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A propos ReneRoussillon

Professeur émérite de psychologie clinique et psychopathologique, psychanalyste, membre formateur de la SPP et du GLP-RA

Richard III ou le crime à rebrousse-temps.

Richard III

Introduction.

Richard III ou le crime à rebrousse-temps. R.Roussillon

Le narcissisme et sa fonction dans la criminalité peuvent être envisagés selon différents points de vue, différents vertex, celui que je vais adopté, en prenant William Shakespeare comme compagnon de route, repose sur l’idée que la (dé)régulation narcissique du sujet, celle qui le pousse au crime, ne peut être envisagée indépendamment de l’histoire des reflets et échos restitués par les objets significatifs de son histoire.

Prendre William Shakespeare comme compagnon et guide de route suppose une approche particulière de son œuvre et ici singulièrement de son « Richard III ». Cette approche, à la différence des recherches qui prennent les œuvres d’art ou les auteurs comme objet d’analyse, repose sur l’idée que le processus artistique et les œuvres produites, quand elles sont conséquentes, constituent des formes d’exploration du fonctionnement humain et de la vie psychique.

De ce point de vue William Shakespeare m’apparaît comme une sorte de théoricien du narcissisme, mais un théoricien qui déploie ses thèses et réflexions sur l’âme humaine «en acte» et «en situation et en scène» – et donc pas, à la différence de Freud et des psychanalystes, « en pensée » – à travers son œuvre théâtrale et le processus de déroulement des intrigues qui les organisent.

C’est d’ailleurs par cette manière particulière d’explorer les fonds de la psyché humaine qu’il nous touche particulièrement, elle s’adresse ainsi directement en nous, même si elle utilise le vecteur du langage parlé, aux formes les plus primitives et fondamentales de la communication humaine, au «fond» de l’humain.

Je dis que William Shakespeare est une sorte de théoricien du narcissisme car dans chacune de ses œuvres majeures il explore une problématique centrale du narcissisme : criminalité (Richard III), jalousie (Othello), folie (Roi Lear), sentiment identitaire (Hamlet) etc. Par exemple Richard III, comme Freud l’avait très bien vu, explore la « position d’exception » dans son lien avec la criminalité qui caractérise une certaine forme de torsion de la régulation narcissique et du rapport à l’humaine condition.

Avant de s’engager dans le relevé de ce que le Richard III et sa « position d’exception » apportent à la problématique de la criminalité, j’aimerais dire quelques mots préalables concernant l’idée d’une « recherche par l’art », différenciées des recherches sur l’art ou à propos de l’art.

La recherche par l’art.

Dans l’une de ses réflexions concernant la méthodologie de la recherche et de la démonstration en clinique, D.Anzieu souligne l’importance que des matériaux cliniques divers soient convoqués dans l’argumentaire. Par exemple une

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hypothèse issue d’un matériel de cure doit pouvoir trouver dans un mythe, un roman, une peinture ou tout autre objet culturel, un écho voire une confirmation. Et Freud lui même souligne à différentes reprises que s’il a raison concernant tel ou tel énoncé émergeant de la pratique clinique, il est probable que les poètes l’aient déjà formulé dans leur langage propre. Le psychanalyste apparaît alors comme le scientifique besogneux qui cherche à démonter à l’aide des lourdeurs de sa méthode ce que le poète ailée aura atteint sans effort d’un battement de mots, d’une image ou métaphore poétique.

E Morin de son côté laisse entendre que certaines œuvres littéraires – celles de Zola par exemple – peuvent être considérées comme des monographies de grand intérêt sociologique concernant une époque, un style de vie, ou une couche particulière de la population.

Cependant on ne peut pas dire que cette position, qui consiste à se mettre à l’écoute de ce que les formes artistiques peuvent nous enseigner sur l’homme et à les prendre au sérieux, ait acquis ses lettres de noblesse dans la recherche en sciences humaines. Elle serait d’ailleurs sans doute récusée par la plupart des chercheurs et en particulier de ceux qui dénient aux recherches qualitatives tout pertinence, mais pas seulement. Comme elle est récusée par tous ceux qui « sacralise l’art » et ne permettent pas que l’on se penche sur ses messages cachés pour tenter d’en mettre à jour les ressorts secrets.

C’est pourtant à cette méthodologie que j’ai personnellement choisi de me rallier : écouter ce que les artistes et leurs formes d’explorations spécifiques peuvent nous apprendre sur la psyché humaine et m’atteler à tenter de formuler « en pensée » ce qu’ils pensent en image, en acte, en situation ou en scène.

Par exemple Magritte dans son célèbre tableau représentant une pipe sous titrée «ceci n’est pas une pipe» contraint le spectateur, au delà de l’aspect humoristique du rapprochement image / mot, à une réflexion sur la manière dont le cadre du tableau suppose une convention muette dans laquelle nous estompons et mettons en latence dans le cadre le fait que l’art représente et ne fait que représenter, pour mieux jouir de cette représentation matérialisée. L’un des ressorts de l’illusion artistique est ainsi « artistiquement » implicitement démasqué, mais sous une forme telle qu’il reste en même temps actif. Le « trompe l’œil » interrogera à son tour le cadre lui-même en en « chauffant » le paradoxe constitutif : faire en sorte que ce qui « sort » du cadre « reste » dans le cadre. C’est là toute la question des « représentations-limites » dans leur lien avec la limite de la représentation. De même la représentation de l’absence de représentation de l’absence est elle-même une représentation de l’absence… Mais aussi, dans un autre ordre d’idée et avec d’autres moyens, les aventures d’Alice – petite fille de 7ans et 7 mois -, « Aux pays des merveilles » ou « Au delà du miroir », constituent l’une des meilleures monographies sur les vécus et éprouvés de la période dite de latence et sur les modifications qui affectent le rapport de l’enfant à la représentation psychique au début de la latence.

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Ces derniers exemples concernent le rapport à l’activité de représentation et de symbolisation et il est vrai que c’est le domaine d’expertise principal des artistes, c’est sans doute là qu’ils peuvent nous apprendre le plus, mais nous verrons plus loin que ce n’est pas, loin s’en faut, leur seul domaine d’expertise.

On saisit d’emblée combien une telle position est éloignée de « l’exploration des métaphores obsédantes de l’auteur » de Mauron où des psychobiographes qui cherchent à retrouver dans les œuvres les traces de fragments de la vie de l’auteur, voire les effets inconscients de certains traumatismes ayant affecté tel ou tel moment de celle-ci.

Il est temps maintenant d’en venir à William Shakespeare et à son Richard III.

Une méthodologie à rebrousse temps.

Si l’on veut essayer de prélever dans une pièce de théâtre des énoncés conséquents sur le narcissisme ou une autre problématique essentielle de la vie psychique, nous avons besoin d’une méthodologie de lecture particulière, car le travail ne se donne pas comme d’emblée accomplit, il faut le produire.

J’ai essayé, dans un essai récent sur « l’homme de pierre » dans le mythe de Don Juan – mais j’avais antérieurement testé ce modèle dans une étude inédite de la « Gradiva » de Jansen -, de proposer une lecture « à rebrousse temps », c.-à-d. une lecture dans laquelle le premier acte de la pièce donne l’énoncé de la thématique centrale et en même temps de ce qu’elle a d’énigmatique. Le déroulement de l’intrigue montrant alors ensuite différentes tentatives pour en rendre compte ou tenter de trouver une issue ou un mode de traitement de la problématique inaugurale et de l’énigme qui l’habite. Et c’est à la fin de la représentation, et à la fin seulement, qu’est levé le voile qui recouvrait d’énigme la problématique de départ. Dès lors les jeux sont faits et le dernier acte n’est que l’occasion d’en finir, de « faire une fin », tout est déjà joué. On remonte ainsi le temps en direction du dévoilement de la «scène première» qui fonctionne comme « scène origine » de la problématique mise en scène dès le premier acte. On sera bien sûr sensible au fait qu’un tel déroulement recoupe assez largement le timing des cures de psychanalyse dans la grande tradition freudienne du dévoilement progressif de la problématique de l’origine.

Je me propose de mettre maintenant à l’épreuve ce modèle dans le déroulement du Richard III et dans l’exploration des racines de sa criminalité.

L’exposé du thème : la torsion du narcissisme.

Dans le Richard III de William Shakespeare c’est bien dès le premier acte et même la première scène que le thème est annoncé : Richard III souffre d’une torsion majeure de la régulation narcissique et de la réflexivité, il précise une position existentielle dans laquelle le mal est devenu « son bien ». Le mieux est de donner la parole à William Shakespeare et à son Richard.

« Mais moi qui ne suis pas formé pour ces folâtres jeux

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Ni fait pour courtiser un amoureux miroir ;
Moi qui suis marqué au sceau de la rudesse
Et n’ai pas la majesté de l’amour
Pour m’aller pavaner devant une impudique nymphe minaudière ; Moi qui suis tronqué de nobles proportions

Floué d’attraits par la trompeuse nature
Difforme, inachevé, dépéché avant terme
Dans ce monde haletant à peine à moitié fait…
Si boiteux et si laid
Que les chiens aboient quand je les croise en claudiquant …
Et bien moi en ce temps de paix alangui à la voix de fausset
Je n’ai d’autre plaisir pour passer le temps
Que d’épier mon ombre au soleil
Et de fredonner des variations sur ma propre difformité
Et donc si je ne puis être l’amant
Qui charmera ces jours si beaux parleurs
Je suis déterminé à être un scélérat » Richard III acte 1, scène 1 ( Dérives, traduction, J.M.Déprats)

Freud a résumé en une phrase le paradoxe de cette position existentielle « que le mal soit mon bien » écrit-il dans son commentaire au sein de l’article de 1916 « Quelques traits de caractères dégagés par la psychanalyse ». Il met ainsi en lumière le retournement inaugural qui commande ce que j’ai nommé plus haut, la « position existentielle » de Richard III. Il est né « vilain » – avec le double sens que ce terme peut prendre en français, à la fois laid et méchant – et même « inachevé » et ce serait peine perdue pour lui de chercher à attirer l’amour et l’intérêt par les formes habituelles de séduction.

La problématique glisse de la question de l’opposition « visuelle » beau / laid à l’opposition « morale » bien / mal, toutes deux cas particulier de l’opposition primitive bon / mauvais. Richard III, le vilain qui ne « charme pas les miroirs », fera donc le mal, il va s’engager dans la criminalité, il fait exception aux règles de l’humaine condition, il a payé d’emblée et par avance pour toutes ses crimes à venir.

Mais le retournement du mal en bien contient aussi potentiellement, comme nous le verrons dans la scène de la séduction d’Anne, une autre proposition : séduire, fasciner, par le mal, l’abject. Les « mauvais garçons » ont du charme, un certain charme, c’est bien connu.

On ne peut s’empêcher d’associer à cette position fondamentale de Richard III, le conte de la reine des neiges (ou reine des glaces) d’Andersen. En effet dans le prologue de celui-ci on apprend que le diable, voulant défier Dieu, construit un miroir tel qu’il inverse le sens de ce qui se reflète en lui. À l’aide de ce miroir « diabolique » le diable s’approche de Dieu dans l’espoir que l’infiniment bon soit retourné en infiniment mauvais : « que le bien devienne le mal ». Mais au

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fur et à mesure que le miroir s’approche de Dieu, il subit une torsion de plus en plus forte telle qu’il finit par voler en une multitude d’éclats qui se répandent sur terre en se mêlant à la neige. L’un de ces éclats tombe dans l’œil de Kay, gentil petit garçon, l’autre s’insinue jusqu’à son cœur. Kay voit alors tout en négatif et ses affects, privés de toute empathie, deviennent aussi tous négatifs, il devient inapte à tout signe de dépression ou de culpabilité. La reine des neige, reine froide et symbole même du négatif peut alors le séduire et l’entraîner avec elle dans son château lointain. Là encore le négatif peut devenir un attracteur plein de séduction.

L’amie de Kay, la petite Gerda parvient, à la suite d’un long périple semé d’embûches, d’un véritable « parcours de l’amitié et de l’amour », à retrouver le château de la reine des neiges et, grâce à la chaleur de ses pleurs et de son empathie pour l’état de son ami, à faire fondre les morceaux de miroir diabolique logés dans ses yeux et son cœur. Il leur reste néanmoins encore à trouver la clé qui permettra de sortir du château, et c’est le mot « éternité », et sans doute le renoncement à l’éternité qui l’accompagne, qui ouvrira cette porte. Si le principe du plaisir / déplaisir repose sur la différence et la distinction du bon et du mauvais, le retournement du mauvais en bon sidère son fonctionnement et installe le sujet dans la répétition indéfinie « au delà du principe du plaisir », dans l’éternité de la répétition.

Revenons à Richard III. Après l’exposé du thème fondamental de la problématique narcissique de Richard III, la pièce va « explorer » quelques issues possibles à l’impasse existentielle qu’elle vient d’exposer. Je ne peux les envisager toutes je me contenterais d’en relever certaines qui me semblent assez essentielles pour comprendre le ressort central de la problématique.

La séduction par l’abject.

La première, celle qui serait la plus profitable, la plus riche de potentialités, va être de tenter de séduire, et de séduire avec les armes dont il dispose. Richard III va tenter de séduire Anne, dont il a tué père et mari, ce qu’il ne nie pas mais tout au contraire dont il tire argument pour tenter de séduire la belle, là encore il faut laisser la parole à William Shakespeare. (Acte 1 scène II).

« Femme fut-elle jamais courtisée de cette façon ? Femme fut-elle jamais conquise de cette façon ? Je l’aurais mais je ne la garderais pas longtemps Quoi moi qui ai tué son mari et son père :

La prendre au plus fort de sa haine
Des malédictions à la bouche, des larmes dans les yeux
Et, tout près d’elle, le sanglant témoignage de sa haine pour moi Avoir Dieu sa conscience et tous ces obstacles contre moi…
Et pourtant la gagner, tout un monde contre rien… »

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Car en effet Richard n’a cessé de retourner ses pires crimes en signe d’amour, s’il a tué père et mari c’est par amour et pour éliminer les rivaux, la haine « dit » l’amour, le mal « dit » le bien. Il faudrait avoir le temps de montrer comment Richard III donne une «leçon de survivance» face à la haine d’Anne et comment c’est cet art de la survivance face à l’hostilité qui emporte la décision. « Eh l’objet je t’ai détruit. Je t’aime ». « Tu comptes pour moi parce que tu survis à ma destruction de toi ». Telle est la logique de l’utilisation de l’objet révélée par D.W.Winnicoot dans jeu et réalité, elle semble s’appliquer ici pleinement.

Mais Richard s’est pris au jeu, la promesse d’Anne le bouleverse et transforme son image de lui, s’il peut séduire, lui, l’abject, c’est donc qu’il est beau, c’est le regard de la femme qui vous fait beau ou laid et non quelque propriété intrinsèque de votre visage ou de votre apparence. Voici les signes de la transformation de Richard. (Acte 1 scène II).

« Je me suis mépris tout ce temps sur ma personne
Sur ma vie, elle découvre en moi – je ne sais comment – Un homme prodigieusement beau
Je veux faire la dépense d’un miroir
Et entretenir une vingtaine ou deux de tailleurs
Pour étudier les modes qui embellissent mon corps Puisque je suis rentré en grâce avec moi-même
Je ferais quelque menus frais pour m’y maintenir… Resplendis beau soleil en attendant que j’achète un miroir Que je puisse en marchant mon ombre apercevoir ».

Les réactions de Richard III sont assez typiques, d’abord il se retire du lien – « je ne la garderais pas longtemps », mais la formule est ambiguë, va t-il la perdre et perdre ce soleil qui le rend beau, ou va-t-il la quitter dès que conquise, briser le lien ? – mais tout en tentant de conserver le bénéfice narcissique que celui-ci lui apporte, il veut gagner sur les deux tableaux : devenir beau mais sans la dépendance à l’objet qui le « rend beau ». Passer de l’objet à son ombre propre, mais « l’ombre de l’objet serait-elle tombée sur son corps », l’ombre a besoin du soleil donné par le regard d’amour.

Car de nouveau Richard III en appelle à son ombre (cf. plus haut scène I : « Je n’ai d’autre plaisir pour passer le temps Que d’épier mon ombre au soleil ») son double, son miroir auto sensuel, celui par lequel il a toujours tenté de pallier les carences du regard de l’autre. Richard III est alors sur une ligne de crête, sur le bord de rejoindre l’humaine condition, de sortir du statut d’exception dans lequel sa « laideur originelle », sa « vilénie » l’avait placé. La conquête est encore fragile, la confiance en l’objet n’est pas encore au rendez-vous, la séduction d’Anne est une embellie qui demanderait à être confirmée, affermie, elle est menacée du retour des expériences antérieures, du retour de la

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condamnation première car celle-ci n’est pas traitée, par perlaborée, elle reste en partie énigmatique, et peut-être d’autant plus énigmatique qu’il vient de faire l’expérience que malgré son abjection il pouvait séduire.
Le retour des condamnations premières ne va en effet pas tarder et mettre en échec la transformation amorcée.

Acte II : le retour de la laideur.

Arrive Margaret, reine déchue exilée mais qui fait retour sur scène – retour de l’exclu, de l’exilé de soi, de l’histoire de soi ? – pour « casser » Richard, d’abord en «voix off» puis directement. Là encore donnons la parole à William Shakespeare pour relever quelques passages particulièrement significatifs dans l’acte II.

Margaret en voix off.
« (à part) Un abject assassin que tu es toujours »… « ( à part) Fuis de honte en enfer et quitte ce monde caca démon : là bas est ton royaume »…

Margaret en direct.

« Que le ver de ta conscience ronge toujours ton âme Tant que tu vivras, soupçonne tes amis d’être des traitres Et prend les pires traitres pour tes plus chers amis
Que jamais le sommeil ne ferme cet œil assassin »…
« Toi qui fut marqué à ta naissance
Comme esclave de la nature et fils de l’enfer
Toi flétrissure des entrailles de ta mère affligée
Toi rejeton exécré des reins de ton père
Toi guenille de l’honneur, toi détesté… »

La malédiction de Margaret retombe sur Richard qui tente de retourner la situation dans un jeu de miroir où Margaret serait l’objet de ses propres anathèmes, en essayant, par l’interjection du nom de celle-ci habilement glissée au milieu du torrent de malédictions qu’elle profère, comme si celles-ci la désignait et non Richard. Mais c’est peine perdue, les malédictions ont produit leur effet, et l’intervention de Margaret « casse » l’embellie que la séduction d’Anne avait permis d’espérer.

Les malédictions de Margaret portent sur l’origine de Richard – « Toi flétrissure des entrailles de ta mère affligée, Toi rejeton exécré des reins de ton père » – elles désignent un rejet primaire, originaire. En voix off Margaret traite Richard de « caca démon » c.-à-d. « sac de merde » ou quelque chose d’approchant. J Hopkins a pu souligner que les enfants ayant subit un rejet corporel maternel primaire s’éprouvent comme un sac remplit de merde. Margaret adhère sans doute à cette hypothèse qui relie à la fois le rejet parental – sur lequel nous

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reviendrons plus loin – et le « caca démon » Richard III. Mais le narcissisme négatif de Richard III commence à se préciser plus, certes il est laid, mais après tout un bébé laid peut être « beau » pour sa mère et elle peut le regarder avec ce regard émerveillé qui signe la maternité. Margaret, ici présente comme une forme de substitut maternel, indique que ce ne fut pas le cas et propose la « construction originaire » d’un rejet corporel maternel primaire. C’est le rappel de celui-ci qui « casse » Richard et annihile les effets de la séduction d’Anne. Richard retombe dans sa position existentielle de départ.

Margaret participe aussi à la valse des retournements dont la tragédie est peuplée, traitre et amis se retournent l’un dans l’autre, rien n’est fiable, Richard est seul, il doit se méfier de tous, et cette solitude le renvoie à son statut d’exception. Solitude, absence de confiance et statut d’exception vont ensemble, les trois termes s’appellent l’un l’autre, ils forment la matrice de l’impasse narcissique de Richard.

Le troisième acte montrera toute la criminalité et la fourberie de Richard dans sa quête progressive du pouvoir mais aussi dans la solitude qui l’accompagne et dans laquelle il s’enferme, il « agit » les malédictions de Margaret, confirme qu’il est bien « caca démon ». Je passe, pour avoir le temps d’en venir au dénouement de l’intrigue, au quatrième acte ou la « clé » – l’une des clés – majeure de la problématique narcissique de Richard va petit à petit devenir formulable.

La malédiction de la duchesse d’York, mère de Richard.

La mère de Richard, la Duchesse d’York avait fait une courte apparition au deuxième acte et déjà on pouvait pressentir qu’elle avait renié Richard, mais rien de comparable à ce qu’elle va lui dire au quatrième acte. Je laisse de nouveau parole au génial William Shakespeare.

Tout d’abord quand Richard l’interpelle voilà comment elle se définit « O celle qui aurait pu, misérable
En t’étranglant dans son ventre maudit, arrêter
Tous les meurtres que tu as perpétrés…

Toi crapaud, crapaud … ».

Puis engage une série de déclarations concernant ses états internes pendant la grossesse et à la naissance de Richard.
« … Moi je t’ai attendu
Dieu le sait, dans le tourment et l’angoisse »…

Ce fut un lourd fardeau pour moi que ta naissance… Plus jamais je ne regarderais ton visage
Aussi emporte avec toi ma plus lourde malédiction Qu’au jour de la bataille, elle te fatigue plus

Que ton armure toute entière. »

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Nous verrons plus loin le rôle et l’effet de cette malédiction finale dans la défaite et la mort de Richard, mais ce qu’il faut d’abord remarquer est la manière dont la malédiction maternelle rejoint les malédictions de Margaret que nous avons déjà évoqué, Margaret et la Duchesse d’York ne sont que deux faces du rejet et de la haine maternelle. L’hypothèse d’un rejet corporel primaire que nous avions évoqué à partir du « caca démon » de Margaret se redouble de la projection de l’angoisse maternelle sur le bébé Richard, projection qui « fécalise » d’emblée le bébé et provoque rejet et exclusion : rien n’est bon dans ce petit d’homme qui vient de naître et toute l’enfance de Richard ne sera que confirmation – « Quelle heure de joie peux tu citer que j’ai jamais gouté en ta compagnie ? » – de cette condamnation première. D’emblée son sort est jeté, l’arrêt est prononcé, il sera coupable, il est né coupable, désigné tel.

Dans « Criminels par sentiment de culpabilité » en 1916 Freud a eu l’intuition qu’il fallait retourner la question de la criminalité pour en avoir la clé, les crimes sont commis parce que le sujet se sent coupable, et sans doute pour tenter de cerner ce sentiment premier de culpabilité, tenter de s’en rendre maître, et non l’ inverse.

William Shakespeare semble avoir parfaitement compris cette logique de la criminalité quand, d’abord avec Margaret, puis de manière encore plus nette avec la Duchesse d’York, il formule les malédictions premières qui sont tombées sur le berceau de Richard et sont à l’origine de sa criminalité. Malédictions, Richard le maudit, le « mal dit », celui qui « dira le mal ».

Sans doute profondément touché par la condamnation de sa mère, Richard va tenter de retrouver « la séduction par l’abject » qui avait si bien marchée avec Anne au premier acte. Mais cette fois c’est bien la mère, Elisabeth, qu’il faut séduire, la séduire pour atteindre la fille, pour avoir la fille, Elisabeth, et Richard renouvelle la stratégie qui a si bien marché avec Anne, il part à la conquête d’Elisabeth, la mère dont il a tué les fils. Et de nouveau il doit « survivre » aux attaques haineuses de la mère pour finir par la convaincre, au nom de son amour de mère, que de leur union ne pourra naître que du bien pour sa fille Elisabeth. Mais cette fois pas de véritable embellie pour Richard car la malédiction maternelle a frappée et c’est de l’intérieur, de ses rêves, qu’elle va cette fois faire retour. L’ombre revient dans les rêves, ombre faite de spectres, et le lourd fardeau prédit par sa mère va se faire de plus en plus sentir à chaque apparition nouvelle d’un spectre.

Chaque spectre va, en effet, peser de tout son poids sur Richard à l’aube de son combat terminal contre les armées adverses, chaque spectre va redoubler la malédiction maternelle et son pousse à la mélancolie : « désespère et meurt ». Chaque malédiction lui prédit qu’alourdit par le poids de ses fautes il périra au combat.

Richard a alors recours à une ultime tentative, il se dédouble, tente de se retirer de lui-même pour « dialoguer avec lui-même » et tenter de s’extraire de cette

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partie de lui qui le condamne et vient hanter les alcôves de sa psyché endormie. Là encore il faut donner la parole à William Shakespeare.

« Richard aime Richard, à savoir Moi et Moi
Y a t-il un meurtrier ici ? Non. Si Moi
Alors fuyons. Quoi me fuir moi-même ? Pour quelle raison ?
De peur que je me venge ? Quoi moi-même de moi-même ? Hélas j’aime moi-même ? Pourquoi ?
Pour m’avoir fait du bien à moi-même ?
O non hélas, je me déteste plutôt
Pour les actes détestables commis par moi-même
Je suis un scélérat – non je mens je n’en suis pas un !
Bouffon de toi-même parle honnêtement. Bouffon ne te flatte pas Ma conscience a mille langues différentes
Et chaque langue raconte une histoire différente
Et chaque histoire me condamne comme scélérat …
Et si je meurs pas une âme n’aura pitié de moi
Pourquoi en aurait-on puisque moi-même
Je ne trouve aucune pitié pour moi-même »

Le sort en est jeté Richard, vaincu dans son débat intérieur, sera aussi vaincu sur le champ de bataille, vaincu pour avoir cru tuer Richemond à différentes reprises et découvrir que ce n’étaient que des leurres. Mais Richard meurt d’abord tué par lui-même, tué par ses rêves, par le fardeau, par l’incorporation des malédictions maternelles. Une dernière remarque pour finir : mais où était donc le père de Richard ?

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Clivage 2014

Clivage 2014

Un processus sans sujet. R Roussillon

Pour introduire mes réflexions plus personnelles sur la question du clivage j’aimerais commencer par rappeler quelques unes des propositions essentielles de Freud sur la question et ainsi mesurer le legs freudien.
L’article majeur de Freud est celui qu’il consacre en 1937 au « Clivage du Moi dans le processus de défense ». Dans cet article Freud examine les réactions psychiques de certains garçons lors de la découverte dans l’enfance de la différence des sexes, découverte qui passe principalement par la vision du sexe féminin. Pour ces garçons remarque Freud, la situation est traumatique dans la mesure où elle menace une partie de leur économie psychique en lien avec une menace de castration pesant sur l’activité autoérotique. Dans un premier temps l’enfant fait fi de cette menace, généralement proférée par un adulte mais on peut penser qu’elle est présente même sans être formulée, – « le narcissisme secondaire affirme Freud est repris à l’objet » et donc toujours susceptible d’être « repris par l’objet » -, jusqu’à ce que la découverte de l’absence de pénis chez une femme – sa mère – ou une petite fille – sa sœur ou un équivalent – donne corps à la menace et à la possibilité de ne pas avoir de pénis.

Dès lors le garçon – certains garçons – se trouve placé devant une alternative en impasse, une double contrainte paradoxale : s’il veut préserver son activité autoérotique il doit contredire la menace de punition et donc sa « découverte » du sexe féminin sans pénis, mais s’il contredit cette menace il devra renoncer à intégrer un pan fondamental de la réalité qu’il vient de découvrir et qui fait de lui un garçon – alors différencié de fille. L’alternative porte sur la régulation narcissique et l’identité, et elle ne comporte pas d’issue, l’enfant ne peut ni renoncer à une activité autoérotique qui étaye sa régulation narcissique, ni renoncer à intégrer une « découverte » qui forme l’assise de son identité de garçon.

Freud fait alors l’hypothèse que face à cette alternative paradoxale dans laquelle on ne peut renoncer à rien sans dommages fondamentaux, l’enfant se « déchire », ou plutôt il déchire son Moi, sa subjectivité, en deux partie ; dans l’une il continue de se comporter en secret comme s’il n’avait rien découvert et peut ainsi maintenir tranquillement son activité auto-érotique, de l’autre il donne place officielle à l’idée de féminin sans pénis, de féminin châtré. L’enfant se coupe pour éviter d’être « coupé », d’encourir la menace de castration, face à l’alternative impossible il se clive.

Cependant Freud raffine son hypothèse de deux manières car la déchirure cause un dommage qu’il faut pouvoir réparer.
En appuie sur la dernière perception visuelle précédant la découverte catastrophique, – par exemple une chaussure, une botte, un porte jarretelle, une dentelle de sous vêtement etc. – il suture, ou tente de suturer la déchirure en

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érigeant un fétiche issu de la dernière perception précédant la « catastrophe de la découverte du sexe féminin». C’est la «solution perverse» la solution à l’origine du fétichisme ou de la composante fétichique de la sexualité masculine qui se révèlera au moment de l’après-coup de l’adolescence.

Mais, souligne-t-il ultimement une trace perceptive résiduelle marque quand même la « victoire » de la perception de la réalité, et c’est du côté non plus du corps vu ou parlé qu’il la trouve mais du corps « senti », du côté donc d’une sensation de « chatouillis » qui affecte le pied du sujet. Nous reviendrons plus loin sur la question du corps senti.

On peut constater que l’hypothèse de Freud est composée d’un ensemble de propositions finement articulées entre elles, mais ce n’est pourtant pas son dernier mot concernant le clivage. Dans L’abrégé il revient en effet sur celui-ci, principalement pour en élargir la portée en particulier aux processus de défense de la psychose.

Mais à cette occasion il ajoute une remarque sur laquelle on n’a pas assez mis l’accent à mon avis. Quand, dit-il, le sujet en proie à un état psychotique délirant commence à pouvoir sortir de celui-ci, il décrit une partie de lui restée « saine » pendant tout l’accès psychotique et qui observait comme « du dehors » ce qui se déroulait dans la psyché : le sujet s’était donc retiré de la scène du délire et pouvait revenir se manifester lorsque celui-ci cessait, (ou alors, autre possibilité, son retour permettait au délire de cesser). Cette remarque évoque celle que Freud introduit à propos de la « folie de la surveillance » en 1932 dans il évoque cette partie du moi détachée du moi et qui surveille de l’intérieur les processus de celui-ci, on évoquera bien sûr aussi, au delà de Freud, l’automatisme mental de De Clérambault.

Ce n’est pas la première fois que Freud introduit une remarque concernant la présence d’une partie « spectatrice » du fonctionnement psychique donc retirée de la scène mais se tenant néanmoins à sa périphérie. Dès les études sur l’Hystérie il avait noté – mais il s’agissait déjà d’un fonctionnement quasi délirant du sujet – la présence pendant les crises d’hystérie de ce qu’il avait alors nommé un « spectateur indifférent ». C’est la même « indifférence affective » qu’il a aussi repérée dans le rêve de nudité.

À sa suite Joyce McDougall a pu noter dans les scénarii pervers la présence d’un « spectateur anonyme ».
L’hypothèse que je me propose de développer à partir de ces remarques est qu’il s’agit d’une autoreprésentation des processus psychiques, le sujet s’autoreprésente et il autoreprésente qu’il s’est retiré de la scène. Au clivage du Moi, dans lequel le sujet est déchiré par l’alternative paradoxale à laquelle il est contraint, il faut donc ajouter un second processus, que j’ai proposé de nommer le clivage au Moi – mais il s’agit d’un sens particulier du clivage du Moi, l’expérience est clivée du Moi -, dans lequel le sujet se coupe de son expérience subjective en se retirant de celle-ci. Le sujet se retire pour ne pas se déchirer, il se retire pour survivre, il ne pourra revenir sur scène, se retrouver comme acteur

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et sujet que lorsqu’il aura trouvé une solution pour suturer la menace de brèche que l’expérience catastrophique lui a fait encourir. Clivage du Moi et clivage au Moi sont donc étroitement articulés.

De catastrophe en déception narcissique primaire.

Pour creuser plus avant la question du retrait de la subjectivité je propose de partir de la question de la préhistoire de l’expérience catastrophique. Si l’expérience de la vision du sexe féminin est catastrophique pour certains garçons, mais certains garçons seulement, la question se pose de savoir ce qui produit cette différence. On peut peut-être alléguer des conjonctures génétiques, ce ne peut être a priori exclu, mais c’est là sortir du strict champ de la métapsychologie et est donc indécidable pour la psychanalyse. Et cela n’empêche de toute façon pas d’ouvrir la question de circonstances antérieures intervenant dans le contexte traumatique.

Freud commence à souligner la question de l’impact de l’angoisse de castration dans la genèse du fétiche dès l’article de 1927 sur le fétichisme et à une époque où il explore l’impact de l’angoisse de castration dans différents textes comme, en particulier celui qu’il consacre à l’effroi face à « la tête de méduse » (1922). On se souvient de l’argument que file Freud dans ce dernier texte. L’effroi causé par la tête de méduse doit être mis en lien avec l’angoisse de castration, la multiplication des serpents qui couvrent la tête de la méduse représente, tels des fétiches, autant de dénis de la castration féminine. L’hypothèse est celle d’un déplacement du bas vers le haut, du sexe féminin vers le visage féminin. En appui de sa démonstration apparaît une figure, celle de la tête de Méduse peinte par le Caravage. Mais on ne peut qu’être frappé par l’étrange grimace peinte par l’artiste, étrange grimace qui évoque un affect de terreur ou d’effroi. Le visage montre l’affect du sujet qui l’observe c’est un visage effrayant / effrayé, un visage-miroir de l’affect de celui qui l’observe. Simple coïncidence peut-être. Mais dans l’article qu’il consacre en 1927 au fétichisme et dans lequel il se penche en particulier sur une forme de fétichisme singulière – sans doute tirée de la cure de l’homme aux loups – le fétiche se situe aussi sur le visage, sur un « brillant du visage ». Ce fétiche est singulier, et il est singulier qu’il soit pris comme exemple majeur du fétichisme car il est totalement atypique et ceci à plusieurs titres.

Tout d’abord pas de bottes de porte jarretelles de frou-frou ou de falbalas d’aucune sorte.
Il apparaît ensuite dans un tableau clinique qui n’est pas principalement marqué du sceau de la perversion, il « joue » sur les mots et les effets de traduction de l’Allemand à l’Anglais – du glance at the nose (coup d’œil sur le nez) de l’anglais au glanz allemand (brillant du nez) -. Effets de traductions qui contiennent une inversion potentielle du sujet : est ce le nez qui « brille », ou le regard porté sur lui qui fait briller le nez, voire, pourquoi pas, la rencontre des deux, indécision du sujet de la « brillance » ? Enfin c’est un fétiche

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« dématérialisé » ce qui a priori peut paraître surprenant dans la mesure où tout porte à penser que le fétiche agit par sa matérialisation perceptive, que celle-ci est nécessaire pour absorber l’hallucination du pénis manquant.
De nouveau c’est sur ou autour du visage qu’il se manifeste, et de nouveau le jeu des traductions produit une forme d’effet « miroir » entre le visage de l’objet et le regard du sujet. En outre, mais c’est déjà vrai de la tête de Méduse, le déplacement du bas vers le haut interroge dans la mesure où l’hypothèse du déplacement perceptif anti traumatique repose sur celle d’un arrêt sur image de la dernière perception précédent la vision traumatique. C’est plausible concernant tout ce qui entoure directement le sexe féminin, les portes jarretelles, les bottes les petites culottes etc. c’est plus difficile à suivre quand le sexe et le visage sont ainsi superposés par déplacement.

Bien sûr face à ces différentes difficultés on ne peut s’empêcher de penser à l’interprétation de type « structuraliste » qui a prévalue à un certain moment de l’histoire de la psychanalyse : l’angoisse de castration est un « organisateur structural» et il plie les données perceptives au besoin de sa fonction organisatrice et réorganisatrice.

Il n’est peut être pas inutile d’explorer une perspective différente et peut-être complémentaire si nous conservons en mémoire notre question de départ : pourquoi certains garçon et certains garçons seulement, pourquoi par exemple « l’homme aux loups » ? Freud indique que l’autoérotisme chez son patient avait reçu des renforcements considérables en lien avec un climat de séduction sexuelle. Poursuivant l’enquête N Abraham et M.Torok, dans « Le verbier de l’homme aux loups », avancent des arguments essentiels dans le même sens, ils s’appuient sur une analyse minutieuse de l’histoire du patient pour faire l’hypothèse de l’organisation d’une crypte chez celui-ci, le lien de la crypte au clivage mériterait d’être plus exploré du coup.

Je voudrais proposer une hypothèse complémentaire en partant de la remarque avancée plus haut qu’il y a des effets-miroirs aussi bien dans La tête de Méduse que dans le cas analysé dans l’article sur le fétichisme. Mon hypothèse serait la suivante: il s’est produit un point de fragilité narcissique antérieur à la découverte du sexe féminin, point de fragilité narcissique lié à un échec ou une torsion plus ou moins étendu de la « fonction miroir du visage maternel » décrite par D.W.Winnicott.

La fonction miroir du visage de la mère – mais sans doute plus généralement des réponses premières de l’environnement maternant – est l’une des expériences majeures de la régulation narcissique première. Entre l’infans et lui-même il y a le reflet que l’environnement lui restitue de lui, de ses affects et de ses processus internes. L’enfant se découvre et s’identifie à partir de ces reflets et échos. On doit même faire l’hypothèse, tout son appareillage premier le laisse pressentir, que dès la naissance le bébé « attend » un tel type de réponse, qu’il naît avec la préconception d’un environnement miroir de lui-même, ce que le concept de narcissisme infantile tente d’ailleurs très bien de cerner.

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Quand la « fonction miroir » est insuffisante ou quand elle subit des torsions trop importantes – l’environnement interprète les états affectifs et les processus des bébés en fonction de ses caractéristiques propres et de sa propre capacité à entrer en contact avec ses propres états internes – le bébé vit une déception narcissique primaire qu’il endure sans pouvoir identifier précisément la source de son mal être. Cela provoque une forme de traumatisme primaire et mobilise des défenses contre l’impact de cette situation traumatique et en particulier des défenses qui amputent le développement de sa subjectivation, des défenses par « retrait de sa subjectivité » hors des expériences traumatiques.

Dans cette perspective le trauma affecte la mise en place du «féminin primaire », de la toute première rencontre avec la question du féminin, la question de la nature de la réceptivité de l’environnement maternant. Mais elle l’affecte de telle manière que le sujet, s’il en garde des traces, n’est pas en mesure de s’en faire une représentation utilisable, une représentation symbolisable. La découverte postérieure et donc secondaire des signes corporels du féminin va donner l’occasion au petit enfant de « figurer » au dehors la blessure première liée à la déception narcissique primaire. La « sexualisation » de la blessure rend possible une suture partielle du trauma, elle permet au sujet de « revenir sur scène », sur la scène dont il avait dû se retirer.

Aller plus loin impose la nécessité de prendre en compte des travaux post- freudiens sur le clivage et la première enfance.

Après et au delà de Freud.

La théorisation du clivage que Freud nous propose est en large conformité avec sa référence centrale « au vu et à l’entendu », référence que ne cesse d’égrener ses divers textes.
Nous devons à S Ferenczi d’avoir assez tôt proposé l’idée qu’il pouvait y avoir des clivage de différents niveaux et donc peut être des formes de retrait de l’investissement du sujet, des formes de son degré de présence à lui-même et à ses expériences subjectives (Erlebnis). Il souligne en particulier qu’il peut y avoir des formes de clivages « profonds » qui affecte la possibilité même de se sentir. Il ne s’agit donc plus simplement de ne pas voir ou de ne pas (se) voir, mais il s’agit de ne plus sentir ce qu’on sent, de ne plus (se) sentir.

Pour Freud, dans la majeure partie de son œuvre, la symbolisation et l’activité représentative est réduite à l’opération qui fait passer de la représentation de chose (visuelle) à la représentation linguistique ou représentation de mot. Même s’il entrevoit un processus qui fait passer de la trace première (la trace mnésique perceptive, la « matière première psychique », le représentant psychique de la pulsion, la motion pulsionnelle, le Ça etc.) à la représentation de chose, il réduit ce processus à une forme de « domptage » énergétique, à un deuil premier de la recherche de « l’identité de perception » hallucinatoire ou quasi hallucinatoire. Ce n’est que lorsqu’il s’avise, dans Construction en analyse de la possibilité que perception et hallucination soient simultanées, que ce modèle commence à

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être sérieusement battu en brèche et qu’il entrevoit la possibilité que la perception soit investie de manière hallucinatoire. Il en fait alors un pivot possible du traitement de la psychose.
D.W.Winnicott fondera quant à lui l’ensemble de sa théorisation sur la simultanéité d’une hallucination (le crée) et d’une perception (le trouvé) pour former le paradoxe des processus crées/trouvés. D Anzieu pour son compte ouvrira toute la question de l’importance du corps senti en introduisant le concept de «Moi-peau» puis la problématique des diverses «enveloppes psychiques ».

De tels apports modifient en partie notre représentation de ce que Freud appelait en 1911 « le cours des évènements psychiques », elle la modifie en introduisant le senti et donc un niveau supplémentaire de complexité, au delà du simple passage du vu à l’entendu, et par voie de conséquence une complexification de la question du clivage.

Il me faut donc essayer de préciser maintenant comment, compte tenu de ces apports, on peut modéliser le « cours des évènements psychiques » et ce qui peut affecter chacune de ses étapes.

Le cours des évènements psychiques.

Il nous faut partir de l’impact premier de l’expérience psychique, ce que Freud nomme à diverses reprises (1900, 1920, 1923) «la matière première psychique », mais qu’il nomme à d’autres moments selon son angle d’approche comme nous l’avons évoqué plus haut : trace mnésique perceptive, représentant psychique de la pulsion, Ça, ou motion pulsionnelle.

Cette matière première est complexe, elle est multi-perceptive (elle se compose d’impression en provenance des cinq sens) multi-sensorielle (elle mobilise la sensori-motricité) et multi-pulsionnelle. Mais elle est aussi en partie inconsciente. Elle est en partie, et même quand l’expérience n’est pas traumatique, énigmatique du fait de sa complexité et qu’elle est en partie inconsciente et peut-être « non susceptible de devenir consciente sous sa forme première » (Freud 1923). Mais elle ne peut non plus être d’emblée subjectivée, elle est « matière psychique », Ça, pas encore matière subjective : la trace première est trace de l’impact du réel sur un sujet, elle mêle ce qui vient du dehors, le non moi, et l’impact et la réaction du sujet, de manière non discriminée puisqu’elle est à l’interface des deux, elle est donc « sans sujet ni objet ».

Hypercomplexe et énigmatique la « matière première psychique » n’est pas immédiatement saisissable, elle doit être médiatisée et décondensée pour devenir assimilable et intégrable.
La première urgence de l’appareil psychique est de la dompter (Freud) de s’en assurer la main mise. Ce n’est que dans un second temps, et dans un climat de sécurité que le sujet pourra se présenter de nouveau l’expérience vécue pour

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tenter de la symboliser et l’intégrer. « Le temps où ça se passe n’est pas le temps où ça se signifie » aime à souligner A.Green.
Mais pour subjectiver l’expérience le sujet à besoin de « la faire passer dans les sens » : « rien n’est dans la pensée qui ne fut d’abord dans les sens » souligne Freud à diverses reprises à partir de Locke. Et s’il ne méconnait pas l’objection de Leibniz – « si ce n’est la pensée elle-même » – Freud affine sa réponse en soulignant que si la pensée elle-même n’est pas dans les sens par contre sa symbolisation et son appropriation subjective passent, elles, par les sens (Freud 1913 chapitre sur l’animisme). L’expérience va donc devoir être médiatisée et pour cela transférée dans des objets « matérialisés ». C’est là que la fonction miroir de l’environnement premier joue tout son rôle.

Les premières formes de représentations symboliques produites par cette manière de retracer l’impression dominante de l’expérience vécue ont été décrites en France par D Anzieu et P Aulagnier respectivement sous les noms de « signifiants formels » et de « pictogrammes ».

Il s’agit de processus « sans sujet » conformément à notre hypothèse concernant la matière première psychique, des processus qui se présentent sous une forme sensori-motrice : « ça glisse », « ça prend », « ça tombe », « ça pénètre » ou encore « trou sans fond » ou « blessure ouverte » etc. plus ou moins accompagnée des pictogrammes d’appropriation « prendre en soi » ou de rejet comme « cracher ».

Ces premières formes représentatives vont être ensuite déployées et explorées pour être scénarisées dans des mises en scènes qui vont proposer ou déterminer un sujet et un objet pour configurer des scénarii susceptibles de raconter une histoire.

Par exemple un patient raconte la série de rêves suivante : premier rêve « deux parties se rejoignent », second rêve, « deux planches s’assemblent ça fait comme une luge, je monte sur la luge et glisse, je l’arrête et remonte la pente ». Il commente, « je vais mieux avant ça ne s’arrêtait pas ». Quand le sujet (re)vient sur scène il peut contrôler le signifiant formel « ça glisse » et prendre les commandes du processus.

Retour au clivage.

Le clivage opère lors de ces premières opérations du cours des évènements psychiques, il affecte la possibilité du sujet à venir ou revenir sur la scène pour en prendre le contrôle, en devenir le sujet, l’acteur et ainsi à sortir de la contrainte de répétition « sans sujet ».

L’impression première, la matière première de l’expérience est traumatique, elle produit de l’effroi, de la terreur et une agonie psychique qui marque l’effort du sujet pour tenter de la dompter, de s’en rendre maître mais aussi son échec. Face à cet échec le sujet potentiel se retire pour « survivre », « clivage au moi » et il mobilise des défenses contre le retour de l’expérience traumatique –

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immobilisation, gel de l’expérience, tentative de neutralisation énergétique par des contre investissements…
Cependant l’opération de retrait subjectif produit une blessure narcissique ouverte vécue comme une amputation de l’être, une reddition, un anéantissement, elle est douloureuse. Si le sujet ne peut « endurer et dompter » l’expérience traumatique il peut encore, ultime effort, auto représenter son processus de retrait. Ce sont les formes de ce retrait qui se retrouvent dans les angoisses extrêmes auxquelles la psychose, mais plus généralement les situations traumatiques, nous confrontent, c’est ce retrait qui donne l’impression de mort imminente qui accompagne le traumatisme, de catastrophe identitaire. Le sujet se retire par liquéfaction, ou par morcellement, par désintégration, néantisation etc. Les angoisses auto représentent ensuite la procédure de retrait du sujet, la forme à laquelle il a dû recourir ou qui a accompagné le retrait, métaphorisées la plupart du temps à partir du corps, elles témoignent du fait que cette opération s’est accompagnée de lutte pour rester en scène et d’un échec plus ou moins étendu de cette lutte pour rester sujet.

Mais la survie n’est pas la vie, même si elle permet de continuer à vivre. Les expériences non intégrées du fait du clivage et du retrait subjectif sont soumises à la contrainte de répétition – c’est ce que Freud comprend lors de son exil terminal à Londres peu avant sa mort -, elles tendent à faire retour, à être réactivées, en quête d’un statut psychique mieux subjectivé. Mais ce « retour du clivé » menace à son tour l’économie de survie que le sujet a pu mettre en place et il développe des mécanismes de défense contre le retour du clivé ou organise des formations psychiques palliatives – qui sont au cœur des tableaux des souffrances narcissiques-identitaires (R.Roussillon 1999) – qui restent très psychiquement couteuses.

C’est ce coût qui peut conduire les sujets à tenter une demande d’aide ou à mettre en place des formes d’appels à l’aide « sans sujet » demandeur, et qui peut rendre possible la rencontre avec un dispositif de soin qui peut tenter d’offrir une alternative aux « solutions historiques » mises en place par le sujet.

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AFECTO INCONSCIENTE, AFECTO–PASIÓN Y AFECTO SEÑAL

 

 

Afecto inconsciente ESPAÑOL

AFECTO INCONSCIENTE, AFECTO–PASIÓN Y AFECTO SEÑAL

 

R. Roussillon

 

INTRODUCCIÓN

         Si bien los autores anglosajones –fieles en ese sentido a cierta tradición freudiana – tuvieron siempre muy presente el lugar que ocupa el afecto en la clínica de la cura, en Francia, durante bastante tiempo, la importancia del afecto estuvo opacada en parte por el impacto del pensamiento lacaniano y la influencia dominante que ejercía la representación, el significante, en el mismo. El afecto y sus manifestaciones, así como su función en la cura, quedaron reducidos durante todo un período a la condición de parientes pobres de la reflexión metapsicológica. Si debiéramos fechar el momento en que volvió a ser tomado en cuenta desde la perspectiva metapsicológica, habría que ubicarlo sin duda en 1970, con el monumental informe que A. Green presentó sobre el afecto en el congreso de lo que en esa época se denominaban aún « Lenguas Romances ».

Como se recordará, en su informe A. Green « dialoga » mucho con el pensamiento lacaniano, justamente para destacar hasta qué punto ese pensamiento omite tomar en cuenta el « discurso viviente » del afecto. De ese modo quedan claramente establecidas las alternativas metapsicológicas en discusión. Desde entonces, una clara línea divisoria separa a quienes hacen de la práctica psicoanalítica un juego de significantes lingüísticos, de aquellos que encarnan el habla y el discurso del analizante en la experiencia corporal y afectiva, confiriéndole al representante-afecto un papel determinante en la vida psíquica y en su regulación.

         Pero desde entonces la reflexión sobre el afecto ha permeado los más diversos ámbitos de la cultura, desbordando ampliamente los círculos restringidos del debate psicoanalítico. Etólogos, psicólogos de todas las tendencias, biólogos, se dedicaron, cada uno en su órbita, a estudiar sus formas y procesos y a precisar sus funciones. En Francia, J-D. Vincent y su « Biología de las pasiones », en los Estados Unidos, A. Damasio, con su denuncia de « El error de Descartes » para citar sólo algunos de los trabajos de referencia más difundidos de los últimos años, reubicaron el tema del afecto en el centro de la biología humana, renovando el enfoque de Darwin y de su obra sobre « la expresión de las emociones », que durante mucho tiempo había sido considerado como única referencia. Por su parte, los « observadores » y clínicos de la primera infancia, encabezados sin duda por D. Stern (1985) y S. Fraiberg (1983), estudiaron el lugar y la importancia de la vida afectiva compartida en la organización inicial de la subjetividad, en la regulación primera de la relación que une y distingue al bebe humano y a sus primeros objetos.

         Por todos lados surgen ahora trabajos sobre el afecto, y el psicoanalista no puede sino regocijarse del entusiasmo de los investigadores por un aspecto de la vida psíquica cuya importancia decisiva, durante largo tiempo sólo él subrayaba, junto con la literatura por supuesto. Ya acabó el tiempo en que se imaginaba que podría estudiarse al ser humano aplicando modelos mecánicos, computacionales, en que se buscaba encerrarlo en una « caja negra » conductual, sin prestar mayor atención a lo que lo constituye como « discurso viviente», a lo que hace de él una subjetividad afectivamente encarnada. Y no podemos sino aplaudir el cambio.

         Sin embargo, esta situación, nueva para el psicoanalista, entraña potencialmente tanto peligro como interés.

         El peligro –el mayor peligro– es que la comprensión de la vida afectiva que el psicoanalista analiza, en conocimiento de estos trabajos, quede ahogado en un conjunto de propuestas fragmentarias que emboten la arista viva de sus enunciados y teorías propias, banalizando sus propuestas fundamentales, y culminado finalmente, en una disolución del nivel de sentido que intenta hacer emerger.

         El primer peligro es el sincretismo o la fragmentación.

Pero también está el peligro de que el psicoanalista, enfrentado a esta amenaza, se aparte de todos los aportes de las disciplinas comprometidas con estos estudios, y se repliegue en sus trincheras, sin admitir que están siendo « trabajadas » por esos otros estudios.

         En cuanto al interés, debería surgir de la reflexión metapsicológica que los diferentes aportes recientes de las ciencias experimentales pueden inspirarle.

         En suma, es preciso reconocer que, una vez superados los aspectos polémicos que presentan a veces estos trabajos con relación al psicoanálisis, sus resultados no son contrarios ni antagónicos desde la perspectiva metapsicológica, sino que permiten enriquecerla o afinarla.

         En cuanto al afecto, entonces, los trabajos de los biólogos de las pasiones o las emociones quizás permitan afinar el análisis de su naturaleza, profundizar su interfase somática y nuestra comprensión de su acción. Los trabajos de los etólogos de las comunicaciones precoces permiten captar in statut nascendi cómo se compone y se organiza el afecto en relación con los primeros objetos de investimento, permiten retomar y ahondar los procesos del narcisismo primario.

         Evidentemente, la condición sine qua non de la heurística de este planteo radica en la integración de estos aportes fragmentarios en la teoría general de la psiquis que propone la metapsicología psicoanalítica, y no a la inversa, haciendo que ésta resulte diseminada, según los enfoques y métodos experimentales. Este planteo, que trata de integrar los aportes provenientes de la biología o de « la observación naturalista » en la metapsicología freudiana, es el que anima las reflexiones siguientes, las que a mi juicio, siguen estando en directa relación con el enfoque de Freud, que muchas veces apoya sus avances sobre los descubrimientos de las disciplinas afines. Pero estas reflexiones sólo son pertinentes en la medida en que integran las cuestiones que la clínica de la patología narcisista-identitaria plantea al psicoanálisis, las del « afecto inconsciente » en primer lugar, luego la de la pasión con la que paradójicamente está estrechamente vinculado, como trataremos de destacarlo.

 

EL AFECTO INCONSCIENTE

         Con este primer concepto vuelve a plantearse uno de los puntos claves de la discusión entablada en 1970 por A. Green, tema que ya entonces era determinante en el debate metapsicológico y clínico, y que aún hoy sigue representando gran dificultad. En efecto, la dificultad mayor del tema del afecto no alude al afecto vivenciado, al afecto que se vuelve consciente por el propio hecho ser sentido, en la medida en que justamente el afecto sólo compromete al inconsciente a nivel del representante-representación, lo que sigue siendo ampliamente compatible con la mayoría de los enunciados de los no-psicoanalistas. Volveremos sobre este punto más adelante.

         Lo medular de las discusiones, tanto el debate histórico de 1970 como el actual con las otras disciplinas, gira ante todo en torno a la noción, problemática y paradojal, si las hay, del concepto de « afecto inconsciente ». En particular –y ésta es una de las principales referencias freudianas sobre el tema–, la discusión pudo circunscribirse al desafío planteado por el concepto de « sentimiento inconsciente de culpabilidad » y sus relaciones, tanto con el tema del super-yo como con la reacción terapéutica negativa, o con una « necesidad de castigo » y, aún más, con las formas del masoquismo.

         La noción de « afecto inconsciente » supone, en efecto, una paradoja que sólo el psicoanálisis hace tolerable, por cuanto el concepto designa un proceso que afecta y no afecta la psiquis. El afecto inconsciente supone un proceso de afectación que debe inferirse a partir de sus efectos, un proceso que no se da como tal, que no se manifiesta, y que debemos enunciar como hipótesis para tornar inteligible un aspecto de la vida psíquica que de otro modo sería incomprensible, no-integrable. En suma, es un afecto que afecta a la psiquis sin que ésta parezca afectada, ni parezca siquiera prestarle atención. El afecto no se traduce somáticamente como en la histeria, ni se desplaza a otra representación, como en la neurosis de constricción, (obsesiva) ni tampoco es reprimido, lo que supondría que fuera percibido pese a todo. Parece más bien no tener lugar psíquico donde componerse. Y sin embargo, produce efectos, efectos « en negativo » en cierto modo, fruto de su no-composición o de su des-composición, de la ausencia de su organización como señal.

         La formulación de estos temas no es fácil, como se puede advertir en mis presentaciones anteriores; el afecto inconsciente se enfrenta a la cuestión, que fue punto importante del debate de entonces y que aún hoy nos planteamos, a saber: ¿qué significa « inconsciente » cuando de afecto se trata? ¿La inconsciencia del afecto es de igual naturaleza que la de la representación? ¿La noción de afecto inconsciente no nos lleva a reconsiderar la concepción del inconsciente, a abandonar la versión unitaria del mismo que caracterizaba la « primera tópica », para adoptar la pluralidad de las formas que le reconoce la segunda tópica?

         Este tema es uno de los que continúan « trabajando » nuestra clínica actual, uno de lo que la clínica hace trabajar, es el que el sufrimiento narcisista identitario plantea al analista. De ahí que intentemos una nueva definición de la naturaleza del afecto, del lugar que ocupa en la interfase o, según el concepto propuesto por E. Morin, el « dialogado » que se establece entre soma y psiquis.

         En efecto, como lo subrayaran siempre firmemente los psicosomáticos siguiendo a Freud, el afecto desempeña un papel muy importante en la regulación psicosomática, de modo que no podemos conformarnos con abordar el afecto desde su único enfoque psíquico; es necesario considerar también su aspecto somático. Somático y no sólo corporal, aquí no se trata de tomar en cuenta únicamente la imagen del cuerpo o su libidinalización, lo somático está implicado en su funcionalidad, en sus procesos biológicos, aún cuando se pueda considerar que el estudio de estos procesos escapa en cierto modo al campo del psicoanálisis. Aunque esté fuera del campo de la intervención práctica, puede no estar fuera del campo de la reflexión metapsicológica. Es en este sentido que las investigaciones actuales de biólogos y etólogos de la primera infancia pueden sernos de alguna utilidad.

         En « Inhibición, síntoma, angustia » (1926) Freud ya había subrayado que todo inducía a creer que el conjunto de las manifestaciones corporales del afecto cumplía sin duda una función precisa en la economía de auto conservación del sujeto. Cuando Freud rechaza la concepción de la génesis el afecto de angustia vinculada con el trauma del nacimiento, declara: « el afecto es una necesidad biológica para la situación de peligro y, de todos modos, habría sido creado ». Se puede pensar perfectamente entonces, que Freud se acerca a las tesis de C. Darwin, cuya importancia para el pensamiento freudiano es muy conocida.

  1. Darwin, cuya propuesta fue ampliamente acompañada por los biólogos, subraya que las manifestaciones biológicas del afecto representan la preparación del animal humano para la acción sugerida por el contexto en el que se encuentra. El afecto representa entonces un conjunto de reacciones somáticas coherentes, organizadas, vectorizadas, en relación con una situación particular que implica una acción adaptada: es una red de reacciones somáticas cuya primera función consiste en anticipar y preparar una acción determinada. Desde el punto de vista somático, el afecto es eso ante todo. De ese modo, « los biólogos de las pasiones » modernos exploraron en detalle las redes de conexión, asociación e interacción que se establecen en el soma, en la producción del afecto.

         Los sistemas hormonales, los mediadores sinápticos, los sistemas parasimpático, inmunológico, cardiovascular, muscular…..se articulan para « movilizar » el cuerpo y prepararlo para la acción. En su aspecto biológico, el afecto debe ser considerado como una red de conexiones, una red de asociaciones, una red compleja de ramificaciones, organizadas y orientadas por un proyecto de acción. Desde el punto de vista psíquico, sólo lo conocemos como un representante de la pulsión, pero esta función sólo es una « propiedad emergente » de la red de conexiones asociativas somáticas que lo componen, esta red « informa » – « auto informa »- a la psiquis de los procesos biológicos que se movilizan y asocian en el soma, informa a la psiquis sobre el acto que se está preparando.

  1. Darwin, y también a este respecto todo parece indicar que fue ampliamente seguido por sus contemporáneos, señala también que la reacción de conjunto del soma que produce el afecto, produce además un mensaje dirigido a sus congéneres, a sus semejantes. Ésta sería otra de las « propiedades emergentes » de la red asociativa somática: produciría mensajes, uno dirigido al propio sujeto, otro hacia el prójimo. El afecto produciría o propondría así una primera forma de lenguaje, emitiendo mensajes de estados internos, una forma de primer lenguaje « animal ».

         Según la hipótesis que propongo, uno de los efectos de la red de respuestas somáticas asociadas es producir potencialmente la propiedad de « mensaje » o también de « señal-mensaje » para la psiquis, o retomando el vocabulario psicoanalítico freudiano tradicional, producir un « representante ». De éste depende la construcción del afecto en señal-de-afecto o afecto-mensaje, y además, la conciencia del mismo. Nada impide pensar que la organización de la red de conexión asociativa somática pueda permanecer « inconsciente », que se produzca algo que frena la emergencia de la propiedad señal de mensaje psíquico, o que produce distorsiones de esta propiedad que desnaturalizan su forma. De ahí que deban considerarse dos cuestiones.

         La primera alude a la organización de la red de conexión asociativa del soma, es decir, la organización según un vector, que le confiere su carácter de « empuje » organizado hacia la acción o el acto. Esa organización en torno a un vector implica un conjunto orientado hacia una acción determinada; aunque ésta no se produzca, supone que la red de conexión está estructurada de una cierta manera. Podemos pensar que ciertos factores vengan a distorsionar esa organización. Existen conexiones « aberrantes », asociaciones idiosincrásicas particulares, fortuitas, vinculadas con circunstancias históricas particulares que pueden alterar la organización de la red en mensaje.

         Ya en 1985, Freud destaca la analogía existente entre los reflejos condicionados y ciertas « asociaciones » psicopatológicas; en 1926, recuerda esta concepción y evoca entonces los « reflejos condicionados complejos ». Los trabajos actuales sobre la memoria subrayan la importancia de las asociaciones por simultaneidad en la construcción de la misma. Esta asociatividad incluye también la asociatividad de las reacciones somáticas, tal como lo demuestra ampliamente la alergia. El modelo del reflejo condicionado « complejo » está lejos de ser obsoleto, muy por el contrario, algunos trabajos actuales muestran toda su pertinencia, por ejemplo, en lo que respecta al sistema inmunológico, cuya estimulación se puede hacer variar por asociación con un estímulo dado.[1] Nada impide pensar que la historia pudo producir asociaciones por contigüidad o simultaneidad, que obstruya la emergencia de un mensaje-señal suficientemente unívoco para que sea percibido como tal, para que sea compuesto como representante psíquico. Existe una memoria « biológica » de las asociaciones de reacciones somáticas. El « Memories in feeling » de M. Klein no está muy lejos de ser demostrado. ¿Se puede pensar entonces que los cuidados corporales precoces inapropiados, caóticos, podrían contribuir a producir ese tipo de asociaciones, desorganizando la estructuración del afecto? Retomaremos este tema más adelante.

         La segunda pregunta se refiere a la representancia psíquica de la red de conexiones somáticas, a su composición en afecto psíquicamente representado: la capacidad de composición o de interpretación psíquica del “mensaje-de-afecto” puede ser afectada de tal manera que éste no sea percibido o sea mal percibido.

         El interés de la concepción freudiana del afecto-representante de la pulsión, límite entre soma y psiquis, es que introduce la idea de la organización de un representante, y por tanto, inversamente, de la existencia de un proceso de representancia. La representancia del afecto no es algo evidente, el afecto es una « composición » de afectos elementales que producen conjuntos más complejos, pero también composición de un conjunto de reacciones somáticas.

         Dos ejemplos pueden servir para precisar la naturaleza de los temas clínicos así involucrados.

         Algunos terapeutas serios de tendencia conductista intentan medir el impacto preciso de su tratamiento. En el tratamiento de las aracnofobias en particular, ciertos investigadores alemanes proponen el protocolo siguiente.[2]

         Se sitúa primero al sujeto fóbico frente a una serie de imágenes y películas en las cuales se deslizaron imágenes de arañas en forma subliminar. Esto despierta en el sujeto una reacción de terror. Paralelamente, se registran toda una serie de reacciones somáticas que acompañan el estado psico-afectivo manifiesto del sujeto. De ese modo, se pueden objetivar los parámetros somáticos del afecto de terror del sujeto.

         Luego se realiza una reeducación conductual de la fobia, en la que, progresivamente, el sujeto es colocado por el terapeuta en una situación de acercamiento progresivo a una araña migala. El señuelo de plástico, presentado al principio de lejos, es reemplazado progresivamente por una araña verdadera, que se ubica cada vez más cerca. La reeducación termina cuando el sujeto puede tolerar, sin terror manifiesto, ver correr el animal fobógeno sobre su brazo.

         Después vuelve a colocarse al sujeto en la situación inicial de registro, con las imágenes y películas. El sujeto ya no presenta ninguna reacción afectiva consciente de terror, pero en cambio, los signos somáticos registrados no cambiaron, son exactamente iguales a los medidos previamente, definidos como propios de la reacción somática de terror primigenio frente al objeto fobógeno.

         De ese modo pudo distinguirse el aspecto psíquico del afecto y su aspecto somático; el afecto psíquico se volvió inconsciente, pero el afecto “somático” persiste.

         Otra experiencia realizada, ésta a partir de trabajos sobre el apego, concuerda con los resultados de la experiencia que acabamos de relatar.

         La « reacción » de apego se presenta bajo cuatro formas observables clínicamente. El apego[3] llamado « asegurado », que corresponde al concepto corriente de apego, en el cual las manifestaciones afectivas con respecto al objeto de apego son congruentes con el propio apego. Se suceden diferentes reacciones: displacer cuando el objeto se aleja; consuelo personal en su ausencia; gozo del reencuentro a su regreso. El apego llamado « ambivalente » o « resistente » es en el que se observa, al regresar el objeto de apego, una alternancia de movimientos de amor y rechazo u hostilidad. El apego llamado « evitante » se caracteriza por evitar el objeto de apego, por un rechazo manifiesto del vínculo y del trato con éste, o incluso por una « alucinación negativa » de su presencia. Por último, el apego « desorganizado » o « desorientado » muestra una desorganización profunda del modelo de comportamiento de apego.

         Lo que está en curso de exploración experimental, pero comienza a demostrar su pertinencia, es que en el nivel de los indicadores, llamémoslos a éstos también « biológicos » o somáticos, para decirlo rápidamente, en todos los casos, y cualesquiera sean las modalidades de expresión manifiesta observables del apego, por tanto cualesquiera sean los afectos expresados y manifestados, se observan las mismas constantes biológicas como reacción a la separación de la madre. Se puede decir que la ausencia de la madre afecta « somáticamente » de la misma forma a todos los niños colocados en la « situación extraña » que sirve de base para la observación. Lo que varía de un niño a otro, las formas observables del apego, son únicamente las formas de manifestación o falta de manifestación del afecto, cómo va a estar compuesto y, sin duda, cómo va a ser percibido psíquicamente.

         Todo esto aboga a favor de la existencia de un proceso por el cual las manifestaciones somáticas del afecto, así como sus manifestaciones psíquicas, pueden ser disociadas, o por el contrario, armonizadas y concertadas. Lo que significa que existe un proceso de afectación psíquica del afecto « somático », del afecto potencialmente presente a partir de reacciones somáticas. Este proceso no es obvio. La representancia psíquica del afecto somático se construye, se compone. Puede ser compuesta en forma variable, como lo muestra el ejemplo del apego, no es un simple « reparto de naipes » que genere automáticamente siempre el mismo efecto.

         Esta hipótesis plantea numerosas preguntas clínicas. El proceso de represión del afecto descrito por Freud y por los psicosomáticos, ¿se refiere siempre a un afecto ya compuesto y « congelado », « petrificado » o también « sofocado » psíquicamente por el proceso de defensa del sujeto, por un contra investimento energético del mismo[4]? ¿Puede explicarse, en algunos casos, por una dificultad en la composición psíquica del afecto, es decir, por una composición psíquica del mismo que deje en parte desorganizadas, potencialmente anárquicas, las diferentes redes de respuestas somáticas subyacentes? ¿Se puede postular que, en el curso de la historia del sujeto, se hayan efectuado asociaciones somáticas que pudieran obstaculizar la representancia del afecto y su composición psíquica? ¿Sólo persistirían entonces sus manifestaciones somáticas, sin afecto psíquico, sin señal de afecto organizador?

         A partir del momento en que se introduce un proceso de representancia, entre la composición somática del afecto y su representancia psíquica, cabe preguntarse cómo se da ese proceso y cuáles son sus condiciones de posibilidad. Dos breves ilustraciones clínicas servirán para introducir la continuación de mi reflexión.

         La primera se refiere a un hombre que presenta crisis de depresión de tipo melancólico caracterizadas por una caída del tono vital y, sin duda, de las defensas inmunitarias. El paciente mejoró mucho en una primera etapa de análisis con una analista mujer, pero cuando vino a pedirme que aceptara proseguir con él la exploración psicoanalítica de sus estados interiores, aún padecía un estado depresivo general y numerosas inhibiciones de su potencial vital. Haré abstracción de la primera fase del proceso analítico, dedicada sobre todo a la elaboración transferencial de su relación con un padre no afectuoso, rígido, poco presente. Elaboración de una hostilidad intensa frente a un personaje paterno que frustró el amor de su hijo y sólo le manifestó escaso interés verdadero. La depresión mejoró, pero no en forma decisiva, y la relación transferencial comenzó a dejar emerger y sensibilizar los efectos de la relación del sujeto con una madre afectada por una psicosis maníaco-depresiva, con aspectos delirantes. Dos episodios depresivos graves, con marcados aspectos melancólicos, acompañan la puesta en primer plano del análisis de esta relación. En ambas ocasiones, se manifiesta una desorganización psicosomática, el sujeto se « descompone ».

         El episodio decisivo de la elaboración de las crisis depresivas se produce en el momento en que se pueden vincular las caídas del tono vital del sujeto, sus momentos de « descomposición », con la respuesta del objeto materno a sus impulsos en la época de la niñez del paciente. Aparece en primer lugar un carácter caótico e inconstante de las respuestas afectivas: a veces la madre acepta los impulsos, llega incluso a potenciarlos hasta el desborde, luego en forma brutal, cambia de actitud y lo rechaza. Pero en general, la respuesta materna a todo movimiento afectivo es dar vuelta la cara, encerrarse en su ser, e incluso manifestar rechazo como ante una amenaza de ataque. En el niño se instala la confusión, una confusión entre amor y odio, entre impulsos amorosos y movimientos hostiles; luego el impulso se quiebra, el tono decae, se derrumba, y es entonces cuando el sujeto se descompone.

         La segunda ilustración clínica que deseo mencionar se refiere a una joven que cursó un episodio grave de anorexia durante su adolescencia. Se trata también de una segunda cura, e igualmente en este caso, el primer análisis fue conducido por una analista. La anorexia propiamente dicha, es decir, como trastorno grave de la alimentación, se reabsorbió durante el primer análisis, pero cuando la paciente se dirige a mí para reiniciar un análisis, sigue presentando importantes restricciones alimentarias y conserva una organización vital y un funcionamiento psíquico de tipo anoréxico.

         También aquí voy a reseñar brevemente los primeros tiempos de la cura, marcados por la predominancia de una transferencia paterna. Esta vez se trata más bien de una relación con el padre, siempre expuesta a la amenaza de altibajos incestuosos. No hubo pasaje al acto con la propia paciente, pero parece que por lo menos una de las hermanas sufrió toqueteos por parte del padre y sin duda también alguna de las amigas de la paciente cuando venían a dormir a su casa. Sin embargo, más allá de esta amenaza de perversión de la relación, el padre representó una fuente de investimento e identificación absolutamente esencial en la economía psíquica de la paciente. También en este caso, se pasa progresivamente de la identificación inconsciente con el padre, al tema de la relación con la madre y a la organización, o más bien, al fracaso de la organización, de la homosexualidad primaria « en paralelo ».[5]

         La elaboración del complejo de reacciones de celos en el momento del nacimiento de una hermana menor reactiva una parte de los investimentos sociales y relacionales congelados desde el final de la adolescencia. Pero hay dos características clínicas que atraen mi atención. Cuando los investimentos sociales y relacionales vuelven a activarse, en seguida enfrentan a la paciente con verdaderos estados pasionales potencialmente desorganizadores, y es necesaria toda mi vigilancia psicoanalítica para que no vuelvan a congelarse inmediatamente los investimentos y toda la vida afectiva. Cuando reaparece el calor de la vida afectiva, lo hace de un modo pasional; la amenaza de desborde se presenta de inmediato, y con ella, la tentación de volverlo a « congelar » todo. Mi segundo comentario clínico alude a una de las razones de la intensidad de la reacción, al nacer la hermana. El investimento materno se inclinó en forma brutal hacia la hermana menor, dado que la madre, sin duda, no podía investir más de un hijo al mismo tiempo.

         El proceso del análisis permitió perlaborar en forma más precisa las características más generales de la relación con la madre, más allá del momento traumático particular del nacimiento de la hermana, referidas a la trama de la vida relacional cotidiana, que constituye lo que podríamos llamar el « trauma acumulado » de la paciente. La relación es esencialmente de tipo operativo; la madre se presenta como una madre fría, « narcisista », que no responde a las manifestaciones afectivas de los miembros de su familia, está casi siempre replegada en su casa, es hiperactiva en las tareas del hogar, no está disponible para intercambio alguno. Está siempre en actividad, permanece de pie durante las comidas, nunca descansa, inalcanzable, nunca quieta, siempre en movimiento. La hija está allí, inmóvil, presa del aburrimiento, no molesta, apaga la vida que existe en ella, se restringe y limita todos sus procesos vitales.

         Habrán notado una particularidad en mi relato de estos dos fragmentos clínicos: lo que ambos subrayan no son los procesos de los analizantes, sino más bien lo que se puede reconstruir de estos dos presentes en su entorno precoz o más tardío. Lo hice, por supuesto, en forma deliberada. En el curso del análisis, advertí sin duda las defensas narcisistas específicas de los dos analizantes mencionados. Pero lo que deseo destacar en esta reflexión es sobre todo el tema de la composición o de la descomposición del afecto, y esto no me parece clínicamente posible sin una referencia al efecto de los movimientos afectivos del sujeto sobre los de sus objetos significativos. La respuesta del objeto es insoslayable, no se trata solamente de sus respuestas primeras, de las de su edad más temprana, sino de las que se mantuvieron a menudo a lo largo de toda su infancia y que además, presentan muchas veces las mismas características.

         Sin embargo, es cierto que las reacciones de los primeros años de vida son determinantes, es sobre ese fondo que se organiza la personalidad, que se compone la vida psíquica, instalando los primeros procesos de tratamiento de la vida psíquica. El interés de la clínica de las relaciones precoces es permitir observar, en condiciones particularmente favorables y simplificadas, lo que se produce en una relación dominada por las pulsiones narcisistas. Permite descomponer y analizar lo que sigue presente en el segundo plano de todas las relaciones investidas en forma narcisista, lo que constituye su fondo, su trama.

         Es por eso que para continuar mi reflexión, deseo abordar ahora los aportes de la observación clínica del tiempo en que se organizan las primeras composiciones de la vida afectiva. Ya comencé a introducir el comentario epistemológico que hace pertinente esta exploración: entre la red de conexiones somáticas que constituye el afecto y el representante psíquico del mismo, debe insertarse un proceso de representancia.

         Dicho de otra manera, la teoría del narcisismo primario debe ser reevaluada a la luz de un estudio profundo de la clínica de la patología del narcisismo.

         Además, las dos teorías del narcisismo primario que se sucedieron en el pensamiento de Freud, muestran desde el principio la existencia de una dificultad importante que incidía sobre la representación del nacimiento de la vida psíquica.

         La teoría « autárquica » de 1911 insiste en el narcisismo del bebé: éste vive independientemente del objeto, como en una burbuja, en su cascarón, que el entorno debe mantener y conservar. La diferenciación del bebé y del objeto es reconocida, no plantea problemas, pero el objeto no existe, aunque proporcione las condiciones del mantenimiento de la autarquía inicial, no existe como objeto significativo, sólo existe, a lo sumo, como objeto de la auto conservación.

         Por su parte, la teoría « an-objetal » que logra ser formulada junto con la « vuelta de tuerca de 1920 », se perfila a partir de la evocación del mito del andrógino del « Banquete » de Platón. En su origen es un ser « total », el andrógino que se presenta sin diferencia alguna entre el yo y el otro: el « desgarramiento » que lo afecta luego condena a cada mitad a tratar de encontrar la parte que le falta, a restablecer el estado de fusión original.

         Por un lado, en 1911, y en esto radica la diferencia, lo que está ausente es la relación subjetiva significante; por otro lado, en 1920, la relación y el deseo que la constituye adquieren sentido en el intento por restablecer un estado anterior a toda diferenciación.

         La propia teoría está dividida entre dos características antagónicas, pero ambas, sin embargo, son clínicamente pertinentes. La noción de Winicott de una madre « espejo » primitivo, que debe constituirse como tal para no invadir el espacio psíquico del bebé, propone una respuesta paradojal frente a la doble exigencia esbozada en las propuestas sucesivas de Freud. Efectivamente, el objeto está presente desde el principio, efectivamente es percibido desde el inicio como exterior, punto que todos los trabajos de estos últimos años han confirmado ampliamente, pero debe ser constituido, « producido », significado, como « doble », como otro uno mismo.

         El doble sólo lo es, si es otro, diferenciado como otro objeto, si es otro objeto en el cual uno se reconoce, si es un reflejo de uno: ésa es la paradoja. El objeto sólo es un doble, si es otro reconocido como mismo. Lo que significa también un imperativo de diferenciación; el objeto debe ser otro, diferente de un imperativo de similitud, el objeto debe ser reencontrado como mismo. Una doble amenaza se cierne entonces sobre la relación: que el objeto no sea diferenciado, o que no refleje la propia imagen del sujeto.

         Esto significa, entre otras cosas, que una gran parte de lo que Freud explicaba sobre el narcisismo secundario, se aplica ya al narcisismo primario.

Para tratar de extraer conclusiones de esta evolución de la teoría del narcisismo primario sobre la composición del afecto, es preciso empezar señalando que lo que se produce en sí no es directamente apropiable originalmente, sin el « espejo » del objeto primario. El reflejo del objeto permite investir el proceso interno, primero libidinalizado, luego captado y apropiado. Entre uno mismo y uno mismo, el espejo del objeto « doble de sí mismo » debe ser introducido. Entre el afecto llamado « somático » en referencia a nuestros anteriores desarrollos, y su representancia psíquica, debe introducirse el reflejo del objeto, la naturaleza del reflejo del objeto. Es muy probable que exista el afecto bajo la forma de un « montaje » somático previamente construido. Los trabajos de los clínicos de la primera infancia (R. Emde, 1999) destacan la existencia de afectos primarios (alegría, tristeza, asco, miedo) presentes desde el origen. Pero esto no significa que el bebé pueda apropiárselos de inmediato, que pueda afectarse psíquicamente por ellos desde el inicio, a menos que éstos hayan sido reflejados por el entorno. Esta es la cuestión central que plantean nuestros desarrollos. Los afectos llamados « secundarios » (vergüenza, culpabilidad, decepción, etc.) son reflexivos, suponen una clara interiorización de la respuesta del objeto para ser organizados, corresponden a formas complejas y compuestas ya a partir de muchos otros afectos primarios.

¿Cómo se realiza entonces ese proceso de apropiación e interiorización del afecto?

La noción propuesta por Bion de un ensueño desintoxicante de la madre, de una función a, proporciona una primera indicación general para este tema, pero precisamente, demasiado general, por lo cual debemos adentrarnos en el detalle de esta función.

Varias investigaciones explican el modo particular de funcionamiento de estas cosas. La primera se refiere a lo que podríamos llamar, según la excelente expresión de C. Parat, la necesidad del « afecto compartido ». El afecto que siente el bebé debe ser empatizado por su madre. Esta es la condición sine qua non, ella debe sentir « en espejo » el afecto presente en el bebé. Para ser más precisos, habría que decir el « afecto potencial », ya que justamente, si el bebé está afectado por procesos somáticos que buscan hacerse representar en la psiquis, él sólo puede apropiárselos en la medida en que el objeto se los refleje, en la medida en que pueda re-encontrarlos fuera de sí.

Esto no significa que la madre esté en el mismo estado afectivo que el bebé, sino que lo que ella vive está en empatía con lo que vive su bebé, diremos con D. Stern « en una modalidad cercana », es decir que haya una correspondencia entre las dos vivencias, una adecuación, no una identidad.

Pero entonces, se me dirá, ¿el bebé distingue su vivencia de la vivencia propia de su madre? Es muy probable que haya confusiones, momentos de contagio emocional. Pero los trabajos del húngaro Gergely ponen de manifiesto la existencia de un conjunto de signos en la respuesta materna que le indican al bebé que la emoción que de ese modo le es reflejada en el rostro, es el conjunto mimo-gesto-postural mediante el cual la madre se hace eco del estado del bebé, que es su propia emoción.

En otras palabras, el « espejo » materno comunica al bebé que él « es el espejo », que « es el doble ». Dicho de otro modo, significa que el afecto « re-verberado » por la madre se significa como « signo » de afecto y no como afecto. Es el primer pasaje del afecto « somático » a la señal de afecto, la primera iniciación a la representancia. La observación muestra además que ese tipo de respuesta materna, en que la madre « comparte » el afecto del bebé, le refleja ese afecto y le señala que lo refleja, apacigua el estado de « pasión » afectiva del bebé.

Aquí vemos una primera forma de la representancia del afecto, y de su composición en dos tiempos, que requiere un rápido comentario sobre el pensamiento freudiano del afecto. En 1926, Freud propone una evolución de la teoría psicoanalítica de la angustia en la cual distingue la angustia-desarrollo o desborde, y la angustia-señal, simple señal. En 1983, yo formulé la hipótesis, basada en el texto de Freud, de que el modelo perfilado a propósito de la angustia era de hecho un modelo general del afecto. En el pasaje siguiente Freud formula claramente esta idea:

« Los estados de afecto se incorporan a la vida del alma como precipitados de experiencias de vivencias traumáticas muy antiguas, y son evocados en las situaciones similares como símbolos mnésicos.» OC XVII p. 21.

En un ensayo sobre la violencia y la culpabilidad (R. Roussillon, 1995 y 1999) intenté mostrar la heurística de ese modelo, en lo relativo a la culpabilidad, distinguiendo una forma de culpabilidad primaria post-traumática y de aspecto pasional, de la culpabilidad-señal del conflicto de ambivalencia. Algunos aspectos del informe de C. Janin (2002) sobre la vergüenza y en especial, la distinción que propone entre una vergüenza primaria y una secundaria, me parecen abundar en el mismo sentido[6]. He iniciado un trabajo de reflexión sobre la depresión « pasional » versus la depresión, simple señal de elaboración de duelo, que propone aplicar la misma distinción al afecto depresivo. Paulatinamente, el modelo debería poder generalizarse al conjunto de los afectos; es evidente, por ejemplo, cuando se trata de celos y envidia, o también del odio y los afectos de esa serie.

Lo que Freud llama angustia « desarrollo » presenta todas las características de un estado « pasional », en el cual el afecto invade todo el espacio psíquico. La vivencia traumática que Freud menciona en la cita antes transcrita me parece corresponder exactamente al registro « pasional » del afecto. Por ello, considero pertinente distinguir la pasión de la señal o del mensaje, es decir, la pasión de la simple emoción. Más adelante examinaremos el tema de la pasión en la clínica del sufrimiento narcisista, pero primero debemos continuar nuestra exploración de las condiciones primigenias de la composición del afecto.

Hemos visto que la madre transmitía al niño una « señal de afecto » destinada a permitirle distinguir sus afectos propios de los de su madre. Existe también una práctica materna que se observa un poco después, y que participa también en la transformación de la pasión en simple señal. Es lo que D. Stern llama el ajuste, que no debe ser confundido con la conciliación. La conciliación, descrita por D. Stern (1983), es el proceso por el cual madre y bebé comparten afectos correspondientes y comunican así por medio de los afectos y de sus manifestaciones. El ajuste, por su parte, se observa más tardíamente, cuando la relación está ya lo suficientemente bien establecida para que la madre sea percibida como un « objeto regulador » (D. Stern) o « transformacional » (C. Bollas), es decir que el niño acepta la función civilizadora que ella ejerce sobre él. El ajuste designa la forma en que la madre trata de « ajustar » la reacción afectiva del bebé, de modo que resulte más adecuada a la situación. Imaginemos a un bebé en un estallido de « berrinche » mientras están preparándole la mamadera que espera: él no puede percibir que esa preparación está en curso (ruidos familiares, gestos familiares de la madre, etc.). La madre capta la necesidad expresada por las manifestaciones afectivas del bebé, pero sabe también que él tiene suficientes « recursos » para esperar que el biberón esté listo. Le envía entonces una serie de mensajes que significan a la vez que comprendió su estado interno, que está haciendo lo adecuado para satisfacerlo, y que no es necesario que se ponga en « semejante estado », en la medida en que el mensaje sea bien recibido.

En otras palabras, le indica que la simple señal es suficiente y que no hay necesidad de desarrollar ese estado de angustia, ese estado pasional. También aquí la señal materna alude al signo, a la transformación del estado en simple signo, en simple mensaje. En cierta forma, las madres, al tiempo que « comunican », también « metacomunican », emitiendo mensajes referidos a la manera en que debe desarrollarse el intercambio. Lo más decisivo es que de ese modo « transforman » los primeros estados pasionales en señal, en mensaje, en símbolo.

 

RETORNO PASIONAL DE LA VIVENCIA EN LA CURA

Unas palabras más para redondear el tema de la incidencia de todo lo anterior sobre el trabajo psicoanalítico.

Freud distingue cuatro formas del afecto: la sensación, la pasión, la emoción y el sentimiento. Esta serie parte de la forma más corporal para llegar a la más integrada psíquicamente; en ese pasaje, la intensidad del afecto se halla disfractada, cada vez más, en la trama del yo, y la introyección pulsional es cada vez más completa, la composición del afecto es cada vez más compleja. En los estados neuróticos, el « retorno de la vivencia », cuando se efectúa en la cura, involucra sobre todo el retorno de la emoción o del sentimiento, más raramente de estados pasionales, aunque esta posibilidad no se excluye. En ese caso, éstos son transitorios, pasajeros, señalan la imbricación y la introyección en curso de un estado afectivo precoz, dentro de una organización psíquica post-adolescente.

El retorno de la vivencia en los « estados narcisistas », si bien también puede tomar la forma de un retorno emotivo, parece caracterizarse sobre todo por ser la forma pasional del afecto. M. Little propuso el concepto de « transferencia delirante » para describir la pasión de transferencia que puede acompañar el análisis de los pacientes « border line », y A. Green el concepto de « locura privada » para designar esas formas de pasión « localizada » en el terreno de la transferencia. Por mi parte, destaqué la « transferencia pasional » que acompaña los momentos de recuperación integrativa de los sectores « fracturados » de la organización central de la personalidad. Se trata de formas extremas, límites, de lo que observamos con « bajo ruido » en numerosos casos clínicos más frecuentes y menos marcados por el desborde de las expresiones desmesuradas.

En estas condiciones clínicas, todo parece suceder como si el « primer tiempo de estallido traumático » del afecto no hubiera estado acompañado por un segundo momento de organización del afecto-señal o del afecto-mensajero. El primer estallido fue demasiado amenazador, no pudo ser « yugulado » y ajustado en esa época, quedó inutilizable para constituir una señal. Al revés: movilizó más bien una defensa masiva contra su desarrollo, una reacción de defensa hacia el retraimiento subjetivo, e incluso hacia el clivaje. La defensa se movilizó contra el carácter desorganizador de esta primera forma de pasión, reprimida in statut nascendi, descompuesta o impedida en su expresión. Cuando el proceso psicoanalítico desconstruye poco a poco la defensa que así se instaura primitivamente, el carácter pasional, desorganizador, de la experiencia primigenia amenaza con reproducirse, instalándose en la situación actual, pese a los datos reales de esta última. Esto es lo que le confiere su carácter de « locura » al proceso transferencial que entonces se observa. El afecto deja de operar como señal, pierde su carácter reflexivo, y la pasión pasa a ser la forma del afecto más cercana al acto, al actuar, porque es « actuar » afectivo.

El analista se ve así ante la amenaza de quedar atrapado en una paradoja, se enfrenta a una « situación límite » de la práctica psicoanalítica. La transferencia « funciona » bien –demasiado bien– y reproduce, con « indeseable fidelidad » (S. Freud, 1938) las condiciones históricas iniciales. La identidad de percepción sustituye la identidad de pensamiento, necesaria para el trabajo de « reconstrucción » e interpretación: el afecto actúa, actualizando la historia, más que como soporte de la memoria reflexiva de un tiempo « de conmoción prehistórica del ser ».

Pero todo intento prematuro de intervención del analista en este sentido es vivido como defensa, indiferencia, asimetría insoportable, incomprensión radical por su parte. La interpretación es sentida como una repetición de la insuficiente empatía inicial, como el fracaso repetido del « afecto compartido » que se esperaba. El analista debe aceptar soportar pasivamente y acompañar el proceso, sin defensa, expuesto a la amenaza de que sus propios afectos contra-transferenciales desborden la adecuada neutralidad analítica. Debe aceptar el giro que la pasión pone en acto. En efecto, la pasión amenaza cambiar de campo, cuando adopta la forma de una intensificación de la actividad interpretativa, de una « reacción » interpretativa.

Los movimientos pasionales se refieren clásicamente a los procesos de duelo fallidos, e incluso a las depresiones subyacentes a los mismos, y a la denegación de la depresión. En toda pasión, un punto de melancolía pone de manifiesto sin duda su presencia, a menudo muda. La pasión es siempre más o menos desesperada, es por eso que tememos su carácter destructor, eso es lo que evoca la « pulsión sexual de muerte » en la pasión. La pasión forma parte de la agonía, la agonía antes de la derrota, ese aspecto presente en la agonía[7] como lucha residual (« agón ») por la vida, lucha en medio de la desesperación, lucha para no abandonar la esperanza.

Pero todas estas consideraciones, de indudable interés clínico, son sólo tangenciales frente a las « necesidades del yo » que subyacen en el estado pasional, en el « ubris » (DESMESURA) que manifiesta. En la pasión, el tema central, cualquiera sea el contenido de la propia pasión, es el de la reciprocidad, del afecto compartido, de la amenaza de fracaso de ese afecto compartido. Como mínimo, lo que le confiere carácter pasional al estado afectivo es la implicación de la cuestión de la respuesta afectiva del objeto al movimiento pulsional que se desencadena. Esa respuesta siempre está expuesta a la decepción, al descubrimiento de una forma de indiferencia del objeto.

S. Ferenczi subrayó muy tempranamente en la historia del psicoanálisis el carácter traumático de la « neutralidad » del analista, de su « indiferencia » manifiesta frente a los movimientos transferenciales[8]. Señaló hasta qué punto ésta exacerbaba las pasiones de transferencia, reeditando la denegación histórica de las particularidades de los primeros objetos. Más tarde, en especial en los cuadros clínicos en los cuales el sufrimiento narcisista-identitario ocupa el primer plano, los psicoanalistas pusieron de relieve más bien la repetición de una forma de encuentro fallido con el objeto. Este se mostró frío, indiferente, o inalcanzable, inconstante, imprevisible, cuando no caótico, alternando seducción con rechazo, excitación con negativa.

La pasión muestra la huella del fracaso del « afecto compartido » inicial, de la organización de la homosexualidad primaria « en doble »[9]; implica en su forma la repetición de ese primer fracaso, alimenta la esperanza de otra salida, al mismo tiempo que paradójicamente, espera « inconscientemente » que se repita el fracaso.

Pero también expresa la confusión afectiva en sí misma, intrínsecamente. El amor manifiesto esconde el odio que inspira el rechazo anticipado, el odio oculta la decepción amorosa, la espera amorosa frustrada, traumática. Uno y otro confundidos abrigan una forma de venganza. O más bien la distinción del amor y el odio ya no tiene curso, las intensidades excesivas distorsionan las calidades, sumiendo su apuesta y su diferencia en la confusión.

Es por eso que la pasión nos enfrenta a una situación sin salida, está atrapada en una doble exigencia, porque involucra también al objeto en esa misma alternativa paradojal. Ninguna respuesta puede ser satisfactoria, lo que no significa que el analista deba permanecer silencioso frente a su desencadenamiento. El silencio, que aparece entonces como la forma actual de la indiferencia, contribuye a acicatearla.

Frente a un movimiento pasional, la única opción del analista, como lo dije antes, es soportar en un primer tiempo, lo que éste le hace vivir. Ese es el significado de « sobrevivir » en ese momento: soportar y mantenerse empático, en la medida de lo posible, al dolor que el estado pasional siempre entraña, incluso cuando hay clivaje con respecto al estado afectivo manifiesto. La empatía es necesaria en la medida en que sólo ella hace posible conservar el « tacto » indispensable en toda intervención.

Pero para ser analista no basta con « sobrevivir », evitando ejercer represalias ni retirarse frente a un movimiento pasional que toma la forma de una acción sobre el otro. Se requiere algo más y algo distinto. La supervivencia es sólo la condición para que una situación analizante tenga posibilidades de mantenerse, pero no es análisis. La intervención llamada « intervención sobre la transferencia », o sea, la que se centra en el aquí y ahora de la sesión y se basa en las percepciones contra-transferenciales, tiende a mi juicio a exacerbar la actualización del movimiento pasional en la relación con el analista.

Creo más bien, según la línea propuesta por Freud en 1938, en « Construcción en análisis » y a propósito de momentos delirantes, que es más útil tratar de pensar y reconstruir la circunstancia histórica de homosexualidad primaria « en doble », que provocó el primer « afecto compartido » fallido, y no permitió que el afecto pudiera apaciguar sus primeras formas de expresión, de « todo o nada », para encontrar las formas de integración que permitan al sujeto salir de la soledad desesperada en la lo sumió el desencadenamiento traumático inicial.

Ya sea que el analista decida comunicar lo que reconstruye o que prefiera callarlo, según los casos, la comprensión de lo que vuelve a ponerse en escena, de lo que se re-presenta en y por el estado pasional, de la relación homosexual primaria en doble, es el medio más seguro de evitar que el analista quede encerrado en la dialéctica acción-reacción, y que la pasión del analista responda a la pasión de transferencia del analizante.

 

 

 

[1] Ponencia personal de L.-P. Jenoudet.

[2] Según un film científico presentado en Arte que relata punto por punto los trabajos de un laboratorio alemán de investigación sobre las terapias conductistas.

[3] Como se observa a partir de la “situación extraña” que permite definirlos.

[4] Sobre este proceso, ver R. Roussillon 1999, Agonie, divergence et symbolisation. PUF.

[5] Sobre este tema, ver R. Roussillon, 2002.

[6] Ver también los trabajos de A. Ferrant, en especial « Le cancer et la honte », Oncologie, 4, 9, 2002.

[7] Como me lo sugirió Jean Laplanche, la agonía implica la lucha, la amenaza de muerte y la lucha contra ella.

[8] R. Roussillon 1995

[9] Ver R. Roussillon, 2002, L’homosexualité primaire et le partage d’affect, en

Teoria da simbolização: a simbolização primária

Teoria da simbolização

 

Teoria da simbolização: a simbolização primária[1][2]

René Roussillon

 

Abordarei uma maneira de falar da questão da articulação entre psicanálise e psicoterapia. Octavio Souza apresentou, na conferência “Por um pensamento clínico complexo”, uma opção possível, que consiste em pensar a psicoterapia como um tempo preparatório. Ele desenvolveu toda uma série de argumentos e tomou o caso apresentado[3] como uma espécie de exemplo desse tempo preparatório. Eu penso que também é possível tomarmos o problema de outro modo, uma vez que considero um mau sinal que enviamos à sociedade quando dizemos que a psicanálise não é uma psicoterapia. E se opomos a psicoterapia à psicanálise, há uma mensagem implícita de que a psicanálise não é uma psicoterapia. No que se refere a tal ponto, eu sou muito próximo à posição de Freud que opõe a psicanálise – chamada por ele de psicoterapia psicanalítica, a qual é fundada sobre a análise da transferência – ao que ele chama de psicoterapia médica, a qual se funda sobre a sugestão, sobre a utilização da transferência; utilização da transferência para fazer a sugestão.

A minha opção consiste em pensar sobre como nós podemos alargar a competência do trabalho psicanalítico em direção a todo um núcleo de pacientes, que são pacientes em intenso sofrimento e que possuem muita dificuldade com a psicanálise no sentido clássico do termo. O sentido clássico do termo é a psicanálise tal como ela foi concebida para dar conta da neurose, isto é, para dar conta de um modo de funcionamento psíquico fundado sobre o recalcamento e de um quadro clínico fundado sobre o retorno do recalcado. Em relação àquilo com que somos confrontados, por exemplo, no caso apresentado, assim como em grande parte dos sofrimentos narcísicos: trata-se de modos de funcionamento psíquico fundados sobre mecanismos de clivagem, ou sobre mecanismos de retraimento / desinvestimento, os quais engendram quadros clínicos bastante diferentes que podem entrar em conflito com a situação psicanalítica tradicional.

Desse modo, a questão é a seguinte: como podemos continuar sendo psicanalistas com pacientes como esses? Uma solução adotada com frequência é pensar que é preciso fazer outra coisa, diferente da psicanálise; como disse Octavio Souza, de maneira a preparar o terreno. Eu acho que é possível tentarmos refletir sobre como alargarmos o pensamento psicanalítico para tratarmos psicanaliticamente esses pacientes.

Logo, proporei reflexões nesse sentido, reflexões sobre o alargamento da competência do pensamento psicanalítico de modo a abranger todas as problemáticas narcísicas. O que vou expor aqui é fruto de um trabalho de pesquisa que possui três aspectos:

1) A minha própria prática psicanalítica de cerca de trinta a quarenta anos.

2) A minha prática como professor em um laboratório de pesquisa – pesquisa clínica fundada sobre o método psicanalítico e suas expansões, seus remanejamentos extremos quando se trabalha com criminosos, com bebês e com tudo que vocês possam imaginar, como, por exemplo, as grandes violências relacionadas às crianças, aos adultos, tudo o que há de mais terrível, problemas clínicos como o autismo, a psicose, os adolescentes antissociais, etc.

3) Seminários de supervisão de pesquisa, que desenvolvo há cerca de vinte anos, com grupos de psicanalistas que possuem uma formação IPA. São oito grupos, cada um com sete psicanalistas; são pessoas que têm uma formação completa. Nós trabalhamos em cima de tratamentos que estão fracassando na prática desses psicanalistas. Eles possuem formações diversas: kleiniana, freudiana, winnicottiana, pós-kleiniana, lacaniana… Então nós trabalhamos com tratamentos que estão fracassando, quer dizer, tratamentos que ao longo de três, quatro, cinco anos dão ao analista a impressão de que as coisas não estão andando. O objetivo dos seminários é tentarmos pensar como desbloquear esses tratamentos. Eu comecei em 1993; eu não contei exatamente, mas são cerca de duzentos e cinquenta a trezentos tratamentos. Nós trabalhamos três dias todos os meses em cima desses tratamentos.

Eu contei isso para falar da maneira como seleciono as minhas hipóteses: não é a partir de princípios ideológicos, nem de uma concepção teórica da psicanálise. Nós prestamos atenção ao que está funcionando – se o paciente melhora, se o tratamento se desbloqueia e sai da estagnação. E a gente trabalha em cima de cada tratamento, até que ele se desbloqueie e saia da estagnação, se desenvolva.

Tendo acabado de falar sobre essa experiência, vou falar agora sobre o que extraí dela. Para facilitar o diálogo e partindo da ideia de que a base do vocabulário de todos os analistas é, grosso modo, o pensamento de Freud, exporei as minhas proposições em vinculação com o pensamento de Freud. Farei também algumas articulações com os grandes pensamentos psicanalíticos contemporâneos ou, para dizer melhor, com os pós-freudianos.

Conversando com Octavio Souza, ele disse que seria interessante que começássemos a refletir sobre os objetivos da psicanálise, e eu pensei ser esta uma boa questão para introduzir o que quero abordar. Dentre os objetivos frequentemente evocados, existem alguns com os quais eu tenho problemas, pois os considero ideológicos, ligados a questões que dizem respeito à normalização social. Sendo assim, prefiro tentar refletir sobre os objetivos independentemente de critérios sociais, em vinculação com a lógica do trabalho psicanalítico. Quando nos voltamos para a representação desses objetivos em Freud, percebemos que existem coisas muito precisas propostas por ele.

Existe um primeiro modelo, que foi chamado na França de ‘A idade de ouro da psicanálise’, no qual se considera que o sujeito representa alguma coisa daquilo que ele diz; ele recalca aspectos relacionados aos conflitos, o recalcamento funciona mais ou menos – na verdade, não muito bem – e o quadro clínico que ele apresenta, o sofrimento que ele apresenta está ligado ao retorno do recalcado. De acordo com tal modelo, o trabalho do psicanalista é adivinhar as representações recalcadas inconscientes e comunicá-las com tato ao paciente, de modo que ele tome consciência daquilo que ele recalcou. É o modelo de 1907 a 1915, tipicamente freudiano. É um modelo que ainda funciona para muitos psicanalistas.

A partir de 1917, 1918, 1920, Freud vai fazer evoluir esse modelo. Ele vai considerar que um certo número de coisas nunca foram conscientes. Então, não é possível tomar consciência, retomar consciência de algo que nunca foi recalcado porque nunca foi consciente. E podemos encontrar, por exemplo, na introdução do artigo “O ego e o id”, Freud dizendo que não é mais possível falar em ‘O inconsciente’ porque há mais de um. Há o inconsciente que pode facilmente voltar a se tornar consciente – Freud o chama de ‘pré-consciente’; há um inconsciente que pode voltar a se tornar consciente porque foi recalcado – é o inconsciente que foi primeira e classicamente tomado em consideração; e há ainda alguma coisa que só pode se tornar consciente sob a condição de ser transformada. Logo, o modelo muda; não se trata mais simplesmente de tomada de consciência, mas de uma transformação para se tornar consciente – uma boa parte do pensamento de Bion é fundada sobre esta representação.

O problema é que, no primeiro modelo, o analista estava fora da cena e bastava a ele falar alguma coisa para fazer seu paciente tomar consciência de algo que estava nele mesmo. No segundo modelo, é preciso transformar as coisas, e aí o analista está profundamente implicado. Então, em relação à evolução do pensamento psicanalítico, todo o problema quando o analista está implicado é a questão da sugestão, da influência. A ameaça que pesa sobre a psicanálise quando o analista está implicado é a de que um novo modo de sugestão esteja em jogo.

Há um indício muito bonito em um artigo de Freud que concerne aos sonhos de complacência. Explicarei o que são os sonhos de complacência: Freud faz uma interpretação, o paciente sonha, o sonho mostra que a interpretação de Freud é verdadeira, é boa, e Freud diz “ele sonhou esse sonho para me agradar, não é uma verdadeira confirmação, só significa que ele gosta de mim”. Isso é terrível! Porque, até então, o sonho era o bastião narcísico do paciente. O analista não está presente quando o paciente sonha, não pode ter influência; então, tínhamos certeza de que não se tratava de sugestão – este é o primeiro modelo e, portanto, ele é falso. Pois podemos sonhar para agradar a um outro, podemos ter uma atividade de simbolização para agradar a um outro – ao analista e, eventualmente antes, aos pais. Logo, todo este trabalho que consiste simplesmente em buscar dar uma forma, representar, simbolizar não é suficiente para definir o trabalho do psicanalista, pois isto também pode ser um trabalho de sugestão, de influência.

Há então um outro modelo que vai surgir, centrado não somente na simbolização. A simbolização é uma atividade de representação que sabe que é uma atividade de representação. A gente pode representar sem saber que representa; a gente não pode não representar. A diferença não se dá em termos de algo que é representação e algo que não é representação, pois todo o nosso aparelho psíquico e todo o nosso cérebro são feitos para representar; mas a gente nem sempre sabe que está representando. Por exemplo: na psicose, o sujeito toma a sua atividade representativa por uma atividade perceptiva; isto se chama alucinação. Na verdade, é preciso diferenciar a representação da representação simbólica. A representação simbólica é uma representação que sabe que ela é representação – “eu penso, eu imagino, eu acredito”… Não se trata de “eu percebo” e sim de “é isso”. Isto é a simbolização: a apropriação subjetiva, esta atividade de simbolização colocada a serviço do próprio sujeito.

Isso se encarna em Freud em uma fórmula à qual Lacan dedicou muita atenção: “onde o isso está, o sujeito, o eu deve advir”. Tal formulação foi um pouco complexificada na França com Jean Louis Donnet, pois percebemos que ela não concerne apenas ao isso, mas também ao supereu, o que daria em “onde o isso e o supereu estão, o sujeito deve advir”. Deste modo, o trabalho não se centra apenas na simbolização, mas também no processo de apropriação subjetiva.

Aquilo com que me confrontei na vida pulsional e no encontro com os objetos deve ser integrado na minha subjetividade. É preciso que eu ache alguma maneira de integrá-lo na minha subjetividade. Então, nós temos um modelo geral que é o modelo terminal de Freud, no qual não há nenhuma consideração quanto à adaptação social. A ideia é que nós devemos integrar aquilo com que fomos confrontados. E o sofrimento, portanto, diz respeito ao que não foi integrado ou foi mal integrado na nossa experiência subjetiva. É possível ver que na fórmula de Freud – “onde o isso está, o eu deve advir” – o termo consciência desaparece. O tornar-se sujeito não é simplesmente uma questão de consciência, é mais uma questão de apropriação, o que quer dizer que nós podemos nos apropriar sem haver uma tomada de consciência. O objetivo da psicanálise não é necessariamente uma tomada de consciência de tudo, mas integrar aquilo com que fomos confrontados.

Nós vemos então emergir um novo paradigma para o trabalho psicanalítico. Nós trabalhamos atualmente na Europa em torno da reflexividade. É possível formular em termos muito simples e seria isto o objetivo atual da psicanálise: ser capaz de sentir e de se sentir, ser capaz de ver e de se ver, ser capaz de ouvir e de se ouvir. Levando em conta o que Ferenczi chama de clivagem profunda, ser capaz de se sentir a partir de um ultrapassamento da clivagem profunda. Ser capaz de ver e de se ver: ser capaz de ultrapassar a clivagem no sentido freudiano do termo – o que Freud evoca quando ele pensa sobre a questão do fetichismo, por exemplo. Ser capaz de ouvir e de se ouvir: ser capaz de ultrapassar o recalcamento.

Nós temos então uma noção muito simples de três formulações que correspondem, grosso modo, à integração da vida pulsional. Se sentir é aceitar ser afetado pelo representante afeto da pulsão; ser capaz de ver e de se ver é integrar a representação de coisa como, por exemplo, na atividade onírica; ser capaz de ouvir e de se ouvir é integrar a representação de palavra, que Freud define como sendo o terceiro sistema de representação da pulsão. Logo, um sujeito capaz de se sentir, de se ver e de se ouvir possui um triplo modo de relação consigo mesmo e também é capaz de sentir, ver e ouvir o outro, além de articular estes três sistemas de reflexividade.

É possível definirmos todas as psicopatologias a partir disso. O que já foi feito classicamente, por exemplo, com a histeria: dizíamos que havia uma dissociação entre o afeto e a representação, o que foi descrito sob o termo “A bela indiferença das histéricas”; a histérica tinha a representação, mas o afeto era convertido. O que temos na esquizofrenia, na psicose: o sujeito não consegue se sentir; esquizofrenose significa “o corte”; o corte do phrène significa o corte do sentir, o corte da respiração, o corte da experiência corporal – o phrène é a respiração, o pulmão e phrên significa o fundo da alma na terminologia dos gregos; o phrène do schizophrène é o pulmão no mundo grego.

Em relação ao objetivo da psicanálise, o que é formidável em tudo isso é que não há ideologia. Nós escutamos um sujeito, nós nos preocupamos com a gestão, com a articulação no interior dele, buscando diferentes formas de reflexividade. Nós vamos nos preocupar com aquilo que o sujeito não sente dele mesmo, mas que ele nos faz sentir de uma certa maneira. Nós vamos nos preocupar com aquilo que o sujeito não vê dele mesmo, mas que ele nos mostra; com aquilo que ele não ouve dele mesmo, mas que ele nos faz ouvir por meio do seu aparelho de linguagem. A partir do momento em que o objetivo da psicanálise assim evolui, é preciso fazer uma série de reflexões sobre o método, pois o método também deve mudar. Ou melhor, nós precisamos reavaliar nossa representação de fundo acerca do método psicanalítico.

A fim de tentarmos pensar juntos sobre essa evolução, eu proponho partirmos do método fundamental da psicanálise. É uma questão muito mais difícil do que se imagina! É uma questão que muitas vezes resolvemos dizendo: “Existe a regra da associação livre; nós pedimos ao paciente que associe livremente”. E nós escutamos as paradas dessa associatividade livre, partindo da ideia de que quando há uma parada é porque algo foi recalcado, foi clivado, há uma resistência, e existe um mecanismo de defesa que opera contra a associatividade.

Nós temos um ponto de complexidade suplementar que foi muito sublinhado nos últimos anos pelos psicanalistas norte-americanos: não se trata simplesmente de associatividade nas sessões, mas de uma associatividade de transferência, isto é, de uma associatividade endereçada ao analista. E um sujeito que sempre associaria endereçado a outro sujeito… isto seria ininteligível, incompreensível. Então, o fato de que a associatividade seja endereçada impõe uma organização narrativa da associatividade. Nossos pacientes associam e nos contam; eles organizam as suas associatividades em cenas, que são cenas e relatos que podem ser transmitidos para serem inteligíveis. Como se faz isso? É aí que a complicação aparece.

Primeira complicação: muitos pacientes não são capazes de desenvolver uma associatividade livre. É possível até dizermos que quando eles são capazes de desenvolver uma associatividade livre é porque a análise está terminada. Logo, essa regra formulada no início – a regra da associação livre – é na verdade um horizonte. Isso para mim é algo extremamente essencial. A associatividade é prescrita e, ao mesmo tempo, ela é um objetivo. Se ela é prescrita, se ela é um objetivo e se o paciente não é capaz de colocá-la em prática desde o início, isto diz respeito ao trabalho do analista.

E aí nós caímos no segundo aspecto da regra, que não é simplesmente a atenção flutuante do analista, mas a prescrição, a obrigação de um outro tipo de escuta particular: escutar a sucessão das associações do paciente como comportando necessariamente um vínculo. Se o paciente diz isso no início da sessão, depois aquilo, depois aquilo outro, estas três coisas estão vinculadas, mesmo se não entendemos o tempo inteiro por que. Se a vinculação é consciente, se ela é lógica, muito bem. Se não é esse o caso, é porque faltam elos; estes elos estão recalcados ou clivados e o trabalho é tentarmos pensá-los, compreendê-los. Isso quer dizer que o que é fundamental na regra não é dizermos para o paciente que ele não está associando livremente – tal regra nos constrange. Cabe a nós tentarmos entender como as coisas se associam no paciente.

Freud dá outra indicação fundamental para a compreensão do que acontece no trabalho analítico com o paciente. Ele explica dizendo: “Olha o que eu digo para o meu paciente: imagine que você está em um trem, você vê as paisagens passarem do lado de fora e você conta a alguém que não as vê sobre as paisagens que você está vendo passar”. Aí ele prescreve as transformações sobre as quais falei anteriormente. Primeiro, o campo motor; se o trem não se move, não há paisagens que passam. Então, há um motor, há a pulsão, há alguma coisa que coloca o aparelho psíquico em movimento. E vamos ver um certo número de panes nos pacientes, na quais não vai acontecer o movimento. De todo modo, em primeiro lugar, há a pulsão e o campo motor. Esse movimento motor transforma-se em movimento visual: há paisagens que passam; há uma transformação do motor, da pulsão, em representação de coisa; é o processo que Freud descreve no sonho. Há ainda uma segunda transformação: a transformação do campo visual no campo verbal; você vê as paisagens e as descreve para alguém que não as vê; é uma segunda transformação.

Isso quer dizer uma coisa: que o paciente é capaz de fazer tudo isso, que ele é capaz de transformar suas impulsões, sua pulsão, seus movimentos, em um sistema metafórico, em um sistema de imagem, em uma paisagem. Em seguida, ademais, ele transforma essa paisagem em alguma coisa verbal. Todo o problema das psicopatologias das situações difíceis em análise concerne aos pacientes que não são capazes de transformar seu movimento motor em metáfora, em imagem visual, ou que não conseguem colocar em palavras as imagens que se produzem neles; que no lugar de fazer esse sistema de transformações progressivas vão, por exemplo, expressar diretamente no campo motor o que está acontecendo. Ou então, no lugar de passar por imagens e metáforas, vão começar a nos mostrar; não a nos dizer e a nos mostrar no dizer – isto é a metáfora, a imagem tornada verbal – mas a nos mostrar alguma coisa.

Por exemplo: tenho uma paciente que me diz “então pffffff”; ela não me diz “então eu desabei” e sim me mostra o seu desabamento. Na prática hospitalar, eu tive uma paciente que fez uma operação no alto da coxa (em medicina psicossomática, por exemplo) e ela levanta a saia e me mostra a cicatriz; ela me faz ver. Também com a criança, por exemplo, quando há um movimento motor e ela não consegue desenhar, isto é, transformar em uma representação visual; ela gira por toda a sala, é mais do que desenhar toda a agitação que ela está sentindo – isto acontece, por exemplo, com algumas crianças autistas.

Uma outra possibilidade ainda é a de curto-circuitar a representação visual; passa-se diretamente do campo motor para a palavra. Temos aí um modelo de ação pela palavra. É claro que a palavra é sempre um sistema de ação, mas pode ser um sistema de ação refletida. Eu falo de uma metáfora e é a minha metáfora que age. Ou eu posso agir pela minha voz: falar com uma voz muito doce ou muito dura. Eu ajo sobre vocês por meio da minha fala, eu me aproprio de vocês, eu posso imobilizar vocês com uma certa maneira de falar. Eu não conto a você sobre uma fantasia, por exemplo, em que a minha parceira sexual está presa à cama; é a minha maneira de falar que prende você. Isso foi muito bem descrito por Bion quando ele fala do aparelho psíquico como um aparelho de evacuação, muscular. Ou seja, uma transferência direta da motricidade no aparelho verbal.

Todas as vezes que o sistema de transformação que acabei de descrever não funciona ou falha, então analisamos na sessão e percebemos que há outras formas de expressividade diferentes da expressividade verbal. Existem outras linguagens que aparecem na sessão, e não simplesmente a linguagem verbal. E assim sentimos que o método analítico não pode mais se contentar em escutar apenas a associatividade verbal. Na verdade, uma certa tendência lacaniana levou a acreditar que a psicanálise era a escuta da linguagem verbal. Eu desafio vocês a encontrar tal formulação em Freud. Eu fiz um longo estudo para tentar ver como Freud funcionava verdadeiramente, e eu consegui mostrar que Freud tinha uma teoria da associatividade polimorfa. Ele escuta um fragmento de palavra, um sintoma somático associado, um certo estilo de afeto misturado a isso tudo, e a configuração que ele escuta é o conjunto dessa associatividade – o que todos os psicoterapeutas de criança fazem!

A associatividade é polimorfa, ela não é uma associatividade linguageira. E a nossa escuta deve ser polifônica, uma vez que temos que ouvir como as coisas se associam umas em relação às outras. Isso coloca problemas consideráveis à técnica psicanalítica. Coloca problemas consideráveis ao corpo do psicanalista. Será que eu, psicanalista, só vou falar com palavras? Será que vou falar com meu corpo? Será que eu posso não falar com meu corpo? Mesmo quando estamos atrás, vocês acham que o paciente não escuta quando nós nos mexemos? E será que a nossa voz não é cheia de corpo? Será que ele não está sempre presente nas nossas avaliações das inflexões, do tom, do tamanho da frase? Será que não está sempre presente no ritmo das nossas intervenções? E quando estamos face a face, será que nosso corpo não está falando o tempo inteiro?

A questão está colocada: onde formamos psicanalistas de modo que eles levem em conta essa dimensão nas suas intervenções? Quando eles fazem supervisões nas formações analíticas, será que não é preciso falar não apenas sobre o que eles devem ou não devem dizer mas também sobre como, com que voz, com que tom, com que ritmo, com qual postura psíquica? Será que é dito nas supervisões se eles devem falar de cima, com um tom que fala de cima ou com um tom perto do outro, perto da emoção do outro? Quando se está face a face, será que as supervisões fazem com que o gestual seja trabalhado? Será possível trabalharmos com crianças autistas sem levarmos em conta essa dimensão? Com pacientes psicóticos, com pacientes sem-teto? Você tem, por exemplo, um paciente sem-teto que você encontra na rua, no canto de uma calçada; será que você vai falar com ele de cima ou será que você vai se agachar para falar com ele estando com o rosto no mesmo nível, na mesma altura? Será que isso não tem importância? Será possível negligenciar esse tipo de coisa? Será que o nosso corpo, a nossa aparência, o nosso cheiro… toda a nossa expressividade não suscita algo no modo de relação?

Eu tenho uma grande prática de supervisão de situações muito difíceis. Eu encontro psicanalistas muitíssimo espertos, que compreendem tudo; isto não funciona! E encontro outros que não parecem ser muitíssimo espertos, que não compreendem tudo; isto funciona! Qual é a diferença? O modo de aproximação do mundo emocional; o modo de se estar dentro do próprio corpo; modalidades de intervenção em que se levanta a sobrancelha, em que se levanta a testa, em que se diz “você acredita que…?” em tom de espanto. O corpo é interpretante e isto é muito difícil em supervisão, pois as pessoas contam com palavras e seria necessário que elas também contassem com o corpo delas.

Nós falamos do método. Agora, vou passar a falar dos conceitos dos quais precisamos. Vou retomar algo que comecei a evocar ontem[4]. O primeiro conceito é uma evolução da concepção de repetição. No pensamento psicanalítico freudiano de antes de 1920, quando um sujeito repete alguma coisa quer dizer que ele a deseja. Trata-se do primado do princípio de prazer: nós repetimos as experiências de satisfação e evitamos as experiências de insatisfação. Em toda a clínica dos limites e dos extremos, nós temos, além dessa repetição, uma outra repetição na qual as pessoas repetem situações insatisfatórias. Esta repetição de situações insatisfatórias vai levar Freud a pensar para além do princípio de prazer e a forjar hipóteses sobre estas repetições para além do princípio de prazer.

Retomarei então, rapidamente, o que eu disse ontem. A última palavra que eu encontrei em Freud concernindo ao sentido da compulsão à repetição é que se trata de uma compulsão à integração. Nós repetimos enquanto não conseguimos integrar uma experiência. Essa repetição vai ser vivida como muito ameaçadora pelo aparelho psíquico, como ataque. Pois como se trata de algo que nós não integramos – quiçá trata-se de algo que busca um lugar do qual dependemos – nossa própria experiência subjetiva não integrada é vivida como uma espécie de resto ou dejeto interior e, portanto, como algo ameaçador. É por isso que nós tendemos a pensar que é uma expressão da destrutividade. Mas a linha que foi traçada por Freud e muito desenvolvida por Winnicott em “Fear of breakdown” – o medo do colapso, do desabamento, da loucura – e em todos os seus escritos terminais e debates com os kleinianos sobre a inveja, é que essa aparência de destrutividade dá testemunho do fato de que algo precisa ser integrado, precisa encontrar lugar, e é preciso haver uma modificação para que tal lugar seja encontrado. Então, grosso modo, esta é a nova hipótese a propósito da compulsão à repetição: nós repetimos experiências arcaicas, experiências que não foram integradas, e nós as repetimos enquanto não conseguimos integrá-las, enquanto não encontramos uma maneira de calá-las.

A linha que nos propõe Freud nesse momento é que nós tentemos pensar sobre essas experiências arcaicas e suas características, porque são elas que, como diz Freud, virão se misturar à conversação psicanalítica. E aí nós vamos encontrar uma nova particularidade da evolução do trabalho psicanalítico, uma evolução que se torna necessária à medida que somos confrontados com processos dominados por aspectos narcísicos.

Uma das coisas que coloca em impasse o sujeito que tem um sofrimento narcísico importante é que toda vez que ele se pensa, ele se pensa sozinho; ele se pensa de si mesmo a si mesmo. É como se ele dissesse: “o meu eu é uma bolsa e isto dentro da bolsa sou eu”. Isto é um ponto absolutamente essencial: nós estamos diante de uma representação bastante primitiva do eu, segundo a qual tudo que está dentro sou eu.

Lembremos que em “Luto e melancolia” Freud diz, sobre a melancolia, que é o próprio arquétipo da neurose narcísica. Na melancolia, diz Freud, a sombra do objeto cai sobre o eu. Isso significa que o que Freud diz é que dentro da bolsa do eu não tem só o eu, tem também o objeto – o que vai complicar particularmente a relação do sujeito consigo mesmo. Então, em 1915, Freud diz que a sombra do objeto cai sobre o eu, e nos dez anos seguintes vai haver uma questão sobre a qual Freud vai trabalhar. Primeiro, ele vai sofisticar como o objeto cai. E tudo isso para chegar em 1926, em “Inibições, sintomas e ansiedade”, e dizer que uma das características daquilo que cai sobre o eu é a de ser assimilado pelo eu. Quando a sombra do objeto cai sobre o eu, o eu toma a sombra do objeto por ele mesmo. É isso que coloca, de uma certa maneira, o narcisismo em impasse.

O narcisismo tem uma teoria narcísica do narcisismo. O narcisismo crê que aquilo que existe no interior dele é ele e foi ele quem fez – ao passo que é um resultado do seu encontro com os objetos, está misturado com particularidades dos objetos encontrados e, em especial, está misturado com todo o peso das inter-relações e interações precoces que ele teve na construção da sua relação com o ambiente primitivo. Consequência: enquanto em toda a psicanálise tradicional o ponto e único ponto de referência do sujeito é o próprio sujeito, se nós mantemos esta mesma perspectiva nas problemáticas narcísicas nós formamos uma colusão com o postulado narcísico do sujeito de que foi ele sozinho que fez a sua vida psíquica, de que tudo que ele tem nele é ele, é ele e vem dele.

Essa ideia do auto-engendramento foi muito trabalhada na Europa, por exemplo, por Piera Aulagnier – mas ela trabalhou com a ideia de que o sujeito delirante pensava ter concebido a si próprio. Na descrição da psicose há toda uma série de descrições de teorias delirantes sobre a maneira como são fabricados os bebês, por exemplo.

Vou dar um pequeno exemplo tirado de um texto de Freud. Em 1890 ele escreve um artigo que se chama “Tratamento psíquico ou mental”. Ele descreve um garotinho que cai e que se machuca; sua mãe está ao seu lado e lhe diz “olha ali aquele passarinho azul, você viu como é bonito o passarinho azul?”; ela desvia a atenção do filho, diz Freud; é um método hipnótico. Dois anos mais tarde, em 1892, Freud estuda os mecanismos de defesa que estão no interior da vida psíquica, e ele descreve um mecanismo de desvio da atenção no interior da vida psíquica – é a sua primeira descrição do recalcamento. A mãe foi interiorizada e a defesa proposta pela mãe foi interiorizada pela criança. É claro que é muito mais complicado do que apenas esses dois tempos, mas, em todo caso, trata-se de processos. Nossos processos psíquicos, particularmente aqueles dos dois primeiros anos de vida, são processos que são construídos numa interação com o nosso ambiente; numa interação carregada de pulsão, carregada de tramas.

O trabalho analítico quando a sombra do objeto cai sobre o eu, quando o eu é expulso de si mesmo por esta invasão interna, é colocar a sombra do objeto para fora, a fim de permitir que o sujeito se reabite. Não há modo de fazer isso sem que se interprete também o objeto. Não podemos mais ficar apenas na descrição dos processos do sujeito; é preciso pensar na interação entre os processos do sujeito e as respostas do ambiente. É, por exemplo, o que Green chamou de “mudança de paradigma”. Nosso primeiro paradigma era a vida pulsional e as defesas contra a vida pulsional. Agora, é preciso pensar de acordo com o paradigma pulsão-objeto; não apenas pensar o objeto, mas pensar o impacto da presença do objeto sobre o sujeito.

Vou contar uma pequena história grega: a história do Narciso e a história de uma ninfa que aparece para o Narciso, a ninfa Eco. A ninfa Eco é a primeira anoréxica da História! No início ainda não está muito claro, pode-se falar apenas que ela tem fragilidades narcísicas. Em particular, como uma adolescente, ela tem dificuldades com a sexualidade. Em compensação, ela fala muito bem; ela vai se especializar em contar histórias. Enquanto suas amigas vão voar no ar com o pai dos deuses, ela conta histórias à mulher do pai dos deuses para que esta mulher não descubra o que suas amigas estão fazendo; ela desvia a atenção da mulher do pai dos deuses. O problema é que a mulher do pai dos deuses percebe que Eco está contando histórias para desviar a sua atenção. Então, ela é punida; é punida de maneira que ela repita; porque ela não tem um desejo próprio, porque não é por sua conta que ela trabalha, ela é punida a não ter mais uma fala própria, punida a repetir a última palavra da fala dos outros. O problema de Eco vai se colocar quando ela se apaixona. Sua enfermidade torna difícil que ela tenha um desejo próprio e o formule. E aí ela vê o Narciso passar.

O Narciso não tem uma história simples, ele é nascido de um estupro; sua mãe passava por um rio e o rio a estuprou. A mãe está muito inquieta, ela faz algo que nunca se deve fazer, nunca! Ela vai ver Tirésias. E Tirésias lhe diz: “Narciso viverá se ele não se conhecer”. A mãe enlouquece, ela elimina todos os espelhos, ela se arranja de maneira que Narciso nunca possa se ver, se conhecer. Segundo drama de Narciso: ele é bonito; ele não sabe.

Narciso está passeando e Eco o vê passar. Ela se apaixona eternamente por Narciso, pois ele é muito bonito. É um drama! Como ela vai fazer para que ele saiba que ela o ama? A regra do jogo é que ela só pode repetir a última palavra da fala dos outros. Ela está escondida na floresta e fala com ele. Narciso está intrigado, ele pensa “quem fala comigo?” e começa a colocar a pergunta em voz alta. Num certo momento, ele diz: “Sai do seu esconderijo, vamos nos unir”. Em francês, a última parte da fala de Narciso (“vamos nos unir”) é unissons e uni son também quer dizer “um som”. Então, Narciso escuta Eco dizer unissons / uni son – “um som”.

É um drama! Eco finalmente tem um desejo próprio, em nome dela mesma. Ela endereça esse desejo à pessoa que ela ama, mas Narciso é muito doente. Ela sai do bosque, se aproxima dele; é a Eco com sua pulsão. Ela sai do bosque e Narciso lhe diz: “Tire as mãos de mim! Eu prefiro morrer a você me tocar”. Ela é bonitinha; se Narciso fosse um rapaz normal, se ele não tivesse nascido de um abuso, de um estupro, de algo muito complicado, ele diria para ela “você é bonitinha, você é interessante”, ou então diria “eu estou muito honrado, mas meu coração tem dona” – alguma coisa que não fosse tão agressiva quanto “Tire as mãos de mim! Eu prefiro morrer a você me tocar”. Há um élan no sentido do objeto e o objeto considera que este élan é perigoso.

O que acontece em seguida pode ser observado com as crianças: Eco abaixa a cabeça com vergonha; ela se retira para o bosque. Ela para de comer – anorexia. Ela para de beber. Seu corpo seca pouco a pouco. Só restam seus ossos que se misturam às pedras. Não existe mais nada dela, a não ser essa voz que repete a última palavra escutada.

Narciso, por sua vez, não fica melhor. Ele protegeu-se de Eco, mas a vida vai fazer com ele a mesma coisa que ele fez com Eco. Narciso aproxima-se do rio e se vê; porém, como ele não se conhece, ele não sabe que está se vendo. Ele se representa sem saber que está se representando. Como ele é muito bonito, apaixona-se por si mesmo. É um drama! A sombra do objeto cai sobre o eu; a imagem de Narciso é completamente bagunçada. Vai acontecer com ele o que aconteceu com Eco: todas as vezes que ele mergulha as mãos na água para tentar encontrar aquele que ele chama de “o belo estrangeiro”, a imagem se embaralha e o outro parece ir embora – “Tire as mãos de mim!”. Narciso fica colado em uma adesividade com essa situação, diante desse estrangeiro que não cessa de ser inatingível. E então ele vai se tornar a flor que nós chamamos de “narciso” e que cresce na beira dos rios.

Não podemos entender o que acontece com Eco sem integrar a reação de Narciso, pois ela tem vergonha quando Narciso transforma o seu movimento de amor em um movimento ameaçador – Narciso diz que prefere morrer! A vergonha de Eco resulta da reação do outro. Não podemos também compreender o destino de Narciso sem pensar no que aconteceu com sua mãe; sem pensar no que aconteceu com Tirésias; sem pensar que tirando dele todos os espelhos, ele estava impedido de se conhecer / reconhecer, o que colocava o seu narcisismo em impasse.

Quando temos Narciso no nosso divã, vamos tentar entender por que ele não se conhece. Vamos nos perguntar qual foi o espelho que ele não encontrou. Vamos tentar pensar a sua posição melancólica em relação à sombra do objeto estrangeiro que caiu sobre o seu eu. E quando temos Eco no divã, vamos tentar entender o que a resposta de Narciso ao seu élan amoroso causou nela. A cada vez, vamos integrar não apenas o movimento de Eco ou de Narciso, mas a dialética entre eles e o que se passa com o objeto.    

[1] Conferência proferida na Reunião Científica “A psicanálise e a clínica contemporânea – Elasticidade e limite na clínica contemporânea: as relações entre psicanálise e psicoterapia”.

[2] Transcrição, tradução e edição realizadas por Bianca Bergamo Savietto.

[3] Caso “Juliana”.

[4] Vide “Comentários de René Roussillon”, terceiro capítulo da presente Seção I.