qui eux aussi peuvent s’interpréter sans spécificité associative (le parapluie, le chapeau, etc.). Ce qui s’interprète « tout seul », sans association présente nécessairement un caractère conventionnel. Ceci plaide toujours pour conférer à certains processus du « primaire » un mode d’organisation issue de la « secondarité » de l’enfance, donc liée et symbolique, issue de modalité primaire de l’intersubjectivité.

La Négativité

La discrimination primaire/secondaire produite par la négation doit retenir maintenant notre attention, elle est de fondement structural dans l’organisation de la métapsychologie freudienne, comme l’ensemble des travaux actuels sur le négatif, et la négativité le souligne assez[9]. Elle commende la question de la symbolisation c’est à dire de ce qui est et n’est pas identique à soi.

En 1900, S. Freud se réfère principalement au concept de la négation pour fonder les rapports d’exclusion réciproque du « primaire » et du « secondaire ». Le principe de non-contradiction, qui paraît être une caractéristique de la secondarité des processus, souligne l’incompatibilité du maintien, sans autre forme de procès, de deux énoncés simultanés et antinomiques. Cependant le symbole suppose que la « chose »-symbolique soit et ne soit pas identique à elle-même et ceci pas seulement parce que le symbole aurait quelque excédent, mais parce que l’opération de négation est consubstantielle au processus de séparation/réunion qui le constitue. Par la suite, le registre des formes du négatif s’est considérablement élargi dans la pensée de S. Freud puis dans celle de nos contemporains.

A la négation sont venus s’ajouter la dénégation, le déni, le désaveu, la forclusion, l’effacement, l’excorporation, le clivage, etc., autant de formes qui fixent localement ou de manière plus vaste des modes de fonctionnement psychique et des types d’opposition topiques, économiques et dynamiques différents. Ce qui compte n’est plus seulement qu’une représentation psychique ou une motion pulsionnelle soit exclue/inclue ailleurs, mais la manière dont s’opère cette exclusion de la secondarité, ainsi que le mode de rapport à ce qui est exclu, négativé.

Après 1923, on ne peut plus dire l' »Inconscient » non seulement parce qu’il y en a plus d’un mais aussi parce que son mode de « présence » varie en fonction du processus de négativité qui le constitue. Il faudrait alors préciser inconscient au sens du refoulement, ou du suspens, ou au sens du clivage, ou au sens du déni, etc. Les opérateurs de la négativité secondaire génèrent des variations du mode de traitement de ce qu’ils négativent, génèrent des types de processus primaires différents et des modes de « retour » de l’exclu différents aussi.

Ces formes différentes de la négativité sont aussi à la base de certaines formes de conventionalité dans/par le négatif que la vie des individus en société, en groupes, en famille ou même dans le colloque singulier de la cure met en évidence. Le lien conventionnel, le contrat narcissique (P Aulagner) intersubjectif peut s’effectuer sur la base fixée d’un pacte dénégatif (R Kaës), d’une communauté de déni (M Fain), d’une forclusion commune[10], d’un clivage partagé[11], etc. qui structurent des modes de « secondarité » paradoxalement idiosyncrasique, c’est là tout le problème des « folies privées » (A Green) à deux (M Little) ou à plusieurs.

L’ensemble de cette argumentation me semble plaider largement en faveur de l’idée que l’opposition primaire/secondaire que S. Freud élabore en 1900, n’est qu’un cas particulier d’un modèle plus général de cette opposition structurale. A partir de la différenciation du sujet et de l’objet, de la découverte subjective de l’extériorité de l’objet une opposition primaire/secondaire s’instaure puis se maintient sous différentes formes. Son organisation minimum me semble reposer sur la combinaison de quatre grands opérateurs généraux, dont les formes processuelles varient dans le temps et selon les registres de fonctionnement.

La « secondarité » des processus se caractériserait d’une manière générale par :

— l’existence d’une modalité de liaison représentative,

— un type d’organisation conventionnelle intersubjective,

— un type de temporalité,

— un type de négativité.

Ces quatre discriminants forment une matrice dont les éléments sont solidaires entre eux et se co-déterminent. La levée localisée de l’un d’entre eux ouvre un processus paradoxal caractéristique d’une forme de la transitionnalité qui repose donc sur la levée partielle d’un des critères de la discrimination structurale, les autres étant maintenus.

Ainsi, par exemple, ce que l’on appelle la régression, (en particulier les régressions topiques, temporelles et formelles et qu’il faut différencier précisément des désorganisations ou des désintégrations et des désintrications psychiques), est un processus qui repose sur la levée ou plutôt le suspens de l’un des opérateurs structuraux, d’où son importance essentielle dans la régulation intersystémique.

[1] A l’inverse de la métaphysique, la métapsychologie ne se prononce pas sur les causes premières ou ultimes.

[2] R. Diatkine, M. Fain, W. Bion, etc.

[3]L’insistance mise par A Green sur le « représentant psychique de la pulsion », forme préalable à la distinction affect/représentation me semble aller dans ce sens.

[4] Il va de soi qu’à partir de 1923 Préconscient et moi ne peuvent être simplement superposés. Mais ceci est présent chez S. Freud dès la réintroduction du concept du moi vers 1907.

[5]Sur ces modes de liaison non-symboliques cf. R Roussillon Agonie, clivage, symbolisation 1999, PUF.

[6]Cf. R Kaës, L’idéologie, Dunod.

[7]La complexification de notre conception de l’histoire du développement de l’introjection de l’affect et de la pulsion amènerait en fait à décrire un triphasisme voire un quadriphasisme, il y a le temps préhistorique et présubjectif, l’après-coup de celui-ci au sein de la sexualité infantile, le second après-coup de l’adolescence et peut-être, in fine l’après-coup actuel observable dans le transfert ou les différentes crises des temps adultes.

[8]La clinique moderne ajouterait sans doute ici les pictogrammes décrits par P Aulagnier, ou les signifiants formels de D Anzieu, les signifiants de démarcation de G Rosolato etc.

[9] En particulier A. Green, J. Guillaumin, R Roussillon, B. Rosenberg, P. Fedida, R. Kaës…

[10]Selon des termes que j’ai proposé.

[11]Ibidem.